Publié le vendredi 08 octobre 2010 à 10H35 - Vu 481 fois
Les lycéens sedanais étaient dans la rue pour protester contre la réforme des retraites.
Angel Garcia
CHARLEVILLE-MÉZIÈRES (Ardennes). Un petit millier d'élèves a battu le pavé, hier, dans le département afin de protester contre le projet de loi de réforme des retraites. Récit de cette journée agitée.
LES lycéens ardennais, muets depuis la rentrée, ont décidé, hier, de faire parler d'eux et de leurs peurs, deux jours après que se soit ouvert, au Sénat, le débat sur le projet de réforme des retraites - que très peu connaissait. Sans réelle organisation, slogans ou banderoles, cette mobilisation spontanée (voir ci-dessous) traduit toutefois la tension croissante d'un climat social détérioré depuis la rentrée.
A Charleville-Mézières, le cortège, parti d'Etion et Bazin, est passé successivement à Sévigné, Chanzy, Saint-Paul et Monge avant de terminer devant la préfecture.
A chaque fois, le(s) cortège(s) s'arrêtaient pour grossir leurs rangs. La manœuvre n'a pas toujours fonctionné.
D'autres établissements, dont le lycée Louis-Armand de Vivier-au-Court, ont rejoint le gros de la troupe.
Sur le cours Aristide-Briand, la police, un tantinet dépassée par la spontanéité du mouvement, a vu 250 élèves ; on en a compté près du double.
A quelques nuances près, les cours ont été perturbés le matin avant de reprendre l'après-midi.
Spectateur, un enseignant de Sévigné glissait dans un sourire : « Il faudra qu'ils mûrissent leur réflexion ». Un assistant d'éducation de Louis-Armand ajoutait : « Qu'ils se battent déjà pour leur diplôme avant de penser à la retraite ». Et les lycéens ? « On veut pas travailler jusqu'au cimetière ! », haranguait l'un d'eux. « Il n'y a pas de raison que ce soit toujours les professeurs qui fassent grève », avançait très sérieusement un autre. Pour beaucoup qui n'avaient pas connu le mouvement anti-CPE de 2006, c'était la première manifestation.
« Y'en a un qui comprend rien »
A Sedan, la mobilisation lycéenne a débuté à 8 heures devant le lycée professionnel Jean-Baptiste-Clément. Direction le lycée du Château, puis Pierre-Bayle. Seuls deux incidents (lire par ailleurs) ont émaillé cette matinée revendicative.
Sous bonne escorte policière - nationale et municipale -, le cortège a grossi au gré des emplois du temps et des ralliements, atteignant environ 130 participants à 14 heures.
« Une seule solution, la manifes-ta-tion ! », entendait-on place Turenne, puis devant la cité administrative municipale dont les grilles ont été prestement fermées.
« S'il faut attendre d'être dans la tombe pour profiter de notre retraite, ce sera peut-être trop tard », lançait l'un des plus motivés.
En toile de fond, un malaise et des inquiétudes sur l'avenir : « En filière pro, on est obligé de trouver du travail dès la fin de l'année, mais, là, beaucoup d'entre nous n'ont même pas de stage ». Et Agazzi, jeune fille virulente, d'enchaîner : « Tout le monde manifeste, mais y'en a un qui comprend rien. La vérité, c'est que les riches vont rester riches et les pauvres seront pauvres. Déjà, c'est la galère pour nos parents, alors pour nous… On dit que les jeunes ne veulent pas travailler, mais c'est faux : on a la volonté mais on trouve pas… »
Enfin, à Rethel, troisième lieu de fronde adolescente recensé dans le département, une quinzaine de lycéens issus de Paul-Verlaine a défilé dans la matinée avant, comme presque partout ailleurs, de retourner en classe après le déjeuner.
M.L. (avec D.B et V.K.)
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