Publié le vendredi 14 janvier 2011 à 11H06 - Vu 713 fois
VOUZIERS (Ardennes). Une relation hors normes a uni ces deux-là, basés à Vouziers. Pour viols et violences, Sébastien a, hier, écopé de trois ans de prison. Lors de son précédent séjour, Christelle ne cessait d'aller le voir au parloir.
LES experts psychiatres sont unanimes : Sébastien Bouvart est présenté comme un « débile moyen, immature, caractère impulsif, violent, partiellement curable et réadaptable » ; Christelle*, victime et concubine, aurait pour sa part « une personnalité fragile, un caractère abandonnique […]. Elle peut se laisser faire malgré ce qu'elle subit ». Les accusations contre le premier nommé sont graves : viols en récidive, agression sexuelle et violences. Lors de l'audience d'hier, ni l'un ni l'autre ne s'étaient déplacés. « C'est fort dommage, j'aurais eu beaucoup de questions », euphémise la présidente Me Picoury.
Deux anecdotes révèlent le caractère irrationnel - et décourageant pour le législateur - de cette union. D'abord, lorsque Sébastien, envoyé en prison pour violences contre sa concubine, reçoit vite, et à une cadence soutenue, la visite au parloir de celle à qui il a, en plusieurs épisodes distincts, fracturé le nez, la pommette, mordu le nez, la lèvre… « Je l'aime », écrira Christelle. Second épisode improbable lorsque l'homme, après avoir purgé sa peine, est placé sous contrôle judiciaire. Il lui est alors interdit de voir celle qui fut sa concubine. On aurait bien aimé voir la tête du policier de Vouziers qui le vit débarquer avec Christelle au bras. « Mais vous croyez quoi ? On s'aime », rétorqua-t-il. Bon...
« Je mange tout des pieds à la tête »
L'histoire de ces deux-là démarre à l'automne 2007. Les faits jugés, hier, remontent à avril 2008. A l'issue d'une soirée entre amis, Sébastien va se coucher. Christelle, elle, range l'appartement. Il s'énerve. La tire par les cheveux. Lui met un claque. Puis deux. La viole une fois. Puis trois. Et remettra ça le lendemain avant de partir au travail.
« L'instruction réalisée est très complète, félicite Me Picoury. Il y en a des pages et des pages. » S'ensuit des extraits de déposition, surréalistes et plus qu'explicites. Parmi les extraits pudiques, citons Sébastien : « Oui, je l'ai peut-être un peu insultée : racaille, racaille de pute […]. Oui, je lui ai peut-être mis une ou deux claques, un aller-retour comme ça, pour rigoler […] Oui, j'ai peut-être un peu insisté (pour coucher avec elle, ndlr) le matin, mais pas le soir. Elle n'est pas du matin pour ces choses-là ».
Enfin, les policiers l'interrogent sur ses pratiques sexuelles : « On fait tout de A à Z et de Z à A. Je mange tout, des pieds à la tête ». Il dit aussi : « Nous sommes jaloux l'un de l'autre. » Depuis trois ans s'accumulent ainsi violences, réconciliations, hospitalisations, vacances (au Tréport), appels à l'aide…
Pour la partie civile, Me Tulpin évoque un « engrenage », croit savoir que les policiers vouzinois ont encore dû se déplacer « le 3 janvier 2011 suite à un appel de ma cliente. Elle n'arrive pas à se faire aider ». Et conclut, presque résignée : « J'espère que c'est la dernière fois qu'on entend parler de ce couple au tribunal, mais, franchement, je n'en suis pas sûre ». Elle demande 1.500 euros de dommages et intérêts et « qu'il n'aille plus la voir ».
Le procureur attaque : « Je demande au tribunal de ne pas se laisser emporter par le contexte ». Sans oublier le caractère « manipulateur » d'une victime « prête à chercher de l'affection auprès de n'importe qui », elle requiert trois ans ferme contre l'accusé.
Pour la défense de ce dernier, Me Manil commence tout sourire : « Nous sommes dans un dossier particulièrement romantique ! Non, c'est un couple pathogène, dangereux l'un et l'autre, l'un avec l'autre, l'un contre l'autre. Ce n'est pas "Je t'aime moi non plus", c'est "Je t'aime plus que toi" ». A ses côtés siège la mère de l'accusé. Celle-ci ne lève pas un sourcil lorsque l'avocat de son fils s'emballe : « Mon client, c'est une espèce d'abruti - excusez-moi madame hein ! - qui se fait siffler comme un chien et qui y retourne à chaque fois. » Il demande la relaxe en tonnant : « Qui se ressemble s'assemble ! » Me Tulpin marmonne un rageur : « Oui, donc, elle a eu ce qu'elle méritait, c'est ça ? ».
Après délibération, Sébastien Bouvart est condamné à trois ans de prison ferme et à 1.500 euros d'amende. Un mandat d'arrêt est émis contre lui.
Mathieu LIVOREIL
* Le prénom a été changé.
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