Publié le vendredi 11 novembre 2011 à 12H00 - Vu 335 fois
Grand moment en l'église Saint-Remi pour une centaine de « fidèles ». Patti Smith a parlé de sa « liaison » avec Rimbaud et interprété trois chansons.
Comme elle y tenait tout particulièrement, afin d'être le plus possible en communion avec le poète français qu'elle chérit par-dessus tous les autres, Patti Smith était en concert hier soir au théâtre de Charleville-Mézières. Hier, on était le 10 novembre 2011, soit exactement 120 ans jour pour jour après la mort d'Arthur Rimbaud. Tous les fans de la rockeuse américaine savaient que deux concerts de son actuelle tournée française revêtiraient une importance particulière et seraient certainement un peu plus chargés d'émotion que les autres. D'abord, lundi dernier, celui de Marseille, ville où le poète est mort à l'hôpital de La Conception. Ensuite hier soir, celui de Charleville, la mère patrie, la terre où repose l'étrange jeune homme dont le « visage d'ange », reproduit sur la couverture d'une édition américaine des Illuminations, avait séduit la jeune Patti au tout début des années 60.
L'émotion y était, soyez-en sûrs… A chaque fois qu'elle vient à Charleville, Patti Smith se rend sur la tombe la plus célèbre du cimetière de l'avenue Boutet. Mais hier, son programme d'avant-concert comprenait un passage par l'église Saint-Rémi où la première chose qu'elle fit fut d'allumer un cierge. Une centaine de personnes l'attendaient, sagement assises ; un public recueilli qui eut droit à quelques instants magiques, quasi miraculeux, avec une Patti évoquant (en anglais) son premier pèlerinage à Charleville, sa « vie » avec Rimbaud, sa fascination pour ses mots, son langage, son indignation quand elle entend dire qu'Arthur a « abandonné » la poésie. Non, bien sûr que non : ses lettres furent « pleines de sa poésie jusqu'au bout… ». Jusqu'à hier, Patti Smith connaissait la tombe du poète, le musée Rimbaud, la maison de l'ancien quai de La Madeleine où il a vécu six ans avec sa mère, son frère et ses sœurs, le village de Roche… mais elle n'avait jamais poussé la porte de cette église Saint-Rémi où furent célébrées les obsèques de Rimbaud. « Aujourd'hui, ce n'est pas seulement l'anniversaire de sa mort », a dit Patti, « mais aussi de sa libération… de la souffrance et l'invalidité. Et en plus, c'est la pleine lune ! Je ne suis pas triste. Je suis même très heureuse d'être venue le saluer. Il est parti pour son voyage le plus secret, car lui seul sait où il est arrivé. » Avant d'interpréter seule à la guitare plusieurs chansons dont « Beneath the southern cross » et « My Blakean years », elle a justement fait un parallèle entre Rimbaud et William Blake, le peintre et poète anglais qui, au siècle précédant celui de l'auteur d'« Une saison en enfer », a lui aussi été « rejeté » et « méprisé ». Patti Smith a également récité ensuite son fameux « People have the power », un texte personnel d'une rare puissance dans lequel elle dit qu'elle rêve « que le peuple aurait le pouvoir… de rêver ».
« Un gars très moderne »
Une demi-heure plus tard, Patti Smith inaugurait au musée Rimbaud avec la maire Claudine Ledoux son exposition de photos françaises (et ardennaises) personnelles, augmentée de quelques manuscrits rimbaldiens et éditions originales ; une exposition qui sera visible jusqu'au 31 décembre. Aussi longtemps que celle des photos de la Beat Generation de l'Américain John Cohen, installée juste à côté.
Mais ce qu'il faudra retenir en plus de cette nouvelle visite de Patti Smith au musée Rimbaud, c'est qu'elle a accepté d'être la marraine du projet de rénovation essentiellement intérieure du Vieux Moulin ; un projet qu'elle s'est fait expliquer et qu'elle qualifie déjà de « restructuration visionnaire » que Rimbaud, « un gars très moderne », aurait certainement approuvée. L'artiste américaine pourrait devenir la porte-parole d'une sorte de fondation et aider à rassembler des fonds privés (pourquoi pas avec l'aide de ses amis Johnny Depp, Iggy Pop, ou Brad Pitt ?) Fonds qui seront nécessaires pour boucler un dossier pesant tout de même 6 millions d'euros. Et Patti a conclu par un enthousiaste : « I'll be with you ! » (« Je serai avec vous »).
Patrick FLASCHGO
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