Publié le mardi 21 février 2012 à 09H02 - Vu 1343 fois
« Je trouverais scandaleux et dangereux pour la démocratie qu'un candidat placé 3e ou 4e dans les sondages ne puisse pas se présenter en raison d'un manque de signatures », estime Dominique Fourny, maire de Seraincourt.
Photo PQR/Philippe BRUCHOT
Ardennes. L'affaire avait fait grand bruit en 2007 : cinq des sept maires ardennais ayant accordé leur parrainage à Jean-Marie Le Pen avaient reçu un courrier contenant une mystérieuse poudre blanche. Cinq ans après, vont-ils récidiver ?
UNE enveloppe classique, 22 cm sur 11, postée à Charleville-Mézières. A l'intérieur, une courte lettre d'insultes, manuscrite, et quelques grammes de poudre blanche. Voilà l'inquiétant courrier que plusieurs élus ardennais ont trouvé dans leur boîte à lettre, début avril 2007. Des élus qui tous avaient choisi de parrainer la candidature de Jean-Marie Le Pen à l'élection présidentielle.
Plus que les insultes (« Fasciste, ordure, crève avec la poudre contenue dans cette enveloppe » et autres joyeusetés du même acabit), c'est à l'époque la fameuse poudre qui avait attiré l'attention : dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, plusieurs courriers contaminés ayant causé la mort de cinq personnes avaient semé la panique aux Etats-Unis, de mauvais plaisantins s'amusant par la suite, en France comme dans d'autres pays, à singer cette douteuse pratique.
Heureusement, les analyses effectuées d'urgence sur les courriers reçus par les maires ardennais devaient rapidement rassurer leurs infortunés destinataires : la poudre était totalement inoffensive. Quitte pour la peur… Cinq ans après, nous avons demandé aux élus concernés comment ils vivaient la campagne de parrainage 2012.
Ils étaient huit Ardennais à avoir « osé » parrainer le FN en 2007, sept maires de petites communes (Jean-Paul Pinteaux d'Antheny, Michel Cartelet d'Aure, Jean-Pierre lelarge de Louvergny, Hervé Lahotte de Senuc, Dominique Fourny de Seraincourt, Jean-Pol Oury de Tremblois-lès-Carignan et Pascal Genty, maire délégué de la commune associée de Tailly) plus le conseiller régional Eric Samyn, que l'on peut classer à part puisqu'il est le responsable départemental du Front national.
L'avis des sept maires est unanime : tous indiquent n'avoir jamais subi aucun commentaire désobligeant de la part de l'un de leurs administrés. D'autant que pour certains, « les gens connaissent nos idées. J'ai longtemps milité au FN donc ça ne surprend personne de me voir parrainer Le Pen », indique Hervé Lahotte. « Je suis repassé maire en 2008, c'est bien que la population de la commune ne m'en ait pas tenu rigueur », argumente Dominique Fourny.
"Aider les petits"
Mais tous également, même si chacun l'exprime à sa manière, ont mal vécu la réception du courrier de menaces : « Ça ne fait jamais plaisir d'être menacé de mort. En tout, j'ai reçu deux ou trois lettres anonymes, dont celle avec la poudre, se remémore Jean-Pol Oury. Je me souviens également de quelques appels anonymes, d'insultes, de menaces… »
Même unanimité quant aux raisons qui les ont poussés à accorder leur parrainage à Jean-Marie Le Pen : « Je trouverais scandaleux et dangereux pour la démocratie qu'un candidat placé 3e ou 4e dans les sondages ne puisse se présenter en raison d'un manque de signatures », s'indigne Dominique Fourny. « La France est le pays des libertés, ajoute Michel Cartelet, mais quand ça dérange certains, on prend des libertés avec elles… Empêcher Le Pen de se présenter, je suis pas d'accord. » Sur la même longueur d'ondes mais plus pragmatique, Pascal Genty précise également qu'entre les différents candidats en panne de signatures, « c'est le FN qui s'est manifesté, c'est donc lui qui a eu mon parrainage. » Et de toute façon, « je préfère aider les petits, ceux qui ont du mal, plutôt que de parrainer le PS ou l'UMP », résume Jean-Pol Oury.
Et cette année, comment ça se passe ?
Les réponses sont souvent plus prudentes, voire évasives… Pascal Gentil annonce bien la couleur, Marine Le Pen, mais pour les autres, c'est plutôt « Pour l'instant, je n'ai accordé ma signature à personne, je réfléchis. » Même si, en poussant un peu ces Messieurs dans leurs retranchements, certains avouent assez facilement « penser à Marine, surtout si elle manque de voix. Mais je verrai, j'ai encore le temps. » Sachant que de l'avis quasi général, « les parrainages devraient être anonymes, ça serait plus démocratique. »
Rappelons en effet la règle en vigueur : le Journal officiel publie les noms de 500 signataires pour chacun des candidats admis à participer à l'élection présidentielle. 500, et pas un de plus. Pour les candidats ayant récolté plus de signatures, c'est un tirage au sort qui détermine ceux des élus locaux dont le nom sera rendu public. Mais comme le FN (entre autres) dépose généralement à peine plus des 500 signatures requises, tous ceux qui lui ont accordé leur parrainage ont de très fortes probabilités de voir leur nom publié…
« On n'en est encore qu'au stade des promesses », explique Michel Guiniot, membre du bureau politique du FN et directeur opérationnel pour la chasse aux signatures. « Dans les Ardennes, on sait qu'on peut compter sur certaines signatures obtenues au dernier moment. Mais je vous assure que c'est usant. Je devrais être sur le terrain, en train de distribuer des tracts et de parler aux électeurs. A la place, je suis dans un bureau à compter des listes et à passer des coups de fil. »
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