Publié le mercredi 16 février 2011 à 09H47 - Vu 308 fois
CHAUNY (Aisne). La semaine dernière, quatre hommes ont été mis en examen dans une affaire de viol sur fond de séquestration au cœur du quartier de la Résidence. D'autres sont activement recherchés pour des faits remontant à près de trois ans. Entre peur, pressions et omerta, les dessous d'une enquête bien singulière.
LE secret de l'Instruction limite dorénavant les confidences des enquêteurs. La loi du silence pèse sur les protagonistes. L'affaire qui secoue tout un quartier depuis près d'une semaine reste confuse. Le juge d'Instruction chargé des faits aura la lourde tâche d'établir la teneur exacte des violences commises à huis clos et le degré réel d'implication des uns et des autres.
Il y a quelques mois, dans l'Oise, les gendarmes enquêtent sur un trafic de cartes de téléphonie mobile. Leurs investigations les mènent au quartier de la Résidence à Chauny. Comment les enquêteurs arrivent-ils chez une habitante du quartier, une jeune femme de 33 ans ?
Les gendarmes ne le diront pas. Chez elle, ils trouvent quelques cartes volées. « Elle déclare que ces objets ont été laissés par des individus qui ont fait un séjour chez elle, explique la substitut du procureur, Sandra Verbruggen. Elle semble très mal à l'aise, on sent que quelque chose s'est passé dans son appartement. Pas forcément une séquestration, quelque chose comme une violation de domicile. »
Révélations saisissantes
Les gendarmes poursuivent leur enquête et placent quatre hommes en garde à vue, mardi dernier. D'autres ont réussi à échapper au coup de filet, ou ne se sont pas présentés à leur convocation dans les locaux de la gendarmerie. Le nombre de personnes recherchées ? « Plus de deux », répond, laconique, une source proche de l'enquête.
Et alors qu'en général, la victime dénonce ses bourreaux, l'inverse se produit. Presque spontanément, l'un des gardés à vue soulage sa conscience.
Il parle de la séquestration, évoque des fellations que lui aurait prodiguées la victime, puis des rapports sexuels complets, avant de déclarer du bout des lèvres que toutes ces choses n'auraient pas été totalement consenties par la jeune femme, réentendue dans la foulée. « Nous ne disposions que de 48 heures de garde à vue. On n'a pas eu le temps de faire les confrontations nécessaires entre les mis en cause et, entre eux et la victime. La gestion de ce dossier a été difficile parce qu'on ne pensait pas découvrir tout ça », précise-t-on encore du côté du parquet.
Un mutisme qui interpelle
Mercredi après-midi, les quatre hommes déférés au tribunal de Laon ont été mis en examen pour séquestration et vol, (diverses choses ont été dérobées à la jeune femme). Pour quelques-uns le chef de viol a également été retenu. Le parquet avait requis la détention pour les quatre. Deux seulement ont été incarcérés. « On souhaitait surtout éviter la concertation entre eux, qu'ils préviennent ceux qui sont toujours recherchés », et permettre aux enquêteurs de travailler sans précipitation. « Beaucoup reste encore à éclaircir. Un seul reconnaît le viol, un autre reconnaît des relations sexuelles, un autre dit ne même pas connaître la victime et le dernier à peine. Il faut tenir compte aussi des variations dans les témoignages. »
Pourquoi la victime n'a-t-elle rien dit durant près de 3 ans ? Traumatisme psychologique, pudeur, peur des représailles… « Une chose est sûre, elle nous est apparue paniquée, voire effrayée. Est-elle une personne vulnérable au sens judiciaire du terme ? C'est un point qui sera défini dans les prochains mois. On ressent une certaine fragilité chez elle. Elle se tait sur les faits, dont on sait qu'ils se sont déroulés entre le 15 août et le 30 septembre 2008, La séquestration a duré 8 jours. C'est un de ses proches n'ayant plus de nouvelles d'elle et de sa fille de 4 ans qui s'est rendue à son domicile et a ainsi mis fin à la séquestration. »
Depuis jeudi dernier, on sait que les hommes, remis en liberté, ont parlé et communiqué le nom de la victime. Identifiée par tous dans le quartier, elle subit de nombreuses pressions, et des menaces telles que les enquêteurs craignent pour elle. Une source proche de l'enquête confie d'ailleurs : « Elle a failli retirer sa plainte ce qui n'empêcherait pas les investigations de se poursuivre. »
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