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Une journée avec le préfet

Publié le mercredi 15 septembre 2010 à 10H49 - Vu 162 fois


A Soissons, Pierre Bayle a rencontré des réfugiés politiques venant de Malte.

A Soissons, Pierre Bayle a rencontré des réfugiés politiques venant de Malte.


AISNE. Un sondage (*) établit que 72 % de la population ne connaît pas le rôle d'un préfet. Résultat, Pierre Bayle, représentant de l'Etat dans l'Aisne, nous a invité à le suivre pendant une journée.

ARRIVÉ dans l'Aisne en juillet 2009, Pierre Bayle, 57 ans, préfet, est originaire d'Epernay. S'il a participé aux vendanges dans sa jeunesse, il n'est pas du genre à « se faire mousser ». Ce n'est pas un adepte du clinquant, de l'emphase. Aux gestes larges, aux propos étincelants de son condisciple à l'Ena, Dominique de Villepin, de la fameuse promotion Voltaire, comme Ségolène Royal ou François Hollande, il préfère nettement la sobriété.
Le préfet de l'Aisne ne cherche pas à se montrer brillant orateur. Visiblement, lorsque nous l'avons accompagné toute la journée de lundi dernier, il préfère l'efficacité. La journée commence avec les directeurs des services et les sous-préfets de Soissons, Saint-Quentin, Vervins et Château-Thierry. Dans la salle des Boiseries, douze personnes se retrouvent autour d'une longue table.
Réfugiés politiques
A l'entrée du préfet, tous les participants se lèvent. Seules trois femmes sont présentes, dont la sous-préfète de Vervins. Deux d'entre elles prennent des notes. Les hommes portent des costumes sombres. Les dossiers défilent rapidement. Jacques Destouches, sous-préfet de Saint-Quentin, généreux en sourires, la mine assurée, veut visiblement donner une bonne impression. Dans une classe, il serait plutôt du genre à se mobiliser pour un bon point que de rester au fond de la salle près du radiateur.
Les récentes manifestations contre le projet des retraites ont réuni 7 250 personnes, selon les ex-Renseignements généraux. Nettement moins que la presse évaluant le mouvement à plus de 10 000 participants. En 2009, la politique sociale avait concerné plus de 8 000 participants. Le 23 septembre, le mouvement ne devrait pas perdre de l'intensité, selon les observateurs.
À Soissons, Pierre Bayle rencontre des réfugiés politiques venant de Malte, mais originaires de Somalie, d'Erythrée, d'Irak ou du Maroc. Le groupe se compose de 44 personnes avec 21 enfants. Si Château-Thierry a refusé de les accueillir, cela n'a pas été le cas de Soissons et de Belleu. Le préfet est attentif aux besoins de ces étrangers désireux de bénéficier de davantage d'heures d'enseignement pour apprendre le français. « Nous avons le devoir moral de réussir cette opération », estime le préfet. Après un déjeuner à la sous-préfecture de Soissons, la Vel Satis Renault gagne avec souplesse l'entreprise Eiffage de Laon, spécialisée dans le bâtiment, engagée dans la formation en alternance de salariés. « Ce qui est bien, c'est que l'on s'insère lentement dans l'entreprise. A l'école, nous n'apprenons pas tout », se réjouit Mathilde, âgée de 22 ans, une conductrice de travaux commandant des chefs de chantier. Dans l'Aisne où le taux de chômage dépasse 13,5 %, pour une moyenne nationale de moins de 10 %, chaque emploi créé est une vraie victoire.
La journée de Pierre Bayle est loin d'être terminée. A aucun moment, il n'aura témoigné de l'impatience. L'État est représenté dans l'Aisne par un homme courtois qui ne manque pas d'étoffe.
Textes :Thierry de LESTANG PARADE
(*) Source : Ipsos du 27-28 août 2010

 

LA SÉCURITÉ A LA LOUPE
La sécurité est bien un domaine suivi avec beaucoup d’attention par les préfets.
Dans le département, une réunion consacrée à ce thème se tient chaque lundi avec les responsables de la gendarmerie, des pompiers, de l’armée, des ex-Renseignements généraux et même un fonctionnaire chargé de la lutte contre l’espionnage industriel, l’islamisme radical, et le terrorisme.
Plusieurs faits récents sont étudiés à la loupe. Les atteintes aux personnes sont en augmentation de 20 % par rapport à l’an dernier en septembre. En raison de tensions dans les familles. En ville, comme dans les zones rurales.
« C’est le point noir et c’est là que nous sommes les plus démunis », observe le préfet. Cela pourrait être risible, cela ne l’est pas. Mais ce sont les baptêmes, pas seulement arrosés d’eau bénite, mais plutôt d’alcool, qui créent les conflits, comme à Chauny, récemment.
Un enfant oublié par ses parents
À Laon, les cambriolages semblent en recul après une poussée en août et des bandes de l’extérieur sont signalées à Château-Thierry. Elles ont particulièrement sévi en septembre. Si bien que deux pelotons de gendarmerie mobile sont dépêchés dans le sud, notamment près de Soissons et à Villers-Cotterêts. En face des données, il faut patiemment tenter de retirer des enseignements, évaluer les faits à leur juste valeur, significative, susceptible de contagion ou semblant isolés comme le cas de deux mineurs qui se sont jetés par la fenêtre. Leurs jours ne sont pas en danger.
Un autre adolescent s’est enfui de chez lui à Guise. Les services sociaux ont été prévenus pour comprendre pourquoi il est malheureux. Lors d’un déménagement, un enfant de 10 ans a été oublié par ses parents. C’est un voisin qui s’en est aperçu et les gendarmes ont retrouvé les parents fautifs. À Wassigny, une adolescente de 13 ans s’est retrouvé dans un coma éthylique. Le préfet s’en émeut : « Il faut à tout prix remonter aux adultes qui lui ont permis de s’alcooliser. » A Mézières-sur-Oise, un chien s’est échappé à nouveau et a mordu des enfants. Le colonel de gendarmerie grince des dents en s’intéressant au propriétaire. Un vol de câbles, près de Nogent-l’Artaud, a conduit plusieurs trains à prendre du retard. La gendarmerie a été avisée de ces dégradations trop tard par la SNCF pour boucler son enquête.

LAON-COUVRON DES INCERTITUDES
Que reste t-il aujourd’hui des projets de création de 3 000 emplois directs à Laon Couvron, après le départ des militaires ?
Un comité s’est tenu, lundi après-midi, à la préfecture pour tenter de répondre à cette question. L’attitude de Jean-Pierre Balligand, président d’Aisne Développement, n’a sans doute pas permis de ramener dans ses filets beaucoup de pistes de réflexion. Arrivé dix-neuf minutes après le début de la réunion, le parlementaire s’est éclipsé rapidement sans fournir aucune explication.
Une attitude bien peu rassurante pour l’avenir.
En terme très diplomatique, le préfet remarque que pour le projet poussé par le groupe de logistique Propact, « la finalité n’est pas acquise ». Le directeur d’Aisne développement reconnaît : « Je ne dis pas que c’est une piste abandonnée mais elle est ralentie. » Le député, René Dosière, s’exprime clairement : « J’ai l’impression que c’est un projet qui prend l’eau ». Il s’interroge : « Qu’est ce que l’on espère encore ? »
Le conseil général n’est, d’ailleurs, plus disposé à amener du capital comme d’autres organismes publics. « Les conditions économiques n’ont pas été vérifiées de manière satisfaisante pour que je prenne le risque d’engager les collectivités », explique Yves Daudigny.
La plateforme de crise, claironnée un instant, n’intéresse personne, ni l’armée, ni la sécurité civile. Sur Laon-Couvron, les nuages s’amoncellent. Une étude confidentielle de la Caisse des dépôts et consignations restreint l’utilisation logistique du site. Le camp militaire n’est plus une poule aux œufs d’or, mais un terrain miné. L’expression est pleinement justifiée puisque la dépollution des munitions entreposées n’a pas commencé. L’armée reste incapable d’estimer la situation.
Le compte à rebours a pourtant commencé. A la mi-2012, les militaires partent et le préjudice en terme d’emplois n’est pas mince : Il représente une perte de 1 600 emplois et une sérieuse claque au marché de l’immobilier.
Pour l’instant, deux fermes solaires se battent en duel pour s’installer et une fabrique de panneaux solaires pourrait donner du travail à 300 personnes.
Seule bonne nouvelle lors de cette réunion, l’engagement du préfet à prendre à la charge de l’Etat le gardiennage du camp de 500 hectares, si le terrain reste la propriété de l’Etat.
 

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