Trente danseurs nus sur scène ce soir…

Trente danseurs nus sur scène ce soir…

Publié le samedi 13 octobre 2012 à 10H28 - Vu 1502 fois

CHATEAU-THIERRY (Aisne). Un spectacle avec des danseurs entièrement nus, il fallait oser. La chorégraphe Tatiana Julien l'a fait et le revendique haut et fort. À voir ce soir au palais des rencontres.

Le festival « C'est comme ça ! » se poursuit ce week-end. Au programme notamment : un étonnant spectacle de danse baptisé La Mort et l'extase où les danseurs évolueront ce soir, entièrement nus, sur la scène du palais des rencontres. La chorégraphe, Tatiana Julien, évoque pour nous ce parti pris.

C'est votre deuxième création, quel a été le point de départ de « La Mort et l'extase » ?

Ce spectacle a été créé les 10 et 11 février derniers, au festival Faits d'hiver, à Paris. Si ce n'est pas une pièce légère (puisqu'elle compte une grosse équipe de dix danseurs, un chanteur et quinze amateurs) c'est surtout parce qu'elle a débuté sans réelle volonté d'en faire un projet viable dans le temps.

Une première version de 10 minutes a été présentée au concours Danse élargie au Théâtre de la Ville, à Paris, en juin 2010.

Finalement les soutiens de Claire Verlet (directrice de la danse au Théâtre de la Ville) et de Christophe Martin (directeur de Micadanses), m'ont poussé à continuer le projet.

Une deuxième version de 30 minutes a été présentée en mai 2011 et a fait suite à la création de 50 minutes au Festival Faits d'hiver.

Que raconte le spectacle ?

C'est une exposition scénique de personnages nus et acteurs d'un tableau vivant. La pièce fait écho au discours du philosophe Georges Bataille, selon lequel, l'érotisme et la mort se rejoignent dans une conception sacrée, comme un aller vers l'au-delà. Face au deuil, à l'errance, au corps meurtri, j'ai travaillé à une écriture entre l'acte sexuel, sensuel, extatique et l'acte de l'espoir, de la prière, de la lamentation.

Pourquoi y faire danser des artistes entièrement nus ?

La mise à nu est une dépossession, un simulacre de la mise à mort.

Dans la mise à nu, il y a un état de communication, qui révèle l'être au-delà du repli sur-soi. Une forme d'impudeur et en même temps de pudeur exacerbée pour le public comme pour l'acteur.

Ce qui m'importe dans cette pièce, c'est de représenter la nudité en mettant en abîme la beauté des chairs, des peaux, un lyrisme à travers lequel on peut parler de violation des corps, de soumission, de nausée, d'obscénité, avec toute sa beauté plastique. Plus grande est la beauté, plus profane est la souillure.

Comment avez-vous convaincu les danseurs de danser en tenue d'Adam et d'Eve ?

La nudité dans ce spectacle est indispensable. Cette condition est présente depuis le tout début du projet.

Les danseurs l'ont accepté. En d'autres termes, pour chacun d'entre nous, ce serait absurde de danser cette pièce en sous-vêtement ou habillé.

Quelles sont les réactions suscitées jusqu'ici par votre spectacle ?

Il y a toujours une certaine réticence de la part du public novice d'aller voir ce spectacle de « gens nus », par crainte d'être gêné.

Pourtant, ce sont souvent les personnes les plus emballées en sortant du spectacle.

La pièce prend vraiment garde de respecter le regard du spectateur, et la masse de personnes sur scène laisse oublier la nudité.

D'autres plaisirs esthétiques en émergent : notamment celui de retrouver des images, des peintures qui bercent notre culture, notre patrimoine pictural.

N'y a t-il pas un risque de voyeurisme ?

Le voyeurisme est-il un risque si on l'entend comme un outil chorégraphique ? Ne peut-on pas parler de voyeurisme en danse ?

En tant que spectateur, j'aime l'idée de me débarrasser de toute attente, c'est pour ça que je vais voir des spectacles. La nudité n'est pas facteur de voyeurisme puisqu'on peut en être « victime » dans une pièce. Je crois profondément en l'acte poétique et au fait que la scène soit un moyen de partage où la vie de tous les jours s'arrête un peu, même et surtout si l'on s'en inspire.

Quels sont vos projets après votre prestation à Château-Thierry ?

Je suis actuellement en pleine création du trio Douve qui sera présenté les 8 et 9 février 2013 au festival Faits d'hiver, à Paris. Le trio, en collaboration avec le compositeur Pedro Garcia-Velasquez et le chercheur en poésie contemporaine, Alexandre Salcède, s'aventure dans le surgissement des mots, du sens du monde.

Une expérience poétique dont l'objet est la mise en geste et en sont des textures, des couleurs, du volume, et de la musicalité des mots.

La Mort et l'extase, à 21 h 30, au Palais des rencontres, à Château-Thierry. Tarifs : 6 et 9 euros. Spectacle conseillé à partir de 16 ans.

L'union l'Ardennais