Publié le mardi 22 mars 2011 à 11H34 - Vu 215 fois
La réussite de Damien Jacquinet, c'est le rêve américain ? « En France, on a tendance à avoir une image plus rose que ne l'est la réalité », tempère-t-il.
VERVINS (Aisne). Damien Jacquinet. Il a quitté Vervins pour réussir dans l'industrie des matériaux composites en Floride.
« Just do it » (fais-le). Le célèbre slogan de Nike conviendrait à Damien Jacquinet. Cet Axonais pur jus, né à Saint-Quentin et ayant grandi à Vervins, fils et petit-fils d'agriculteur, a émigré aux États-Unis dans les années 80 pour monter une entreprise innovante de matériaux composites, Nida-Core, qui a élu domicile dans la charmante bourgade de Port Sainte-Lucie (Floride), près de Miami.
Après des études de commerce à Paris (Elsca), Damien Jacquinet s'installe à New York avec pour projet de créer une entreprise qui mette en application le concept de matériaux composites de type « nid d'abeille ».
« J'avais rencontré en France un professeur Tournesol à qui des gens très diplômés et très savants avaient dit qu'il était impossible de développer son produit », se souvient-il.
On croit plus facilement aux possibilités de chacun
Arrivé à NY, Damien Jacquinet commence son activité avec les moyens du bord. Il travaille sur le canapé de son studio à Manhattan et ses premiers entrepôts sont improvisés entre quatre planches dans la cour de son immeuble (voir photos ci-dessous). Cette économie de moyens n'est pas sans rappeler - toutes proportions gardées - les débuts de Steve Jobs, qui, avec Steve Wozniak, a monté son premier ordinateur, l'Apple I, dans le garage de la maison familiale.
Les sandwiches de Nida-Core ont commencé à décoller à la fin des années 90. Les premières applications ont lieu dans l'industrie du nautisme, importante en Floride. Nida-Core a remporté aussi un marché pour la construction de cabines de camions poids lourds américains. Ses matériaux sont également utilisés pour la construction de snowboards ou de conteneurs pour les générateurs mobiles utilisés sur les tournages de cinéma.
Nida-Core fournit une cinquantaine de pays actuellement et compte 25 salariés. Signe de reconnaissance, Damien Jacquinet recevait en novembre dernier le prix de l'entrepreneur de l'année de la chambre de commerce du Grand Miami.
La réussite de Damien Jacquinet, c'est le rêve américain ? Pas vraiment. « En France on a tendance à avoir une image plus rose que ne l'est la réalité », confie l'intéressé. S'il souligne que « les gens sont plus optimistes » et que l'on croit plus facilement aux « possibilités de chacun », le Français a été déçu par la soutien des banques. En 1991, Damien Jacquinet est allé frappé à la porte de son agence pour lui demander un crédit de 100 000 dollars, nécessaire au développement de son entreprise encore jeune. Le directeur lui a répondu que c'était tout à fait possible… s'il plaçait la même somme sur un compte bloqué et s'il payait les intérêts. Il a fini par réunir 100 000 $ en s'endettant personnellement avec des cartes de crédit. C'est aussi ça, l'Amérique.
Des projets dans les matériaux de construction alvéolaires
Avant tout, la clé de la réussite de Damien Jacquinet, c'est, comme partout, « de l'obstination et énormément de travail ». « Avec le recul, je me dis que si je m'étais installé dans un autre territoire, j'aurais peut-être réussi également », estime-t-il.
Damien Jacquinet vient de revendre son entreprise au géant 3M, l'inventeur du scotch et du post-it. « Ils m'avaient déjà approché, il y a trois ans, avant la crise. J'ai beaucoup hésité. Ce rachat permettra à Nida-Core d'atteindre un niveau supérieur de croissance, et l'aidera à lui donner une pérennité. » 3M va notamment s'attacher à développer Nida-Core sur les marchés brésilien et chinois.
Damien Jacquinet reste dans l'entreprise non plus en tant que dirigeant mais en tant que chargé du « développement global ». Cela va lui permettre de rompre avec un rythme de travail fondé sur des semaines « à quatre-vingts ou cent heures de travail ». Il va pouvoir s'occuper davantage de sa femme, d'origine espagnole, et de ses quatre jeunes enfants.
L'homme a des projets parallèles à Nida-Core. Il s'intéresse à la production d'un nouveau matériau de construction, de structure alvéolaire, qui puisse utiliser des produits recyclés, notamment des bouteilles plastiques.
Il se pourrait que les aventures entrepreneuriales de Damien Jacquinet l'amènent à revenir en Europe. En France ? Sans doute le territoire natal l'accueillerait-il à bras ouverts. Mais il faudrait que le « boss » s'adapte au contexte social français. « Il y a peut-être aux États-Unis moins d'avantages côté financement mais il y a un avantage en matière de régulation de l'emploi. Il faut avoir de la flexibilité pour pouvoir grandir ou survivre. C'est mieux de pouvoir quelques fois couper quelques branches que d'avoir à s'attaquer au tronc de l'arbre lorsqu'il est trop tard », considère-t-il. La notoriété du pays des 35 heures traverse les océans.
Julien Bouillé
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