Publié le mardi 18 septembre 2012 à 10H48 - Vu 1220 fois
La boss du commerce ne l'a pas nié : jusqu'à trois voitures faisaient la route, chaque jour, vers la Belgique
MONTCORNET (Aisne). Derrière la quinquagénaire paisible, une chef d'entreprise inondait Montcornet en héroïne et cocaïne. Jadis dans le métier de forain, aujourd'hui âgée de 57 ans, elle a entraîné une quarantaine de jeunes toxicomanes dans son sordide manège.
SAUVÉE par le gong ! Depuis que son avocat a fait amener un siège pour elle, elle est assise là, à deux mètres derrière la barre, concentrée sur le dos des prévenus qui défilent depuis le matin.
Il y en a quarante-six, mais trente-deux sont présents. Ce ne sont pas des inconnus. Des jeunes. Trente-deux, dont elle, quinquagénaire insoupçonnable. Lunettes sur le nez, gilet vert eau sur un corps compact, Patricia de Sutter pourrait tenir un stand de pêche au canard sur une fête foraine. Ou le vestiaire d'une association caritative. L'aide, en 2006, c'était sa spécialité, bloc C, HLM route de Reims, à Montcornet.
Ça s'est vidé depuis. On a retrouvé, dans les comptes de la mère de famille, la trace d'un énorme trafic de stup. Trente kilos d'héroïne, six kilos de cocaïne. La « vieille », comme l'appelaient ses clients, faisait commerce de poudre.
La boutique
Sauvée par le gong, oui. Une ultime question a touché la matrone. Il est 18 heures. Elle a répondu à tout. Avec aplomb, courtoisie souvent, insolence aussi. Pas un prévenu pour atténuer le rôle de ce personnage étrange. Patricia de Sutter s'est levée. Elle a fendu la salle dans le brouhaha de cette fin d'audience. Excédée.
Le commerce, dont on parlera jusqu'à vendredi, n'avait rien à voir avec celui qu'elle tenait avec Marcel, 62 ans, forain comme elle. Et pourtant, elle parle « boutique » pareil. Elle dit « on a fermé la boutique », même quand elle parle de drogue. C'est ça qu'il faudra comprendre. Comment Madame de Sutter a monté en famille une PME spécialiste de l'import de stups.
Les mules
Patricia de Sutter est mère de quatre enfants. Deux garçons, consommateurs et deux filles. Tous impliqués. Les filles n'ont jamais touché à la came. Marcel non plus, qui récupérait les dettes chez les clients. À l'époque, assure un prévenu, « il pouvait faire peur ».
Le tribunal, strictement féminin à l'exception du greffier, prend note des confidences, réinstruit le dossier et fouille les propos à la recherche de la vérité. Patricia de Sutter n'est pas encore passée sur le gril, mais on sent qu'elle ne va pas aider. Pugnace, réfléchie, intelligente, elle calcule.
C'est justement de poids, de nombre de voyages, de répartition que l'on a parlé, hier. Il faut bien passer par là pour quantifier ce que l'on peut attribuer à la « vieille » ou à ses mules, tous toxicos, rétribuées 50 euros le voyage vers Charleroi, le petit cadeau du fournisseur en sus. La boss du commerce ne l'a pas nié : jusqu'à trois voitures faisaient la route, chaque jour, vers la Belgique. Vingt-deux passeurs ont été identifiés. Tous accrochés à l'héroïne. Une jeune fille consommera jusqu'à 8 grammes par jour. À 20 euros, la dose sur le marché de Sutter.
Coke en stock
Des regrets ? Des remords ? On n'en est pas encore là. Les regards du clan sont aigus, la vindicte sous-jacente. À droite sur les bancs, la flopée de ceux qui ont fait la queue, toute la journée, dans la cage d'escalier de Patricia. Ou dans celle d'Hélène, le HLM d'à côté, Hélène, sa fille, sa remplaçante, les jours de congés. Un produit manquait ? Une voiture était forcément en route vers Montcornet.
La mère ne connaît sans doute pas la Belgique aussi bien que ses mules et ses passeurs. Elle n'a jamais pris une « ligne » de quoi que ce soit, mais elle sait peser, empaqueter, compter et faire un prix sur les 3 grammes d'héro. Du commerce bien compris, l'enfer en garantie.
Les jeunes de Montcornet ont payé. Ceux qui ont fait vivre la famille de Sutter n'ont pas fini d'expliquer pourquoi ils ont suivi la course folle du manège de Sutter.
Yves KLEIN
yklein@journal-lunion.fr
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TRINIDAD
CHAMPAGNE
18/09/2012 à 23h30
il pourra toujours dire tournez manege !
hellaman
18/09/2012 à 22h35
test
princhon
Ce que l'on apprend pendant l'enfance est mieux gravé que dans la pierre.
18/09/2012 à 20h50
Tournez manège ! Reviens !
gihaimegi
18/09/2012 à 18h31
Conjoint collaborateur dans la profession de forain ça fait pas de belles retraites !!!