Publié le lundi 08 novembre 2010 à 11H47 - Vu 501 fois
SOISSONS (Aisne). Alors que sa situation administrative n'est toujours pas réglée, un Congolais sans-papiers a été interpellé en région parisienne, puis relâché après vingt heures de garde à vue.
« JE vis comme un oiseau. Je mange, mais je ne sème pas. » De son métier d'instituteur qu'il exerçait au Congo, avant de fuir parce qu'il avait « peur pour sa vie », Bruno* a gardé le goût des mots pour dire combien il lui coûte de ne pas travailler.
En 2002, ce Congolais, aujourd'hui âgé de 42 ans, avait été contraint de partir de son pays.
Responsable d'un syndicat enseignant en conflit avec le gouvernement de Kinshasa, il avait, par deux fois, subi une arrestation musclée et été torturé.
Près de sa famille
Depuis son entrée illégale sur le territoire français, où les hasards de la vie l'ont, notamment, conduit à Soissons, Bruno a été débouté du droit d'asile puis a fini par décrocher un titre de séjour qui lui a permis de travailler temporairement dans la logistique, avant, en août 2009, de recevoir une obligation de quitter le territoire français. Les recours engagés contre cette OQTF n'ont pas abouti.
Pour autant, afin de se rapprocher de ses parents qui vivent dans le Cher - tous deux naturalisés Français, comme six de ses frères et sœurs - Bruno a engagé de nouvelles démarches auprès de la préfecture de ce département afin d'obtenir, pour raisons de santé, un titre de séjour « vie privée et familiale ».
Un énième parcours du combattant pour le Congolais.
Mercredi dernier, en fin d'après-midi, Bruno a bien cru que tout allait basculer dans le sens qu'il redoute depuis plus d'un an, avec son contrôle par une patrouille de police sur le quai de la gare d'Issy-les-Moulineaux (92) puis son placement en garde à vue au commissariat de la ville.
« Le plus difficile, c'est quand ils m'ont demandé de me déshabiller, reconnaît Bruno, qui ne se départit pourtant pas de son humour. C'était un strip-tease, mais sans musique ! »
Ensuite, il y a eu la prise d'empreintes, les photos de face et de profil, la rencontre avec une avocate commise d'office. « J'étais coupé de tout. J'avais peur qu'on m'emmène dans un centre de rétention. »
« Comme un bandit de grand chemin »
Le transfert au commissariat de Bois-Colombes à 1 heure du matin, pour y voir un médecin, lui a semblé le moment « le plus humiliant » : « On m'a menotté les mains dans le dos. J'étais assis à l'arrière de la voiture de police, mais sans ceinture de sécurité. On roulait très vite et on brûlait les feux comme si j'étais un bandit de grand chemin. On voit ça dans les films. À chaque virage, cela tirait sur les menottes et ça me faisait mal. »
Après avoir vu le médecin, Bruno a été ramené à Issy-les-Moulineaux. « Là, les policiers m'ont dit : On ne va plus te menotter parce que tu as été sage. Au retour, j'ai pu mettre la ceinture de sécurité. »
Bruno a fini la nuit au commissariat. Peu après 14 heures, on est de nouveau venu le chercher, cette fois pour lui dire qu'il était « libre », à condition de signer la mise en demeure de quitter le territoire de la préfecture des Hauts-de-Seine qu'on lui remettait. « Il ne fallait pas que je cherche midi à quatorze heures. J'ai signé et je suis sorti, mais avec des questions. Il faudrait faire quelque chose pour les sans-papiers. Si on n'a pas volé ou fait du trafic de drogue, on ne peut pas nous traiter comme ça » juge Bruno, qui n'aspire aujourd'hui qu'à une chose : « J'espère que ma situation va se stabiliser en France. »
Philippe ROBIN
* Prénom d'emprunt.
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