Publié le mercredi 01 février 2012 à 10H06 - Vu 478 fois
LAON (AISNE). De l'Élysée aux ministères, René Dosière plonge dans l'argent de l'État. La transparence peut encore progresser et l'utilisation des fonds publics s'améliorer.
Après « l'argent caché de l'Élysée », publié en 2007, année de l'élection présidentielle de Nicolas Sarkozy, René Dosière marque la fin du quinquennat en s'attaquant à « l'argent de l'État » (*). Un titre un tantinet trop large puisque le député apparenté socialiste de l'Aisne vise essentiellement l'exécutif, l'Élysée, Matignon et le gouvernement.
Confondus, ces différents budgets ne représentent qu'un milliard d'euros, soit 0, 5 % des dépenses de l'État, mais l'utilisation qui en est faite est particulièrement symbolique et sensible. Ce nouvel ouvrage est en quelque sorte un droit de suite que l'auteur entend exercer pour juger de l'évolution de la situation après ses précédents faits d'armes.
René Dosière attribue en effet à la « stupeur » créée par son premier livre, l'instauration à partir du 1er janvier 2008 d'un budget autonome de la présidence de la République. Et il rappelle que c'est grâce à son « parlementarisme d'investigation » qu'il a pu dénoncer certaines pratiques ayant cours dans les cabinets ministériels ce qui « contraignit le Premier ministre à mettre fin à ces dérives ».
Sarkozy vole 50 % plus en avion que Chirac
En dix ans, René Dosière a posé 608 questions et a obtenu 489 réponses. Certaines sont tardives, d'autres dilatoires, mais de renseignements en recoupements, René Dosière cerne de mieux en mieux les réalités de ses champs d'investigations. Ainsi, il peut ferrayer avec l'Élysée sur le nombre de personnel administratif qui y travaille puisque le total donné ne correspond ni à la somme des détachements ministériels, ni à celui figurant dans le rapport parlementaire…
Il dénombre aussi 121 véhicules, contre 55 en juillet 2007, dans le parc automobile élyséen et il relève perfidement que si l'Élysée dépensait quotidiennement 1 263 euros en achat de journaux en kiosque, il y avait parmi eux 82 exemplaires du Figaro. René Dosière épluche tout : les cadeaux aux grands de ce monde, les voyages, Sarkozy vole 50 % de plus que Jacques Chirac, la tarification de tous ces déplacements pose parfois problème aux yeux même de la cour des comptes : « La situation n'est pas conforme à la nécessaire transparence des coûts ». Quant au célèbre Air Sarko One, il a finalement coûté 259, 5 millions d'euros au lieu des 180 annoncés dans le rapport parlementaire. Un prix qui s'envole littéralement.
Sans compter la sécurité, le coût des déplacements comme celui de Saint-Quentin (Aisne) estimé à 400 000 euros et un détour dans « les coulisses de l'Élysée » avec passage en cuisine et descente à la cave.
Augmentations faramineuses
Si René Dosière estime que question budget « l'Élysée est sur la bonne voie », il multiplie toutefois les exemples illustrant « une transparence encore perfectible ». Ainsi, entre 2008 et 2010, le rythme d'évolution du budget de l'Élysée serait de 5, 8 % alors que la lecture des chiffres bruts laisserait penser à 0, 8 %.
Par ailleurs, nombre de dépenses continueraient à être prises en charge par des ministères (lire par ailleurs). Dans ces derniers, la situation des cabinets ne s'est guère améliorée. Les baisses d'effectifs concerneraient le personnel de soutien (secrétaire, chauffeur, cuisinier…) mais guère les conseillers dont le nombre officiel est souvent complété par quelques officieux. Mais, la tendance générale sera à la hausse des cabinets ministériels sans compter des augmentations de rémunérations « faramineuses » ce qui suscite ce commentaire de René Dosière : « Ceux qui organisent la réduction des personnels de la fonction publique ne se l'appliquent pas à eux-mêmes ». Bien loin donc des convictions de l'auteur pour qui si « la recherche de la transparence est à la base de toute réflexion sur l'argent public » il résulte de la volonté des Français d'avoir des élus proches d'eux que « contrairement aux apparences, un État modeste est un État fort ».
Jean-Michel ROUSTAND
(*): «L'argent de l'État », de René Dosière, sortie en librairie demain jeudi 2 février. Seuil. 285 pages.19,50 euros.
Un député économique
Budget autonome de l’Élysée, coup de frein à des dérives ministérielles, suppression de la garden-party, annulation de concert… Au total, René Dosière estime qu’il fait gagner 10 millions d’euros d’économie par an au budget national. «Comme je coûte 500.000 euros par an comme tous les députés, on ne peut pas dire que je revienne cher à la République», aime se féliciter René Dosière lorsqu’il fait le bilan de son action.
A quand le tour de la gauche
Quand René Dosière va-t-il s’occuper de la gauche ? «Je connais la critique et je suis très à l’aise.» Et le député axonais de dérouler un argument bien rodé : «Sous Mitterrand je n’étais pas député. J’arrive en 1988, je regarde, j’apprends. Cela dit, je n’ai empêché personne de droite de faire alors la même chose que moi aujourd’hui. Après, il y a eu Chirac. Avec un autre, cela aurait été pareil. Et le successeur de Sarkozy, quel qui soit trouvera une situation améliorée. C’est le seul objectif.» Voilà pour l’Élysée. Quid alors des autres collectivités, comme la région Picardie où la gestion du socialiste Claude Gewerc est parfois durement critiquée ? «Je ne suis pas un chevalier blanc. Je n’ai pas à stigmatiser untel ou untel et je me refuse à porter tout jugement individuel, il y a des magistrats pour cela. La seule motivation de ma démarche c’est l’intérêt général, une meilleure utilisation de l’argent public. Quand je propose une amélioration, c’est pour tout le monde»
René Dosière a, en effet, encore plusieurs propositions concernant l’Élysée. Il souhaite notamment :
– des comptes plus détaillés et publiés sur le site de l’Élysée ;
– terminer la consolidation du budget ;
– instaurer d’avantage d’égalité en matière de primes, d’avantages en nature, etc.
– maintenir le contrôle de la cour des comptes y compris sur les années 2011 et 2012 ;
– mieux distinguer les dépenses publiques et privées ;
– soumettre la déclaration de patrimoine du président de la République au contrôle de la commission financière pour la transparence de la vie publique ;
– clarifier le statut du conjoint du chef de l’État.
Par ailleurs, René Dosière est un ardent défenseur du cumul des mandats. Il essaie aussi de faire passer un amendement qui empêcherait les élus cumulards de partager l’écrêtement de leurs indemnités entre leurs proches, comme cela se fait fréquemment aujourd’hui.
Le surplus serait alors automatiquement reversé dans les caisses des collectivités locales concernées (ce que le président du conseil général de l’Aisne, par exemple, fait depuis qu’il est sénateur).
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