Publié le jeudi 02 février 2012 à 09H40 - Vu 463 fois
Assises (Aisne). Jean-Pierre Molet, un cuisinier de Laon de 52 ans, a été condamné hier soir à quinze ans de réclusion criminelle pour le viol de son épouse et de ses trois filles à Bruyères-et-Montbérault.
DERRIÈRE ce fils, il y a d'abord un père. C'est ce dernier qui l'a façonné, déformé. Jean-Pierre Molet, issu d'une famille de six enfants de Presles-et-Thierny, n'a cessé de l'imiter toute sa vie. Il décrit un être brutal et alcoolique, régnant en maître dans son foyer. Un homme travaillant dans les bois, à la force herculéenne. Un jour, ce colosse de 180 kg, a fait décoller une moto de 500 cm3 dans un accès de fureur, comme s'il s'agissait d'un jouet. Souvent, il rappelle sa devise à propos de ses enfants : « Les petits, je les allonge, les grands, je les casse. »
Toute leur vie, les deux hommes sont restés proches. Liés comme un serf à son seigneur. A 15 ans, Jean-Pierre Molet coupe des peupliers avec son paternel pour un employeur. Il n'est pas déclaré. C'est l'adulte qui empoche son argent. Lui qui punit, menace, règne. « Une fois, il m'a mis un fusil de chasse sur le ventre », explique Jean-Pierre Molet. Le duo est, malgré tout, uni par le plaisir de la traque du gibier, de la pêche. Le fils ne se rebelle jamais. Jusqu'au bout, il accompagne ses parents malades. Ils peuvent tout exiger de lui, jusqu'à leurs tombes.
Des vies d'esclaves
A l'égard de ses quatre enfants, Jean-Pierre Molet se comporte comme un tyran. Il exige des membres de sa famille qu'ils aillent chercher, tous les matins, son journal et ses cigarettes pour 6 heures. Des témoins évoquent des « vies d'esclaves ». Le fils de l'accusé ne veut jamais plus le croiser : « Il m'a fait vivre une vie de chien. Il m'a pété les jambes, les bras, et m'a tiré dessus. » Pour humilier ses proches, il oblige sa femme et tous leurs enfants à se tenir nus, alignés devant lui. Jean-Pierre passe ses troupes en revue.
C'est le même homme qui exerce les fonctions de cuisinier à l'organisme de formation, l'Afpa de Laon, pendant trente-deux ans. Cet employé apprécié, serviable, est interpellé sur son lieu de travail par les policiers, en mars 2009, à la suite des plaintes pour viols de sa femme et de deux de ses filles à Bruyères-et-Montbérault. S'il reconnaît des abus sur son épouse, il nie tout pour ses trois filles. Avant même le verdict, une condamnation pour viols ne fait donc plus de doute. Mais pour combien de temps d'incarcération et de victimes ?
Joseph Brunel, avocat général, représentant la société, requiert une peine entre quinze et vingt ans : « Faites au mieux, je vous le remets. La négation de l'accusé doit vous scandaliser quelque part. » Une intervention plus ronde que carrée. C'est l'expression d'interrogations plutôt que de certitudes. Un climat semblant propice à Me Cambier, avocate de la défense. Elle sait d'ailleurs exploiter des failles réelles, des imprécisions, des contradictions, et insiste, à propos des filles de l'accusé : « Elles ne sont pas victimes de viols, mais de violences. » Elle plaide donc l'acquittement pour ces faits. Quand la cour se retire pour délibérer, hier soir, l'incertitude pèse sur le verdict. Au bout de trois heures de délibéré, Jean-Pierre Molet est condamné à 22 heures à quinze ans de réclusion criminelle et à cinq ans de suivi socio-judiciaire pour le viol de son épouse et de ses trois filles. Pour l'une d'elles, il est aussi déclaré coupable d'atteintes sexuelles. Il est, par contre, acquitté pour tentative de viol sur sa femme avec une arme. Les faits se sont déroulés sur des durées très diverses, à partir de 1983.A l'énoncé de la reconnaissance de leur statut de victime, la maman et ses filles se sont tenues les mains en silence. Une manifestation de soulagement après un long cauchemar.
Thierry de LESTANG PARADE
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site






Réagissez