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Moines de Tibhirine / Les révélations du père Veilleux

Publié le mardi 09 novembre 2010 à 10H05 - Vu 644 fois



Dans les années 90, Armand Veilleux, aujourd'hui père abbé  à l'abbaye de Scourmont, a bien connu les moines de Tibhirine, morts assassinés dans d'étranges circonstances. Il décrit une communauté sereine et unie dans la décision qu'ils venaient de prendre : celle de rester malgré les dangers de la guerre civile afin de soutenir la population locale. Entretien.

C'EST lui qui a porté plainte pour enlèvement et assassinat, en 2003, aux côtés de la famille de l'un des moines de Tibhirine, frère Christophe. C'est également lui qui s'est rendu à Alger, après l'assassinat des frères, pour la reconnaissance de ce qu'il restait de leurs corps. C'est lui, enfin, qui a rencontré la communauté, deux mois seulement avant son enlèvement.
Armand Veilleux, aujourd'hui père abbé à l'abbaye de Scourmont en Belgique, connaissait bien ceux que l'on peut voir à l'affiche du film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux. Du film, il retient son message d'amour et d'humanité, qu'incarnaient si bien ceux qu'il a connu. De l'enquête, il n'en dira pas plus que ce qu'il a déjà dit. Depuis que le juge Marc Trévidic est en charge de l'affaire et ouvert à toutes les possibilités, Armand Veilleux a de nouveau confiance dans la justice française. Il a accepté de répondre à nos questions.
Comment avez-vous connu les moines de Tibhirine ?
A l'époque, j'étais procureur de l'ordre cistercien de la stricte observance. J'étais en poste à Rome, à la direction générale de l'Ordre. La fonction d'un procureur est d'assurer la relation entre les communautés et le Saint-Siège et de trouver des solutions en cas de problème. Je connaissais bien la communauté des moines de Tibhirine. Fin 1995, le prieur de la communauté, Christian de Chergé, m'avait demandé de revoir avec eux les décisions qui avaient été prises pendant trois ans et de préparer les élections du prieur qui lui succèderait, car il estimait qu'il avait donné à la communauté ce qu'il avait à lui donner.
Vous les rencontrez donc, seulement quelques mois avant leur enlèvement. Avez-vous parlé de la décision qu'ils avaient prise de rester à l'abbaye Notre-Dame de l'Atlas, malgré la guerre civile entre l'Etat algérien et les islamistes ?
Oui, bien sûr, nous en avons parlé. Lorsque je leur ai rendu visite, début 1996, je les ai, en réalité, trouvés très sereins. Il faut dire que la situation semblait s'apaiser en Algérie, en comparaison avec ce que cela avait été durant les trois précédentes années. Les tensions s'étaient atténuées, même si des actions de violence, de la part des islamistes comme de l'armée, continuaient d'être perpétrées. Mais à ce moment-là, rien ne présageait qu'une telle tragédie allait se produire. A un moment où la situation devenait moins dangereuse, aucun frère ne remettait en question l'idée de rester.
Pourquoi rester ?
Par solidarité avec la population, qui, elle, n'avait aucune échappatoire. A mes yeux, Luc, le médecin dans le film, incarnait bien cette idée-là. Il était l'âme de Tibhirine, celui sur qui la population locale comptait pour se faire soigner depuis des années. Quant à Christian, le prieur, il était passionné par l'Algérie et les musulmans. Pour la population, les frères n'étaient pas des colonisateurs, ils étaient simplement des frères.

Ni sacrifice, ni martyre


Comment avez-vous perçu le film de Xavier Beauvois, « Des hommes et des dieux » ?
J'étais au courant depuis plus d'un an qu'un film sur les moines de Tibhirine allait être réalisé et j'ai suivi, pour ainsi dire, toutes les étapes du scénario. Dans un premier temps, j'étais plutôt négatif. Depuis, j'ai vu plusieurs fois le film et je trouve formidable la façon dont il est perçu. Je trouve aussi que le message humain de fraternité ressort. C'est un message universel, d'amour et de tolérance, à l'origine d'une décision qui a été longuement mûrie. Les frères de Tibhirine n'étaient pas des candidats au martyre, ni au sacrifice. Ils s'étaient dit qu'ils partiraient si la situation devenait trop dangereuse. A ce moment-là, c'était une communauté unie, aux caractères très différents, mais soudée par la décision qu'ils avaient prise.
Pourquoi, selon vous, l'armée algérienne souhaitait-elle que la communauté quitte Tibhirine ?
Les frères étaient devenus des témoins gênants. Des témoins des exactions perpétrées par l'armée algérienne dans une région où personne ne prenait parti, ni pour les uns ni pour les autres. Les islamistes aussi étaient à l'origine d'exactions. La guerre civile était en train d'ensanglanter le pays. Et le gouvernement y participait.

Volonté politique


Que s'est-il passé, selon vous, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 ?
Je préfère aujourd'hui que l'enquête suive son cours. Je l'ai toujours dit : je ne crois pas à la thèse officielle qui accrédite au Groupe Islamique Armé la responsabilité de l'assassinat des frères. Je me suis rendu sur place, quelques jours seulement après leur enlèvement. Ça n'a rien donné. Tout ce que je sais aujourd'hui, au sujet des notes d'ambassades, des déclarations « off» algériennes et françaises, c'est que ce n'est pas le GIA qui a tué les frères de Tibhirine. Un détail troublant : les frères ont été pris en otages et décapités. Le GIA n'a jamais pris en otage qui que ce soit. D'autres d'incohérences encore mettent en doute la version officielle. L'enquête est aujourd'hui ouverte à toutes les possibilités.
Avez-vous aujourd'hui confiance en l'enquête ?
Oui, j'ai confiance. J'ai souhaité porter plainte en 2003, aux côtés de la famille de Christophe, car je souhaitais que toute la lumière soit faite sur les circonstances de la mort des frères de Tibhirine. Aujourd'hui, je pense que la lumière sera faite jusqu'à un certain point.
Que voulez-vous dire ?
Un jour, le juge Marc Trévidic a indiqué : « La justice pourra faire la lumière, jusqu'à un certain point. Peut-être pas jusqu'au bout.» Sans volonté politique, voulait-il dire.

Propos recuellis par Delphine OLIVA

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Marre_des_pubs

09/11/2010 à 19h05

Les moines trappistes ils ne font pas de la bière aussi ?

BARIS Dominique

CHÂLONS-en-CHAMPAGNE

09/11/2010 à 13h48

Un témoignage de pus intéressant sur la vie des moines trappistes de Tibhirine,leurs préoccupations au milieu de la population musulmane dont ils étaient solidaires,le contexte de leur assissinat sur fond de guerre civile!Mais, pas d'information sur les conditions éxactes de leur assassinat! De toutes façon,une enquête est en cours.........

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