Publié le vendredi 24 juin 2011 à 10H30 - Vu 510 fois
Avant l'accident, Karen et Anthony envisageaient de se marier. La jeune femme est allée au bout de leur projet.
DIZY-LE-GROS (Aisne). C'est fait. Karen Jumeaux s'est mariée hier avec Anthony Maillot, décédé dans un accident de la route, il y a deux ans.
ELLE est heureuse. Autant qu'on peut l'être quand on vient d'épouser l'homme que l'on aime, même si celui-ci est décédé il y a deux ans dans un accident de voiture (l'union de mercredi). Hier matin, en mairie de Dizy-le-Gros, Karen Jumeaux a pris pour époux, à titre posthume donc, Anthony Maillot.
Un mariage pas comme les autres
« Je suis contente, c'est la fin d'un long combat qui a duré un an et demi pour obtenir l'autorisation du président de la République, mais maintenant, c'est fait », déclarait-elle à la fin de la cérémonie, soulagée. Cette union était particulière à plus d'un titre. Pour Karen et ses proches, forcément, mais aussi pour Jean-Marie Bouché, maire de la commune.
« J'ai déjà célébré une trentaine de mariages mais comme celui-là, jamais. La procédure est différente en ce sens que je ne vais pas lire les articles du code civil, exposant notamment les obligations mutuelles des époux, et on comprend pourquoi. » L'élu a également renoncé à son habitude, lorsqu'il célèbre un mariage, de déclamer un poème ou d'égrener son discours de quelques citations ou anecdotes sur les mariés et leurs proches quand il les connaît bien.
En attendant l'arrivée de Karen, Jean-Marie Bouché imaginait une cérémonie « sobre et profonde », espérant que « cette preuve d'amour ultime lui permettra de trouver la sérénité dont elle a besoin pour se reconstruire ».
11 h 30. La voiture de Karen s'arrête devant la mairie. Elle porte une robe blanche avec un imprimé à fleurs tandis que son fils, Andy, qui avait sept mois lorsque son père est décédé, arbore un joli costume. La cérémonie se fera en petit comité. Karen a demandé à sa mère, Chantal, et à son frère, Yohan, d'être ses témoins. Sont également présents son père, sa grand-mère, son oncle et sa belle-sœur. Décidément, ce n'est pas un mariage comme les autres. Au lieu d'ajuster la robe de mariée dont elle avait sans doute rêvé avant le drame, la jeune femme fume fébrilement une cigarette, comme pour se donner du courage. Personne ne parle. C'est le maire qui va briser ce silence pesant et si inhabituel pour un mariage.
Alliance
Cette cérémonie, que Karen attend depuis presque deux ans, ne va durer que quelques minutes : elle se résume à la lecture de l'état civil des deux époux, avant la traditionnelle question à laquelle la future mariée répond par un timide « oui ». C'est fait, la voilà Mme Maillot. Sa belle-sœur lui passe la bague au doigt avant la signature des registres. Ils repartiront comme ils sont venus, dans le silence, mais en pensant sans doute encore plus que d'habitude à Anthony.
Lucie LEFEBVRE
llefebvre@journal-lunion.fr
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