Publié le vendredi 08 octobre 2010 à 10H44 - Vu 2721 fois
15 h 30 : les jeunes montent sur un bus. Ils haranguent les policiers stationnés plus loin.
L'union
SAINT-QUENTIN (Aisne). Ce matin encore la manifestation des lycéens a dégénéré. Ils étaient plus d'un millier au plus fort du défilé. Cagoules et projectiles ont fleuri dans le cortège. Une jeune fille a été interpellée.
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Présentée au départ comme un mouvement de protestation contre la réforme des retraites, la manif des lycéens a rapidement dégénéré en quasi-émeute urbaine.
«TOI la presse, on va te faire bouffer ton appareil photo. T'as pas encore compris qu'on est là pour tout péter ? » Le visage masqué par une écharpe, capuche sur la tête, le lycéen précise ses menaces : « Si on me reconnaît sur une photo, on va te tuer toi et ta famille. » C'est clair, on est loin de l'ambiance bon enfant qui accompagne, en général, une manifestation lycéenne. Le bilan est, d'ailleurs, aussi lourd que le climat : des dizaines de poubelles renversées, des rétroviseurs cassés, des boîtes aux lettres arrachées, des vitrines brisées, les portes d'un bus forcées…
« Sarko, on t'enc… »
Rue Robert-Schumann, une femme demande à un petit groupe de descendre du capot de sa voiture. Ils la giflent et s'enfuient. Un peu plus loin, un cabinet d'architectes est littéralement pris d'assaut. L'homme avait osé protester quand on avait renversé ses poubelles et endommagé son automobile. « Ils étaient surexcités, ils ont mis plusieurs coups de pied dans la vitrine et l'ont brisée », raconte l'une des collaboratrices du cabinet.
L'un des jeunes tente bien de raisonner ses congénères : « Arrêtez, c'est nul, on est là pour les retraites ! » Il a aussitôt droit à quelques claques et autres coups de pied. Quelques minutes plus tard, son agresseur est discrètement interpellé par des policiers en civil.
Neuf interpellations
Les larmes aux yeux, le visage en sang, il s'assoit et ne peut que contempler le désastre.
Si quelques affichettes laissées au départ du cortège témoignaient des motifs officiels de la manif, les slogans se limitent à des « Sarko, on t'enc… », hurlés sur le toit d'une voiture ou d'un bus. Certains agitent des drapeaux algériens ou marocains en guise d'ultime provocation.
Dès le matin, le malaise était palpable devant les grilles du lycée Condorcet. D'après le blog du PCF, la Jeunesse communiste aurait initié la manif. Leur appel a été relayé sur Internet et sur les portables. « On a été avertis par SMS qu'il fallait bloquer le lycée, raconte une lycéenne. On a alors décidé de ne pas aller en cours et on s'est regroupés devant le bahut. On devait être au moins 300. Ça a dégénéré quand quelques types sont allés chercher des œufs, des tomates et des cannettes pour les lancer sur la police.»
Épaulés par les hommes de l'unité départementale d'intervention, les policiers chargent trois fois et procèdent alors à quatre interpellations.
Après la pause déjeuner, les jeunes se regroupent à nouveau. Grossi par quelques élèves du lycée Colard-Noël, le cortège se rend au lycée La-Ramée. Ils sont plus de 500 à se diriger ensuite vers le lycée Henri-Martin. Ils n'y trouveront aucun renfort. Ce n'est qu'aux abords de la place de l'Hôtel-de-Ville qu'ils seront bloqués par des policiers, qui s'étaient montrés jusqu'alors étrangement distants. Il est 17 heures, retour au lycée Condorcet, la manif est terminée.
Une vingtaine d'agitateurs, bien décidés à en découdre avec les forces de l'ordre, tente de rejoindre le centre-ville à nouveau. Contenus sur le trottoir par les policiers, quatre d'entre eux seront interpellés, en face de la basilique.
Hier soir, deux jeunes étaient toujours en garde à vue.
Aurélie BEAUSSART (abeaussart@journal-lunion.fr)
À Laon, une tentative vite avortée
Pour l’heure, à Laon, les lycéens restent dans les établissements. Hier du côté de Méchain, la rumeur parlait d’un possible mouvement. Effectivement, au moment de rentrer en cours, il y avait bien un attroupement d’une vingtaine de jeunes. Les uns et les autres semblaient vouloir se motiver, mais finalement, il y a vite eu dislocation. En fait, si les SMS fonctionnent, à Laon, on reste encore réservé.
À Hirson, la patience des automobilistes mise à rude épreuve
Entre 300 et 350 lycéens ont manifesté ce jeudi matin dans les rues d’Hirson. Une manifestation apparemment préparée par quelques-uns, mais qui a surtout bénéficié d’un fort courant de sympathie dans l’ensemble du lycée Joliot-Curie. Dès l’arrivée des premiers élèves ce jeudi matin dans ce lycée, la situation de grève a été décrétée par beaucoup. Quelques minutes plus tard, une manifestation largement spontanée partait.
La manifestation est arrivée vers 9 h 30 dans le centre-ville. Un premier sit-in au carrefour de la rue de Vervins, un second devant la mairie. Cependant, les quelques «meneurs» ont eu beaucoup de mal à canaliser les énergies revendicatives. Au carrefour de la place Mermoz, autre halte, puis décision est prise de rejoindre la gare. Trois minutes après, changement de direction, vers le centre commercial Auchan ! Inquiètes de cette absence d’organisation et de ce «bateau ivre», les autorités de gendarmerie ont alors appelé des renforts.
L’étape suivante fut donc Auchan. Quelques dizaines de manifestants ont alors pénétré dans le magasin, et certains en sont ressortis avec des packs de bière ... Situation étrange, certains lycéens ont réparti les bouteilles dans les sacs devant les gendarmes regroupés dans le sas d’entrée du magasin !
Les militaires ont, ensuite, pris les noms des mineurs surpris en train de consommer de l’alcool sur la voie publique. Il n’y a, toutefois, pas eu de véritables interpellations. Moment de tension ensuite sur le giratoire voisin, une conductrice n’a pas supporté d’être bloquée dans son véhicule. Les gendarmes sont intervenus.
Les élèves ont alors repris le chemin du lycée. En repassant devant la mairie, quelques-uns ont été reçus par le maire socialiste, Jean-Jacques Thomas. L’après-midi, une nouvelle manifestation a eu lieu, mais rassemblant nettement moins de monde (100 à 150). Le cortège a emprunté la rue du Maréchal-Joffre, jusqu’au rond-point La Capelle/Anor. A noter toutefois qu’un élève a été percuté par un automobiliste, semble-t-il énervé par la durée d’un sit-in. Légèrement blessé, l’élève en question a été transporté pour observation à l’hôpital par les gendarmes.
M.M.
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