Publié le vendredi 14 octobre 2011 à 10H08 - Vu 909 fois
Françoise Debaisieux, hier, entourée de ses avocats, Maîtres Scheuer (à gauche) et Cabanes.
MENDE (Lozère). « Je ne suis pas une voleuse. » Hier au tribunal correctionnel de Mende, Françoise Debaisieux s'est défendue d'avoir dérobé des biens de la préfecture de la Lozère. Avec son mari, elle a fait disparaître un butin de 14 000 euros, lequel fut acheminé au domicile familial dans les Ardennes.
PROCÈS insolite, unique, hier au petit palais de justice de Mende (Lozère), enchâssé comme une pierre précieuse au cœur de la ville, au pied du mont Mimat entre Causse et Margeoride. Le tribunal correctionnel, en habit de gala, jugeait l'ex-préfète des lieux.
Françoise Debaisieux, médecin, née en 1954 dans l'Aisne et qui, entre 1981 et 2007, a fait l'essentiel de sa carrière dans l'Education nationale et dans les services de santé des Ardennes, de l'Aisne et de la Marne, avant de devenir préfète de Lozère, devait comparaître pour « vol par personne dépositaire de l'autorité publique à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, commis à partir de novembre 2007 et jusqu'au 7 avril 2010 en Lozère ; soustraction, détournement, ou destruction de biens d'un dépôt public par le dépositaire ou un de ses subordonnés ».
L'ex-préfète n'aurait pas fait tout cela toute seule, elle aurait été aidée dans sa tâche par son mari ardennais, devenu son complice, lui aussi poursuivi pour recel. Mais les débats, disait-on avant l'audience, pouvaient apporter des surprises…
On l'attendait donc, en chair et en os, du quartier de La Vabre au bord de la rivière, aux marches du palais. Et elle n'a pas fait injure à la justice de la République qu'elle représentait il y a peu encore. Le procureur Samuel Finielz avait porté la capacité de l'enceinte de son tribunal à 70 personnes et mitonné un service d'ordre particulier pour l'événement. Elle est venue, petite silhouette frêle et amaigrie, vêtue d'un tailleur noir et d'un chemisier blanc, flanquée d'Hervé, son époux, en costume gris. L'un et l'autre avaient les traits fermés et les lèvres crispées quand ils se sont installés sur le banc du premier rang, devant la greffière.
Dès son arrivée, la présidente du tribunal, Fabienne Rayon, femme énergique et méticuleuse, avide de comprendre, a retracé chronologiquement les événements. Un scénario qui débute par un petit rien qui va en déclencher bien d'autres. Il y a des années, à Lyon, c'est la découverte d'une simple robe tachée de cambouis qui avait permis de confondre les meurtriers du prince de l'hôtellerie. A Mende, c'est un imper blanc qui a précipité le destin de Mm Debaisieux.
Un vol à la préfecture entre le 15 et le 18 mai 2009 au préjudice d'une employée qui sera classé sans suite, et la découverte en 2010 de cet imper dans un placard, au domicile de la fille de Madame la préfète.
Et entre les deux, des disparitions de meubles, de bibelots, de linge et d'objets à la résidence de la préfecture. Des biens mobiliers déjà présents à la préfecture à l'arrivée de Mme Debaisieux et d'autres achetés par elle avec l'enveloppe budgétaire allouée dont elle croyait pouvoir disposer à des fins personnelles, comme d'un avantage en nature. Le mode opératoire de ces détournements a été reconstitué par l'enquête et va constituer « l'exposé » de la présidente avant qu'une discussion s'instaure avec Mme Debaisieux lors de son passage à la barre.
Pour certaines des disparitions d'objets déjà dans les murs avant son arrivée, Mme Debaisieux a laissé planer un doute, rappelant qu'elle n'avait pas signé l'inventaire à son arrivée car la liste présentée ne correspondait pas à ce qu'elle avait sous les yeux. Mais ses explications confuses, voire ses mensonges ont beaucoup embrumé la vérité.
Pour les objets qu'elle a achetés avec l'enveloppe, elle a redit qu'elle croyait qu'ils étaient siens et pouvaient garnir son domicile privé ou la suivre dans sa nouvelle affectation à Tarbes. Ainsi était née la caverne d'Ali Baba de la chambre fuschia, une chambre d'ami de la résidence, dans le placard de laquelle s'entassaient les objets durant la semaine avant d'être vidés le week-end venu. Les paquets étaient enfermés dans de lourdes valises puis transportés en voiture jusqu'à une aire d'autoroute avant Reims où M. Debaisieux les récupérait pour les ramener au domicile conjugal dans les Ardennes.
Et pour l'imperméable… Mme Debaisieux n'a jamais pu expliquer et comprendre comment il s'était retrouvé dans sa valise. Mais le plus incroyable, ce sont les photos de l'imper, prises alors qu'il était dans la valise de la préfète, étiquette bien visible pour qu'il n'y ait pas de confusion possible, et qui ont été remises aux policiers lors des investigations.
Des documents qui pourraient accréditer la thèse d'un complot mené contre la préfète pour précipiter sa perte. De quoi obscurcir encore le dossier. Le procureur Samuel Finielz qui avait tenté d'y voir plus clair au milieu des déclarations contradictoires ou vasouillardes de l'ex-préfète, ne semblait pas convaincu et ne comprenait pas pourquoi certains objets, comme les chaises et fauteuils disparus, n'avaient pas été retrouvés, ni à la préfecture, ni chez elle. La présidente renchérissait en demandant à Mme Debaisieux si certains avaient été offerts : « Je n'ai pas fait de cadeaux », affirmait l'ex-préfète. « Je ne suis pas un délinquant », a annoncé le mari. « Je ne suis pas une voleuse », a affirmé l'ex-préfète. Le jugement sera rendu le 1er décembre à 14 h 30.
Christian CHARDON
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