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Jean-Pierre Balligand, député sans discontinuer depuis 1981

Publié le mardi 21 juin 2011 à 10H09 - Vu 189 fois



Au soir du 21 juin 1981, 285 députés sur 491 sont socialistes. Seuls quatre élus de cette génération Mitterrand ont depuis siégé sans discontinuer. Dont Jean-Pierre Balligand, député de l'Aisne et actuel vice-président de l'Assemblée nationale. En ce jour anniversaire, retour sur 30 ans de parlementarisme vécus de l'intérieur. « On est les enfants de Mitterrand» « Rien de pire que les traitres » «On a commis des excès » «Je ne suis pas très courtisan »

l'union : 21 juin 1981, vous êtes élu député pour la première fois. Étiez-vous mitterrandiste et quel était le contexte ?
Jean-Pierre Balligand : Localement, les choses avaient été programmées. Le député en place, Maurice Brugnon, une figure axonaise qui avait réussi à faire son trou en Thiérache, m'avait pris comme suppléant en 1978, j'avais alors 28 ans. Au lieu de me choisir tout seul selon la tradition, il avait fait voter les militants à bulletin secret. Ainsi légitimé, j'ai naturellement pris sa succession. Mais, je ne suis pas mitterrandiste. Au départ, je suis avec Pierre Mauroy. Après, c'est sûr, il est nommé premier ministre par Mitterrand mais dans les tendances du parti, je suis mauroyiste. J'aime bien, ça manque toujours un peu aujourd'hui, qu'il y ait des tripes. J'aime les gens qui sont des gestionnaires, et Mauroy a fait bouger Lille, mais qui ont su rester pas très très éloignés des revendications populaires. Déjà avant 1981, je faisais partie des groupes d'experts que Mauroy avait montés sur la décentralisation, un peu comme Fabius aujourd'hui prépare les textes de la première année. À la différence qu'à l'époque, à part Mitterrand sous la IVe République, personne n'avait l'expérience du pouvoir. Durant deux ans on a gratté pour essayer d'avoir des textes prêts. Après l'élection, tout de suite, j'ai rejoint le groupe d'experts dit de Matignon. Tous les mercredis matins à 6 h 30, on se prenait le Premier ministre pour lui expliquer que cela n'allait pas bien. C'était un boulot en dehors du parlement mais c'était un boulot intéressant.

Seuls quatre des députés actuels ont été élus le 21 juin 1981 ?

En fait, nous sommes douze députés actuels à avoir été élus en 1981. Mais, nous ne sommes que quatre à avoir siégé sans discontinuer depuis. C'est pour cela que nous invitons les huit autres à une petite soirée ce soir. Parmi les quatre, outre moi-même qui suis le seul rural, il y a Claude Bartolone député de Saine-Saint-Denis, Laurent Cathala, député maire de Créteil, et Jean-Michel Boucheron, député d'Ille-et-Vilaine. Il y a des députés plus anciens comme Emmanuelli et Fabius élus en 1978 mais nous, nous sommes véritablement les enfants de Mitterrand, c'est lui qui nous a portés et a permis notre élection. D'ailleurs, en 1981, mon slogan c'était « Mitterrand président, Balligand au Parlement ».

Quel souvenir gardez-vous de l'ambiance suscitée par la victoire de la gauche ?
Pour de nombreux militants, cela relevait du miracle. Beaucoup ont pleuré. De joie évidemment. Il faut dire qu'ils avaient été battus tellement de fois. Sous de Gaulle, sous Pompidou, sous Giscard, cela commençait à faire quand même. C'est toute une génération politique qui n'avait pas eu accès aux affaires. Ce n'est pas compliqué : 58-81. Ensuite, c'était aussi beaucoup d'espoir. D'espoir que cela change. Je ne veux pas faire de paralèlle avec aujourd'hui mais il y avait une sorte de dissociation très forte entre celui qui exerçait le pouvoir, avec son entourage, et le peuple. C'est un peu comme aujourd'hui, il y a eu un désamour entre Giscard et une partie de son électorat. Chirac avait décidé de lui tailler des croupières, le RPR lui était bien rentré dans le chou. Méchamment, surtout contre Barre qui avait été Premier ministre après l'éviction de Chirac. Mais, il faut rendre à Giscard, ce qui est à Giscard : c'est dans l'histoire de la Ve République probablement le Président le plus moderne. C'est lui qui donne le droit de vote à 18 ans, c'est lui qui autorise pour la première fois la saisine du Conseil constitutionnel. Avant, il n'y avait de recours contre rien dans ce pays. Aujourd'hui, Max Gallo réécrit l'histoire. Il n'y a rien de pire que les traîtres. Mais faire du gaullisme quelque chose de paradisiaque, il ne faut pas avoir connu le gaullisme. Ce n'est pas possible sinon. Ce n'était pas très démocratique même si De Gaulle était quelqu'un qui avait une vision de la France. Maintenant, dire qu'un vent de liberté soufflait sur la France ce n'est pas vrai.

Les campagnes électorales de 1981 vous ont-elles marqué ?
C'était l'union de la gauche et le Parti communiste était haut. Pour la droite, c'était les « gauchos » qui arrivaient et bientôt les chars soviétiques devaient envahir Paris. Et ce fut pire lorsqu'il y a eu des ministres communistes. En Thiérache, je me souviens que mon adversaire distribuait des tracts affirmant que nous allions « piquer » les vieux.

En 30 ans de parlementarisme, les choses ont-elles évolué ?
Beaucoup de choses ont changé. À partir de 1981, il y a eu un peu plus de vie parlementaire. D'abord parce que cela a été le branle-bas de combat durant tout l'été. On a siégé deux ans sans partir en vacances pour faire la décentralisation et les nationalisations car on perdait un fric incommensurable dans ce pays. La plupart des entreprises nationalisées ont été prospères quand on les a mises sur le marché et certains se sont même fait du fric avec pour être tout à fait franc. Jusqu'en 1983, on n'a pas arrêté avec les navettes, cela a été ahurissant. Et je passe sur l'abolition de la peine de mort, la suppression des tribunaux spéciaux et les radios libres. On ne mesure pas aujourd'hui tout ce qui a été fait. Ce sont des choses qui me tenaient à cœur et je suis très fier de tout cela même si en 1981, il ne faut pas raconter de bobards, on a commis des excès notamment dans les nominations.

Mais, contrairement au programme et aux promesses, le service militaire n'a pas été supprimé ?

Effectivement et je continue de penser que nous aurions dû garder tout cela. C'est ma conception.

Quel jugement portez-vous sur l'évolution des institutions ?
Jospin a été un bon Premier ministre mais il a fait une erreur, une vraie, en basculant les élections législatives immédiatement après la présidentielle. Maintenant, avec le quinquennat, on a un système à l'américaine. Quand on a élu un Président, il faut lui donner une majorité. Et comme la durée est la même, c'est fini l'idée d'alternance. Dans un pays qui est quand même un pays de grandes passions, d'excès donc, je ne pense pas que les cohabitations aient été de mauvais systèmes. Notre système constitutionnel est déséquilibré et cela s'est accentué car on a copié le système américain sans l'équilibre du système américain puisqu'aux États-Unis le Président ne peut pas dissoudre la Chambre des représentants. Tandis que nous, il nous dissout quand il veut. Si on ne se tient pas bien, on est viré.

D'attaque pour de nouvelles élections présidentielles et législatives ?
Pour les présidentielles, c'est sûr. Pour les législatives, j'en parlerai avec mes amis. Bon, il n'est pas impossible que je sois encore candidat. Maintenant, il faut des jeunes et des femmes. Si on n'en trouve pas, on garde les vieux.

Votre position sur le cumul des mandats ?
Je ne suis pas pour le mandat unique. Si un jour c'est le cas, nous aurons des élus déconnectés de la réalité. Mais, je suis contre le fait pour un parlementaire d'avoir un mandat exécutif important. C'est ma conception. Je vois bien l'avantage en terme d'efficacité pour l'élu mais je pense que ce n'est pas bien pour les citoyens. Parce qu'on est juge et partie dans les lois, ce n'est pas bien.

Qu'est-ce qui vous a manqué pour être ministre ?
Pendant un moment, j'ai espéré pouvoir être ministre. Mais, comme je ne suis pas très courtisan, mais alors pas du tout… De toute façon, je suis plus un parlementaire qu'un ministre. Il faudrait que le Parlement contrôle plus l'exécutif. Nous faisons beaucoup de lois mais très peu de contrôles. On devrait contrôler l'exécutif tous les jours en particuliers, nous, à la commission des finances. Si le Parlement faisait bien son travail, on n'aurait pas l'état des finances publiques que l'on a. J'ai pas été ministre voilà, c'est aussi le prix de l'indépendance aussi, je préfère dire franchement quand je ne suis pas d'accord. Et puis pour être honnête, il y a quelques postes de ministres intéressants, l'Intérieur, les Finances, les Affaires étrangères, peut-être les gros ministères comme Xavier Bertrand au Travail, là vous actionnez un peu les choses. En dessous, si c'est pour faire le sale boulot et dire l'inverse de ce que l'on pense. J'en connais des ministres de Sarkozy qui font exactement l'inverse de ce qu'ils pensent… À commencer par Baroin que je connais bien. Mais, il sera peut-être ministre de l'Économie…
Non, mon seul regret, et je me suis peut-être énervé un peu trop vite lorsque Jean-Jacques Thomas (*) s'est présenté contre moi alors que j'avais tous les arbitrages en ma faveur, c'est de ne pas avoir été président de la Région Picardie. Cela m'aurait beaucoup plus plu que ministre car vous pouvez réellement rendre service au territoire. Aujourd'hui, président de Région ou de conseil général, c'est intéressant si vous vous occupez correctement des affaires.
Propos recueillis par Jean-Michel ROUSTAND

* Maire d'Hirson et actuel secrétaire fédéral du PS dans l'Aisne.

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Les dernières contributions


escapo

01/07/2011 à 19h19

Il avance Balligand, il avance ....

ficelle 02500

picardie

24/06/2011 à 14h28

Celui qui aura la peau de ce mammouth de la pilitique n'est pas encore né !
Il va encore parcourir du chemin a mon avis.

citoyen-laonnois

laon

22/06/2011 à 18h41

il a décapité la gauche, C'est quoi la gauche aujourd’hui 'hui ?
(abonné absent) .

Christophe CHASTANET

BRIVE

22/06/2011 à 11h15 | 1

Le gaullisme pas démocratique ? il a rétabli les institutions républicaines en 1945 et a donné une constitution solide en 1958 à la France...

La démagogie socialisante a ses limites, Monsieur le Député.

Jusqu'à preuve du contraire, De Gaulle est le seul président de la Vème République qui, désavoué par les urnes, a quitté le pouvoir de son propre chef.

De Gaulle, un dictateur ? à d'autres ! beaucoup donnerait pour revivre sous les 30 glorieuses...

Commentaires anonymes

21/06/2011 à 14h18 | 1

Balligand, un cumulard sans discontinué depuis 1981, qui ignore tout du monde du travail (et pour cause, il a toujours vécu de la politique). Nous serons en démocratie quand le cumul des mandats sera interdit, ainsi que la possibilité de faire plus de 2 mandats consécutifs.

Commentaires anonymes

21/06/2011 à 14h14

A qui?

le poupe

21/06/2011 à 13h06

a rappeler a ce monsieur ?etre élu n'est pas un métier et que pour faire évolué une société vers le haut ,des nouvelles façon de voir ou de faire sont nécessaires

Commentaires anonymes

21/06/2011 à 12h01

Il serait bon qu'il pense enfin a passer la main !!!!

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