Publié le mardi 05 juillet 2011 à 10H07 - Vu 1183 fois
Élisabeth Sicard, qui porte le projet, et Francine Ambroise, directrice de l'école, ont vu le quartier changer de sociologie en 20 ans.
SOISSONS (Aisne). Le quartier de la Gare compte de plus en plus d'immigrés. Une instit prend les choses en main, pour favoriser l'intégration des parents et éviter ainsi les erreurs du passé.
«ON disperse la population, mais pas les moyens », constate Élisabeth Sicard, enseignante depuis 25 ans à l'école de la Gare. En effet, le quartier ne bénéficie pas de financements Cucs (politique de la Ville), contrairement à Chevreux, Presles, Saint- Crépin et Saint-Waast/Saint-Médard. Pourtant, le quartier résidentiel a changé de sociologie en 20 ans, à la faveur de la mixité sociale. Des logements sociaux ont été construits avenue de Reims et rue de Pampelune. L'école de la Gare accueille aussi les enfants du CADA (Centre d'accueil des demandeurs d'asile) et du centre d'hébergement d'urgence « Les 14 Maisons ». Sans parler des marchands de sommeil qui hébergent des familles immigrées.
Des enfants venus d'un peu partout et dont les parents sont parfois en situation d'urgence. Ils viennent de Tchétchénie, d'Algérie, de Bulgarie, du Maroc, de Syrie, de Roumanie ou encore de Turquie.
Barbecue hallal
Élisabeth Sicard, qui a pris sa retraite voici quelques jours, vient de créer une association, pour « régler les problèmes en amont ». Elle entend être « un relais entre les enseignants et les parents, lesquels ne comprennent pas toujours les consignes ». Or, l'école a ses règles. Il n'est pas rare que les enfants servent d'interprètes entre les parents et l'instit. « J'ai dû accueillir, dans ma classe de CP, un enfant de CM1 », indique l'enseignante. Cette année, en moyenne section, l'on dénombrait 5 élèves non francophones. Avec le risque d'échec scolaire. « Les parents ont besoin qu'on les aide à s'investir pour leurs enfants », insiste Mme Sicard.
« On est passé d'une école avec une cohorte d'enfants structurés à une société d'électrons libres avec des mamans qui n'ont aucune ressource pour sortir de leur condition, explique la directrice de l'école, Francine Ambroise. Depuis l'an dernier, on fait des barbecues hallal à l'école. On vit ensemble, alors on fait des compromis. »
Au travers d'ateliers thématiques (voir encadré), il s'agira de « favoriser l'intégration de populations immigrées dans notre société et, en particulier, notre système scolaire », poursuit Elisabeth Sicard. Pas question pour autant de renier la culture que chacun véhicule.
L'instit envisage d'ailleurs d'organiser des ateliers cuisine où les mamans pourront échanger, histoire de « valoriser toutes les cultures ».
Le projet a reçu le soutien de la Direction départementale de la cohésion sociale, mais pas celui de la mairie.
Une déception pour Elisabeth Sicard, qui entend malgré tout démarrer son projet à la rentrée. « On a tous à y gagner », martèle-t-elle.
Isabelle BERNARD
ibernard@journal-lunion.fr
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