Publié le jeudi 09 février 2012 à 10H47 - Vu 754 fois
(Région). Il progresse vite, et la tendance n'a aucune raison de s'inverser. Signalé il y a seulement deux semaines en France, le virus de Schmallenberg gagne progressivement le territoire. À Reims, une des seules équipes de chercheurs spécialisés dans les maladies transmises par des insectes en France, mène l'enquête. Objectif : identifier le coupable pour maîtriser ce virus qui s'en prend essentiellement aux agneaux.
CE sont des enquêteurs d'un genre discret. Au premier étage de la faculté de pharmacie, à Reims, une équipe de chercheurs travaille pourtant d'arrache-pied sur l'identité d'un tueur. Ou plutôt du « vecteur » de transmission du redouté virus de Schmallenberg (l'union du 3 février). Dans cette chasse au coupable, les spécialistes ont d'ores et déjà désigné le culicoïde - une sorte de petit moucheron - comme suspect numéro 1. Sachant qu'il existe environ « 80 espèces de culicoïdes en France », la tâche s'avère ardue. Pas de quoi toutefois décourager Jérôme Depaquit, professeur de parasitologie en charge de l'unité de recherche sur la transmission vectorielle et épidémiologique et la surveillance des maladies parasitaires, à Reims. Avec le centre basé à Montpellier et trois autres chercheurs à Strasbourg, ils sont les seuls en pointe dans cette spécialité en France.
« Rien ne vole en ce moment »
Il y a deux semaines, un coup de fil de l'Agence nationale de sécurité sanitaire, de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), a placé l'unité rémoise dans les « starting-blocks ». Le virus vient alors d'être découvert dans l'encéphale de deux agneaux, en Moselle et en Meurthe-et-Moselle. Le début d'une colonisation virale qui progresse à vue d'œil (lire par ailleurs). « Dès les jours suivants, nous sommes allés poser des pièges. En vain, puisque rien ne vole en ce moment », indique Denis Augot, ingénieur de recherche. S'il n'existe objectivement « aucune preuve scientifique » qu'il s'agisse avec certitude d'un culicoïde, tous les indices penchent pourtant en ce sens. À ce jour, les virus de ce type déjà connus sont transmis par des insectes ailés qui se dispersent facilement avec le vent. Voilà qui tombe bien puisqu'à Reims, on connaît très bien les insectes hématophages. Mais il faut faire vite. « D'ailleurs, poursuit Jérôme Depaquit, la rapidité de propagation rappelle la fièvre catarrhale ovine (FCO) qui a touché la France en 2006. » Rien ne dit en revanche que Schmallenberg bénéficiera de la même fin heureuse avec la production d'un vaccin. Et dans le meilleur des cas, il faudra attendre « au moins un an », selon Stephan Zientara, virologue au laboratoire de santé animale, à Maisons-Alfort.
Recréer la scène de crime
En l'absence de vaccin, il faudra donc mettre en place une lutte raisonnée sur le terrain. « Parce qu'il n'y a aucune raison que le virus en reste là, et aucune raison qu'il ne s'étende pas au reste du pays », note encore le Pr Depaquit. Encore faut-il identifier l'espèce en cause. Armés de leurs pièges, et une fois les températures meilleures, les spécialistes tenteront d'en capturer. Une vraie gageure. Dans le cas de la FCO, l'équipe avait estimé à 1 sur 10 000 le nombre d'insectes infectés. Pour finalement découvrir que, dans la région, les larves se logeaient au sein même des étables. « Nous allons nous heurter au même problème. Autant dire que nous allons à la pêche à la ligne. » En cas d'échec de ce côté, les chercheurs rémois organisent la parade en développant un élevage de culicoïdes - les difficultés sont majeures là aussi - au laboratoire. Les moucherons seront ensuite emmenés dans un laboratoire sécurisé à Maisons-Alfort pour être infectés par le virus. « Nous tenterons de recréer les conditions si on ne peut pas les trouver dans la nature. Mais il faudra que les culicoïdes infectés acceptent de piquer les animaux qu'on leur présentera », note Denis Augot. Là encore, la bataille est loin d'être gagnée, « parce que n'importe quel insecte ne pique pas n'importe quel hôte ».
Le European center for diseases control and prevention, auprès duquel Jérôme Depaquit intervient en tant qu'expert, vient de conclure au fait que le risque de transmission du virus à l'homme est très hautement improbable. Quant à la transmission entre animaux adultes, « nous cherchons à l'exclure scientifiquement par des travaux en cours ». Au « QG » de Reims, l'enquête n'en est donc qu'à ses débuts. Et autant dire que ses conclusions sont très attendues.
Julienne GUIHARD-AUGENDRE
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site






Réagissez