Il raconte sa guerre d'Algérie : 50 ans après, il parle pour la première fois

Il raconte sa guerre d'Algérie : 50 ans après, il parle pour la première fois

Publié le jeudi 15 mars 2012 à 12H00 - Vu 255 fois

Bernard Fontaine n'a jamais évoqué publiquement son passage en Algérie. Cinquante ans après, il a écrit quelques lignes de son histoire pour que personne n'oublie.

«C 'EST la première fois que j'écris sur cette période, c'est difficile mais ça fait du bien.» Bernard Fontaine habite Danizy. Comme beaucoup de jeune Français à l'époque, il est parti en Algérie.
Au-delà de la polémique qui entoure les commémorations du 19 mars, il a décidé de raconter sa guerre pour la première fois.
C'est un pli soigneusement cacheté qui est arrivé et, à l'intérieur, six pages d'un épisode de sa vie qui l'a marqué durablement.
Il avait 20 ans lorsqu'il a été envoyé de l'autre côté de la Méditerranée.

Baptême du feu

Il n'a jamais été bavard sur cette période « aux yeux de certaines personnes ce fut des vacances offertes par l'Etat. Personne n'a pris cela pour des vacances, pour certains ce fut même l'enfer ».
Bernard se souvient avoir reçu sa feuille d'incorporation en juillet 58 « je devais me rendre au 30e BCP à Marrakech via Arras. Nous avons eu une instruction militaire avec des marches de 10, 20, 40 km ».
Puis ce fut le départ dans un train bondé vers Marseille puis embarquement à bord du «Koutoubia» avant d'arriver à Oran où le jeune appelé a été étonné de lire sur les murs « de Dunkerque à Tamanrasset la France » ou « Ici la France », le ton était donné.
Après un malaise et un séjour à l'hôpital, Bernard s'est retrouvé près de Sidi Bel Abbes à Zegla. Son rôle était de remplacer un radio qui accompagnait les sorties, les convois de ravitaillements… c'est dans le poulailler d'une ferme que se trouvait le central téléphonique et radio.
« Je devais transmettre les messages, certains étaient classiques, concernaient des opérations, par exemple, d'autres, plus particuliers, touchaient des militaires ou des gradés avec les motifs politiquement incorrects, forte tête, déserteur… »
Pour ce qui est des opérations, elles se déroulaient dans les montagnes de Tlemcen, difficile de marcher sous la chaleur ou la pluie, avec des nuits froides parfois de la neige et le risque des embuscades, des mines « avec pour compagnie les scorpions et les vipères ».
Lors des convois de ravitaillement bien protégés, Bernard se souvient d'une jolie forêt et d'une « mer d'alba », ces herbes hautes qui précèdent le désert et qui, sous le vent, ondulent comme la mer. C'est là qu'il a eu son baptême du feu, un mitraillage venu de la forêt. Forêt qui a ensuite été entièrement brûlée. Fin 58 et début 59 furent des mois difficiles et, au printemps 59, il a participé à une opération qui devait l'emmener à la frontière avec le Maroc. Parti avec un sergent, il devait rejoindre le régiment mais personne au lieu de rendez-vous. « Nous avons suivi un oued mais un orage a éclaté, pour se mettre à l'abri nous sommes montés vers des grottes dans la falaise et, là, j'y ai vu des formes humaines. Sans réfléchir, j'ai vidé le chargeur de mon P.M. J'ai tiré le sergent par le bras en lui criant de sauter à l'eau car on nous tirait dessus au fusil de chasse. Par la suite, nous avons retrouvé la compagnie avec soulagement. »
En juin 1959, Bernard Fontaine est muté à Telagh et devient rapidement mécanicien tout en effectuant des patrouilles de nuit… Les relations avec les colons (certains n'étaient pas vraiment accueillants) et les habitants ont enrichi l'histoire de Bernard. Le réconfort, il le trouvait dans le courrier échangé avec sa fiancée. Aujourd'hui, il reste de nombreux souvenirs pour ce Laférois mais il pose la question du pourquoi de cette guerre. « Par rapport à certains je n'ai pas trop souffert mais je regrette d'avoir perdu mes années de jeunesse. Et si aujourd'hui je pouvais retrouver certains de mes camarades, ce serait formidable. »
Bernard Fontaine a reçu le titre de reconnaissance de la nation, la croix du Djebel, la croix du combattant, des décorations qui l'honorent mais qui n'effaceront pas ces moments parfois difficiles dans une guerre qui a dit trop tardivement son nom.
Samuel PARGNEAUX
spargneaux@journal-lunion.fr

L'union l'Ardennais