Festival «C'est comme ça !» / Il danse… tête en bas

Festival «C'est comme ça !» / Il danse… tête en bas

Publié le jeudi 11 octobre 2012 à 10H49 - Vu 108 fois

CHATEAU-THIERRY (Aisne). Tête en bas ou bras suspendu, le danseur Kevin Jean défie les lois de la gravité. À découvrir ce soir et demain au Palais des rencontres.

VOUS avez dû le croiser à Blanchard, près du Palais des rencontres, ces jours-ci. Les pieds dans des boucles noires, Kevin Jean était suspendu à une poutre métallique, tête en bas.
Une position pour le moins originale mais, rassurez-vous, l'homme répétait son spectacle, La 36e chambre, qui sera présenté au grand public, ce soir, et demain, à 19 heures, sous le préau du Palais des rencontres.
Une grande première pour l'artiste qui, d'ordinaire, le joue en salle. Après Amiens, Reims, Dijon, entre autres villes traversées, ce sera la quinzième fois que l'artiste danse tête en bas.
Dans la foulée, les mêmes jours, il enchaînera un autre spectacle, baptisé Derrière la porte verte, avec Nina Santes et Alexis Jestin. Les trois danseurs seront suspendus par un poignet.
Que racontent ces titres énigmatiques « La 36e chambre » et « Derrière la porte verte » ?
« Ce ne sont pas des pièces narratives. En fait, à chaque fois, on parle d'espace ou de pièce qui n'existent pas. L'idée est plutôt de créer un espace entre nous, ce qui se passe derrière la porte n'existe pas. »
Le solo suspendu tête en bas a vu le jour à la suite d'un problème aux pieds ?
« En 2008, j'ai eu un problème nerveux au niveau des avants pieds, je ne pouvais plus courir, danser. Je me suis alors posé la question : Qu'est-ce que je peux faire ? Comment sublimer le problème ? Et si je dansais sans poser les pieds au sol ? Une situation qui amène de nouveaux possibles. J'ai donc créé une installation où je suis pendu par les pieds, tête en bas. »
Quelles sensations ressent-on ainsi positionné ?
« Au tout début, je ne tenais qu'une minute, au risque de me vomir dessus, puis j'ai gratté une minute par-ci, une autre par-là. J'ai découvert tout à coup ce qu'est le poids, mon poids ! Dans mon quotidien, il passe presque inaperçu. L'inversion, la sensation nouvelle m'y rend infiniment plus conscient et attentif. J'ai aussi appris à gérer la douleur dans les articulations car je ne voulais pas que le spectateur voit un morceau de viande pendu mais plutôt quelque chose de doux, de calme, de fluide, de très contrôlé dans un temps qui se dilate. »
Pendant 20 mn, vous ne touchez jamais le sol et vous enchaînez 40 mn, suspendu à un poignet avec, parfois, les pieds au sol. Comment faites-vous ?
« C'est la première fois que j'enchaînerai les deux spectacles. Le premier est plus performatif, le second se déroulera 20 mn après, le temps que je me change, que je souffle.
Il se situe dans la continuité du premier mais, là, trois interprètes seront suspendus par les bras. C'est l'occasion de travailler l'entre deux, entre deux hauteurs, deux espaces, deux perceptions. De glisser, balancer, penduler. Un vrai travail de recherche à trois. Tout cela sans se faire de mal. D'ailleurs, avant de travailler, pour éviter déchirure et élongation, on s'échauffe pendant quatre heures. On va courir dans le bois, on fait des tractions et on enchaîne dans la boîte noire. »
Votre expérimentation fait penser à l'artiste Julie Nioche qui, l'an dernier pour le festival, dansait suspendue à des poids. Avez-vous échangé sur vos travaux respectifs ?
« Je l'ai croisée sur un festival mais nous n'avons pas pu parler longtemps. Je n'ai pas vu son spectacle non plus. Nous avons des points communs sur la question du poids, de la gravité. La différence dans nos parcours, c'est qu'elle se situe davantage dans une dimension de soin et moi plutôt une dimension éducative. »
Comment s'est faite votre rencontre avec l'Échangeur qui coproduit « Derrière la porte verte » ?
« Quand je travaillais sur le solo, il me fallait un lieu avec un point d'accroche au plafond. Je suis venu à U1 pour un studio libre pendant une dizaine de jours, en juin 2011. Après, je cherchais à travailler sur le deuxième spectacle et l'Échangeur m'a proposé de le coproduire, une résidence et de le présenter, une belle surprise de fin d'année qui nous a permis de nous projeter et de nous investir pleinement dans le projet ! »

Propos recueillis par Frédérique PETRE
Réservations au 03.23.82.87.22. Tarifs : 6 et 9 euros.

L'union l'Ardennais