Publié le lundi 28 novembre 2011 à 11H10 - Vu 482 fois
Francis passe souvent l'après-midi sur ce banc de la place de la gare.
LAON (Aisne). «J'AI surpris quelqu'un en train de fouiller dans mes sacs. Alors, direct, c'est parti, j'ai pas visé ! »
Francis, les yeux brillants, mime avec le poing le coup parti en direction du chapardeur, un SDF comme lui, qu'il a surpris en train de fouiller dans ses affaires au centre d'accueil d'urgence. Francis n'aime pas les voleurs. Il a fait pas mal de bêtises dans sa vie. « Mais j'ai pas de casier pour vol .»
Je fais quoi de mes couettes ?
Installé sur son banc de la place de la Gare, ses sacs en plastique à portée de main, il raconte que cette histoire de violence lui a valu d'être exclu de l'Aftam, l'association qui gère les structures d'accueil des sans-abri. Il est furieux et il ne veut pas qu'on écrive dans l'union que tout le monde dort au chaud : « C'est pas logique que je reste dehors depuis quatre mois, dit-il. Je veux que la vérité sorte ».
Sa vérité, c'est que quand il appelle le 115, on ne vient pas le chercher. Et il a peur qu'on lui vole ses affaires. « Je fais quoi de mes couettes et mes couvertures ? » Il préfère dormir sous un appentis de béton, dans un square de la ville basse.
Pour l'Aftam, la vérité, c'est que Francis est « très exigeant ». Il ne veut pas se déplacer. « On n'arrête pas de lui dire qu'il peut venir se mettre à l'abri et déposer ses affaires au centre de jour. Il connaît très bien les structures mais il est de mauvaise foi. S'il se déplace, on ne le mettra pas dehors. Même s'il n'y a plus de place, il pourra dormir dans la salle de télé. On ne laisse personne dehors. » Le Samu social, qui fait le tour des squats tous les soirs, lui a récemment « pris la tête » et il s'est fâché avec ceux qui lui apportent une tasse de café ou un bol de soupe. « En revanche, au centre d'accueil de jour, je suis très bien reçu ». Il y va régulièrement, le temps d'une douche et d'une lessive.
Au jour le jour
Francis voudrait bien trouver une petite chambre. Son RSA et l'argent qu'il gagne en faisant la manche l'après-midi ne suffisent pas à payer un loyer et une caution.
Cela fait quatre mois qu'il dort dans la rue. Mais cela fait plus longtemps que les choses ont dérapé dans sa vie. Depuis la fin de son mariage, et ensuite la prison. Quand il en est sorti, la maison qu'il avait achetée avait été placée en péril imminent et il ne peut plus y vivre. Elle risque de s'effondrer.
« Il y avait eu d'importantes fuites d'eau parce que des gens avaient arraché le compteur. La façade était fissurée. La cave voûtée s'était effondrée. Maintenant la mairie veut raser la maison, à mes frais ! »
A 43 ans, il songe parfois à retrouver « un petit emploi ». Pas facile sans formation, ni adresse postale. « Je n'ai pas de diplôme mais je peux faire de la maçonnerie. » Pour le moment, il vit au jour le jour et évite de cogiter. « Mon avenir ? J'y pense même pas. »
Marie-Christine LARDENOIS
mclardenois@journal-lunion.fr
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