Publié le samedi 21 janvier 2012 à 12H00 - Vu 5372 fois
Après l'émoi, c'est l'heure des soupçons. Les anciens amis de Grégory Wiart font l'objet de toutes les attentions. On scrute leurs réactions et on se remémore leurs habitudes et incartades diverses.
Jean-Marie CHAMPAGNE
Aisne. Ils ont entre 35 et 45 ans et une solide réputation de voyous, spécialistes du trafic en tout genre. « Ce ne sont pas des enfants de chœur. Ils sont dans le business diversifié, explique un habitant de Montescourt-Lizerolles, qui les connaît bien.
On a tous grandi ensemble. Ils ne travaillent pas ou peu. Ils aiment l'argent facile. Les complices de Grégory Wiart dans l'affaire Kulik sont d'ici, ils font partie de ce petit groupe, c'est obligé. Grégory ne connaissait personne ailleurs. »
Premier exemple : la séquestration, racontée hier dans nos colonnes, de Grégory Wiart, attaché nu à un arbre durant deux jours, essuyant insultes, sévices et humiliations.
Il y a aussi cet autre pote de Grégory Wiart, connu dans le secteur pour réclamer d'imaginaires dettes à des gars du coin, dont l'un au moins raconte qu'il l'a coursé avec sa camionnette, collant le pare-chocs au risque de percuter son véhicule et de l'envoyer dans le décor…
Il y a encore celui qui prend les lignes droites de Montescourt et Jussy pour une piste de vitesse. Celui qui est craint parce que la rumeur dit qu'il a accueilli les gendarmes avec son fusil, parce qu'ils n'avaient pas pris rendez-vous…
Élément encore plus troublant : plusieurs habitants de Montescourt évoquent spontanément trois autres morts violentes. Trois jeunes qui, de près ou de loin, avaient les mêmes mauvaises fréquentations que Grégory Wiart. « Quand on saura pour l'affaire Kulik, les autres dossiers seront rouverts et la vérité connue », lâche un habitant, qui refuse d'en dire plus.
De quels décès parlent précisément les habitants de Montescourt-Lizerolles ?
D'abord de la mort énigmatique d'Éric Mouton, un jeune de Jussy, retrouvé dans le canal un mois après sa disparition. « Ici, à Montescourt, tout le monde sait que l'un des petits frères d'un très bon pote à Grégory Wiart, avec un autre, a séquestré le petit Mouton dans les caves de la cité de Jussy durant plus de quinze jours. Ils l'ont frappé et l'ont laissé s'affaiblir avant de le jeter dans le canal. Ils s'en sont vantés devant plein de gens. On les a vus faire la fête, picoler au bord du canal, à l'endroit précisément où le corps du petit Mouton a été retrouvé flottant trois jours après. C'est une famille dont il faut se méfier. Lorsqu'on les roule, on en paye le prix. »
En tout cas, la famille Mouton a toujours pensé qu'on avait roué de coups leur proche avant de le jeter inconscient dans le canal. La justice a classé l'affaire, à défaut d'éléments (lire par ailleurs). Le canal avait pourtant été examiné par des plongeurs sur près de trois kilomètres quelques jours après la disparition, sans que le corps ne soit retrouvé.
Autre décès dans les mémoires. Toujours en 2008, celui d'un jeune du village de Montescourt-Lizerolles. En avril, en pleine nuit, vers 4 heures du matin, Julien Cordier, 20 ans, connu pour entretenir des relations avec les potes de Grégory Wiart, périt carbonisé dans une voiture de location, garée sur une aire de stationnement sur le CD 1, non loin de là. Là encore, une information judiciaire pour recherche des causes de la mort avait été ouverte. Les enquêteurs se demandaient, à l'époque, s'il ne s'était pas arrêté sur le bas-côté, fatigué, avant de s'endormir une cigarette à la bouche, ou s'il n'avait pas tenté de mettre fin à ses jours.
Enquête classée, là encore, en mars 2009. Les gendarmes n'auraient trouvé aucun indice ou élément laissant à prouver l'intervention d'une tierce personne, mais à Montescourt, dans les esprits, beaucoup font le lien avec la bande des amis de Grégory Wiart.
Troisième mort violente : celle d'un jeune de 17 ans, Nelson Paquet, retrouvé dans le canal, près de Tergnier, en août 2008. Le père de l'adolescent habite Montescourt-Lizerolles. Une relation de Grégory Wiart.
« On parle de vengeance », ajoute-on à la sortie d'un café. Le jeune homme a été retrouvé dans le canal avec des traces de coups apparents et pas d'eau dans les poumons. À l'époque, le parquet de Laon, qui s'orientait vers la piste criminelle, se montrait ensuite soudainement plus circonspect, ordonnant « une contre-autopsie », avant de garder le plus profond mutisme sur le déroulement de l'enquête.
Une chose est sûre : dans le secteur de Montescourt, les fantômes de jeunes gens morts violemment, sans qu'on sache précisément comment, hantent pas mal d'esprits…
Textes d'Aurélie BEAUSSART
abeaussart@journal-lunion.fr
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