Publié le lundi 23 janvier 2012 à 08H55 - Vu 1111 fois
Avant d'être acheté par le plâtrier Méreau, le domaine du Breuil semblait intéresser Alain Flamand, en septembre 2000. Prix de vente : 1 million d'euros. L'acheteur sans le sou a rapidement trouvé des fonds...
CHAMBRY (Aisne) Des présumés escrocs de haut vol sont jugés à partir d'aujourd'hui au tribunal correctionnel de Laon. Parmi eux, un sexagénaire du secteur, un récidiviste.
Il s'est fait remettre 600 000 dollars, monnaie qui a servi à cette transaction, soit près de 464 000 euros, par les dirigeants de l'enseigne Big Mat, à Chambry. Tout a disparu. Onze victimes au total, neuf prévenus, un dossier d'instruction, ouvert il y a dix ans. Le compte est bon.
«ILS portent haut. Pour la plupart, ce sont de vrais beaux escrocs ! » Il faut avoir fréquenté les prétoires quelques dizaines d'années pour apprécier avec autant de distance la qualité des délinquants que le tribunal correctionnel de Laon accueille ce matin, et pour deux jours.
A prévenus particuliers, audience spéciale. Ils seront neuf, venus de Paris, de Marseille, de Montpellier, d'Antibes, de Saint-Vallier, du Rhône ou de la Manche défendus par autant de plaideurs à la belle réputation. Huit hommes, une femme, tous prévenus des chefs d'escroquerie en bande organisée. Deux d'entre eux sont récidivistes. L'un est du département. Il s'agit d'Alain Flamand, 61 ans, sans profession, toujours domicilié à Bruyères-et-Montbérault.
L'entraîneur sans salaire
Flamand, cela rappellera quelques souvenirs à ceux qui ont connu le père, naguère électricien à Laon. Neuf prévenus, onze victimes et des océans de dollars siphonnés. Une escroquerie monumentale donc. Et deux morts, tout de même, dans le scénario.
Il a fallu la perspicacité de quelques juges d'instruction dont le dernier, Edouard Levrault et celle d'avocats, qui n'ont pas voulu lâcher le morceau, pour conduire à la barre cette brochette de prévenus, dix ans après le premier dépôt de plainte.
Au cœur de l'affaire, Alain Flamand. En septembre 2000, l'homme s'installe au Château du Breuil, en lisière de Bruyères-et-Montbérault. Le vaste domaine est en vente au prix d'un million d'euros (*). La propriétaire d'alors a rencontré le candidat en mai de la même année. Flamand lui a présenté un projet séduisant : il souhaite acheter et transformer l'ensemble en vaste complexe hippique de dimension internationale. En janvier 2001, un quidam, Thierry Clément, est embauché pour devenir entraîneur de chevaux. Un maréchal-ferrant fort connu dans la région de Saint-Gobain est, lui aussi, approché. Alain Flamand promet l'équivalent de 5 000 euros mensuels à l'entraîneur, via un contrat de travail signé par une société espagnole.
Il se fera expulser par la propriétaire en mai 2001. En attendant, il investit le domaine…
« Sans Alain Flamand, il n'y aurait pas eu cette histoire », soupire François Trichet. Trichet, dans le Laonnois, est synonyme de matériaux, de négoce, de travaux.
L'entreprise dirigée par les deux cousins - Olivier est le PDG - évolue sous l'enseigne Big Mat. Pendant qu'Alain Flamand profite du domaine du Breuil et persuade sa propriétaire qu'il achètera l'ensemble, le quinquagénaire de Bruyères cherche des fonds. Il a besoin de matériaux, dit-il et se fait présenter aux Trichet par un architecte en retraite. La bonne aubaine ! Les cousins envisagent d'étendre leur activité et de créer une société de négoce de bois. Le projet Flamand, c'est idéal pour débuter. D'autant que l'homme assure aussi être spécialiste de placements à très forte rentabilité. D'ailleurs, s'il se permet de déployer autant de moyens, dans le domaine du Breuil, c'est bien qu'il a un trésor de guerre. Non ?
Non, mais les Trichet ne l'apprennent que fin 2001. Entre-temps, les cousins ont obtenu de leur banque un prêt de 600 000 dollars. L'argent a été viré sur le compte d'un complice de Flamand en Espagne et la culbute attendue ne s'est jamais produite. Il a fallu rembourser la banque en 2007, y joindre les intérêts et donc vendre l'entreprise.
Olivier Trichet, marié et père de trois enfants, a été ébranlé par cette affaire. Il s'est pendu à son domicile, il y a quatre ans. L'épouse de François Trichet est décédée d'une crise cardiaque, 24 heures après avoir appris que les fonds prêtés par la banque devaient être remboursés pour moitié par son mari. Elle avait 40 ans.
* Le domaine est aujourd'hui propriété de M. Méreau, plâtrier à Mauregny-en-Haye.
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