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Des circonstances troubles étudiées aux assises

Publié le mercredi 08 février 2012 à 11H38 - Vu 137 fois


L'accusé, Arnaud Israël, libre, avec son avocat Me Laurent. En médaillon : la victime,  Thierry Masse, un ouvrier de 47 ans père de deux enfants. Il était surnommé Jésus.

L'accusé, Arnaud Israël, libre, avec son avocat Me Laurent. En médaillon : la victime, Thierry Masse, un ouvrier de 47 ans père de deux enfants. Il était surnommé Jésus.


ASSIES DE L'AISNE. Un maçon de vingt-huit ans, est jugé, depuis hier, pour violences mortelles à Bohain le 14 septembre 2008. Une sœur de la victime est aussi tombée sous les coups à Fresnoy-le-Grand. Cette seconde affaire devrait être jugée en juin.

C'EST la suprême inégalité humaine. Il y a des êtres toujours poursuivis par le malheur. Rien n'y fait. Pour eux, le vent glacial de la souffrance n'en finit pas de souffler.
C'est le cas de la famille de Thierry Masse, mort lors d'une rixe à Bohain, le 14 septembre 2008. La tête de cet ouvrier de 47 ans heurte ce jour-là un trottoir, à la sortie d'un bar. La scène se déroule dans un brouillard d'alcool et dans des circonstances troubles. Les pompiers n'ont pu le réanimer.
Sa mère, Josiane, âgée de 69 ans, vêtue de noir, pleure également la disparition tragique d'une de ses filles en février 2010. Sonia est aussi décédée sous les coups. Mis en cause en qualité de mari dans ce second drame survenu à Fresnoy-le-Grand, Emmanuel Siegmund, coiffeur, a été extrait hier de sa cellule. Il a comparu en qualité de témoin des derniers instants de Thierry Masse et s'est révélé beaucoup plus convaincant que bien des citoyens en liberté. C'est l'une des caractéristiques de cette affaire, un mur de silence, de mensonges et d'approximations, bâti par la plupart des personnes interrogées.
Le détenu raconte ainsi « Un jeune homme a poussé avec une violence inimaginable mon beau-frère. Il est tombé la tête la première et l'agresseur m'a dit : - Il avait picolé, c'est bien fait pour sa gueule. » Des mots qui pèsent encore plus lourds quand il reconnaît l'accusé en se tournant vers lui.
Il ne faut pas compter sur ce dernier pour en apprendre plus. À un de ses proches, il a d'ailleurs confié « J'ai rien fait. Pourquoi est-ce ça serait moi qui prendrais ? »

Une mort sans mobile

Il semble qu'aucun différend ne le liait à la victime. Jusqu'à jeudi soir, il faut donc éclaircir une mort sans mobile. Toujours mystérieuse plus de trois ans après les faits.
La voix d'Arnaud Israël est presque inaudible quand il se lance dans un récit bref et très imprécis. Le cou engoncé dans un blouson kaki, il semble écrasé par les risques qu'il encourt. Les cheveux courts, le visage large, il est d'un tempérament secret et est d'abord dominé par la peur. Il goûte certainement peu d'être scruté par tant de regards. Ses phrases sont réduites, comme une tâche de ciment vite apposée à un mur pour tenter de le consolider.
Interrogée, la tenancière du débit de boissons se souvient de son inquiétude quand elle mesure l'ivresse de Thierry Masse qui arrive, le jour de sa mort. D'une des deux fenêtres ouvertes, elle aperçoit cette silhouette qui tangue. Elle se prépare donc à refuser de le servir. Une voix lance : « Arrête Thierry. » La victime bouscule un oncle de l'accusé qui se tient la joue. Une mêlée confuse prend forme à l'extérieur. Thierry Masse tombe.
« Je connais ce gars. Il fait du cinéma », observe un consommateur peu inspiré. Pour l'homme allongé, c'est le clap de fin. Une couverture est posée sur le corps immobile. Des promeneurs, rongés par l'oisiveté, se regroupent pour profiter du spectacle. Depuis, beaucoup d'entre eux sont touchés par une épidémie d'Alzheimer.

Thierry de LESTANG PARADE

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