Publié le jeudi 09 février 2012 à 09H40 - Vu 262 fois
La famille de Thierry Masse attend toujours des réponses pour comprendre les raisons de la mort de ce père de deux enfants de 9 et 15 ans à l'époque des faits.
BOHAIN-EN-VERMANDOIS (Aisne). Assises. Arnaud Israël, 28 ans, est accusé d'avoir provoqué involontairement la mort de Thierry Masse, à Bohain, le 14 septembre 2008. Le verdict est attendu ce soir.
SUR bien des aspects, cette affaire est étrange. La mort examinée jusqu'à ce soir, est celle d'un décès sans haine, la radicale conséquence d'un unique geste.
Il y a ensuite la personnalité de l'accusé de cette violence mortelle. Arnaud Israël, un maçon de 28 ans, est curieusement plus connu pour éviter les bagarres que pour les provoquer. Son casier judiciaire est d'ailleurs vierge. « Je ne sais même pas s'il a commis une infraction du code de la route », observe un gendarme. Cet enquêteur, décontracté, est venu déposer en pantalon de survêtement et portant des chaussures de sport flamboyantes. Ce sont les seules couleurs de cette histoire bien terne.
Ce militaire travaille depuis 1992 à Bohain-en-Vermandois, la commune où se sont déroulés les faits examinés par la cour d'assises. Il est comme un berger attentif qui connaît bien ses pâturages et son monde. Pour lui, Arnaud Israël est, sans doute, plus un tendre agneau qu'un loup aux dents aiguisées.
Dans la matinée du 14 septembre 2008, l'accusé consomme trois vodkas caramel dans un café. L'après-midi, il retourne à L'échoppe, un bar situé dans la rue Quincampoix avec son oncle, son frère, son beau-père.
Son oncle s'adresse à un homme qui a beaucoup bu. Il s'appelle Thierry Masse, un ouvrier de 47 ans. L'oncle lui lance : « Il paraît que tu me cherches. » Il est poussé par Thierry Masse qui n'apprécie pas la phrase. Peut-être y voit-il un défi ?
Le bruit sec d'un choc
Arnaud Israël veut porter secours à son parent à terre. Il se rue dans le dos de la victime qu'il ne connaît pas. « Je ne l'ai pas poussé méchamment », explique-t-il aux gendarmes.
La scène rapide se déroule sans qu'il prononce un mot. Elle s'achève par le bruit sec d'un choc. Thierry Masse, employé dans une entreprise d'équarrissage à Vénérolles, succombe à 17 h 30. Sa tête heurte le sol sans qu'il esquisse le moindre signe de protection. Il est ivre, avec plus de deux grammes d'alcool par litre de sang. Avant le drame, son beau-frère a tenté de lui ôter les clés de sa voiture. Sans succès. Au volant de son automobile, il part de Becquigny pour Bohain. C'est son dernier voyage.
Les débats livrent un regard significatif sur cette omniprésence de l'alcool dans nos campagnes. Chaque fin de semaine, c'est la ruée vers l'inconscience. Cette tradition concerne toutes les générations. « Si toutes ces personnes étaient dans leur état normal, rien de tout cela ne serait arrivé », observe un témoin. Aujourd'hui, l'accusé exprime un doute sur son propre comportement : « Je ne suis pas sûr de l'avoir poussé. » Son attitude est celle d'un lapin sous les phares d'un véhicule, immobile et apeuré.
« Vous êtes là pour m'entasser », se plaint-il à un des avocats de la famille de la victime qui le passe sur le gril de ses contradictions.
Me Antonini arbore la mine batailleuse d'un guerrier avant un combat décisif. Il ne fait pas mystère de son attitude, l'attaque frontale. « C'est clair et net, j'avance à visage découvert », s'exclame-t-il. « J'invite mon client à ne plus répondre à des questions qui sont posées quinze fois » lui répond Me Laurent, avocat de l'accusé.
Ces tensions marquent bien des visages avant les réquisitions d'aujourd'hui.
Thierry de LESTANG PARADE
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