Publié le mardi 24 août 2010 à 11H00 - Vu 90 fois
Une route sépare une ferme, deux maisons mais aussi deux communes.
SI vous cherchez une ferme singulière, allez vous promener du côté de Courtémont. Ne cherchez pas le panneau signalant que vous entrez dans la commune. Il existe pourtant plusieurs fermes le long de la rue principale. Mais la ferme des Cruzis n'a pas élu domicile au sein du village.
Cette ferme très ancienne s'est installée à plus de trois kilomètres et demi de là, en plein cœur de la nature, il y a plus de cent ans (le propriétaire ne connaît pas l'âge de la ferme dont il a repris les rennes).
Sept feuilles d'impôts locaux
Deux maisons séparées par une route goudronnée. Sommes-nous toujours à Courtémont ? Pas si sûr. En effet, selon que vous soyez sur le trottoir de gauche ou de droite, vous changez de commune. Ainsi, à droite, vous pénétrerez dans la maison qu'ont bâtie il y a 45 ans Raymond et Jeannie Lux.
De l'autre côté de la route, c'est la ferme familiale et le corps de ferme, situés sur le territoire de Saint-Jean-sur-Tourbe. C'est là que Raymond Lux a vécu son enfance avec ses parents.
Aujourd'hui, la maison se conserve génération après génération puisque leur fille Corinne et son mari Denis, s'y sont installés. Ce dernier a également repris l'exploitation de son beau-père voilà 12 ans, lorsque Raymond Lux a pris sa retraite.
Si ces deux maisons se situent sur deux communes différentes, les 150 ha de terres agricoles qu'ils possèdent sont elles aussi réparties sur différentes communes. Ainsi, pour ne pas en oublier une, Raymond et son épouse font le calcul avec précision.
« Nous avons des terres cultivées à Courtémont, Virginy, Berzieux, Minaucourt, Laval-sur-Tourbe, Saint-Jean-sur-Tourbe et Hans ». Soit sept communes différentes d'exploitations. « Certaines fermes exploitent sur deux ou trois communes mais c'est vrai que notre ferme est particulière ». Mais cela s'explique simplement. « Les sept territoires se rejoignent en un centre qui est la ferme familiale ». Ceci explique cela. Ajoutons 45 vaches charolaises qui vivent paisiblement dans une pâture à Berzieux et d'autres terres agricoles situées près de Vouziers dans les Ardennes.
Pas facile donc pour Denis aujourd'hui lorsqu'il doit s'asseoir derrière son bureau pour les impôts locaux et les impôts fonciers. « Je reçois à chaque fois sept factures dans la boîte aux lettres ». Alors le carnet de chèque est sorti sept fois plutôt qu'une. De même, lorsqu'il faut faire la demande pour la PAC, Denis doit remplir sept fiches parcellaires dans son dossier.
Heureusement, lorsqu'il s'agit de récolter le blé, l'orge, le colza, la luzerne et le lin qu'il cultive, les frontières ne posent aucun problème. Car du temps du Moyen-Âge, des taxes douanières entre les domaines étaient de rigueur.
L'exploitation est répartie également sur les communautés de communes de Sainte-Ménehould et de Suippe.
Mais cette appartenance n'a pas d'impact direct sur l'exploitation et se ressent donc moins pour les propriétaires.
Souvenirs de Cruzis
Nostalgique, Raymond Lux évoque les nombreux souvenirs de sa vie à la ferme des Cruzis. « Une famille avait récupéré la ferme après la guerre alors qu'elle avait été entièrement rasée en 1914. Jusqu'en 1933, la ferme comptait huit ouvriers. Mon père a racheté la ferme avec l'un de ses frères. Ils avaient construit chacun une maison. Celle de son frère a brûlé en 1950 mais elle n'a jamais été reconstruite. Nous sommes ensuite restés seuls sur ces terres ».
Aujourd'hui, la maison construite en 1934 est habitée par Denis et Corinne. Raymond y a vécu toute son enfance et puis la difficile période de la guerre.
« Les Allemands venaient près de chez nous pour effectuer des manœuvres. Nous avions tous très peur. Je m'en souviens comme si c'était hier », confie le septuagénaire.
Raymond ne quittera pour rien au monde cette terre qu'il aime tant, cette terre chargée d'histoires qu'il ne se lasse jamais de raconter.
Perrine COEUGNIET
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site







Réagissez