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Violences : des femmes murées dans le silence

Publié le jeudi 21 février 2008 à 01H00 - Vu 4 fois


Une femme sur cinq victime de violences au sein de sa famille n'a pas porté plainte, ni parlé à qui  que ce soit  de ces agressions, révèle une enquête  de l'Insee réalisée dans des conditions de confidentialité inédites.
Photo : La police ne reçoit que 12 % des victimes (plainte ou main courante) de violences physiques.
Archive Remi WAFFLART

Une femme sur cinq victime de violences au sein de sa famille n'a pas porté plainte, ni parlé à qui que ce soit de ces agressions, révèle une enquête de l'Insee réalisée dans des conditions de confidentialité inédites. Photo : La police ne reçoit que 12 % des victimes (plainte ou main courante) de violences physiques. Archive Remi WAFFLART

Remi WAFFLART/l'union Reims


Une étude de l'Insee, réalisée entre janvier et mars 2007 auprès de 17.500 personnes, confirme que les femmes victimes de violences sont toujours très peu à parler. « Et quand la victime se confie, c'est rarement à la police », qui ne reçoit que 12 % des victimes (plainte ou main courante) pour les violences physiques, et 8 % pour les violences sexuelles, « soit globalement à peine une sur dix ». Quand elles se décident à parler de l'agression subie, c'est plus souvent à un proche (42 %) ou à un professionnel (19 %) qu'à la police. « Tout se passe comme si elles cherchaient davantage à être comprises et soignées que vengées, ou comme si elles n'avaient pas confiance dans les chances de voir leur agresseur puni », commentent les auteurs de l'étude.
Au total, 6 % des femmes âgées de 18 à 59 ans disent pourtant avoir été l'objet d'injures sexistes, 2,5 % avoir été agressées physiquement et 1,5 % avoir subi un viol ou une tentative de viol en 2005 ou 2006, selon les témoignages recueillis par les quelque 300 enquêteurs déployés trois mois durant par l'Insee pour l'enquête.
« Une fois sur deux, c'est le conjoint qui est l'auteur des violences envers la femme à l'intérieur du ménage. C'est même le cas trois fois sur quatre quand il s'agit de violences sexuelles ».
Dans le cas des viols, un sur cinq est perpétré par l'ex-conjoint et la moitié des victimes connaissaient leur agresseur, selon l'étude.
Comment les enquêteurs de l'Insee parviennent-ils à « faire parler » ces femmes de violences qu'elles n'ont jusqu'ici osé rapporter à personne ? Comment libérer leur parole quand quelqu'un du ménage, peut-être même leur bourreau (mari, ami, fils, père, mère, etc), peut être présent dans la pièce pendant le questionnaire ?
Sans doute en grande partie grâce à un procédé jusqu'ici jamais utilisé pour ce type d'enquête : un casque qui isole la personne interrogée de son entourage et lui permet d'être seule à entendre les questions.
Quand on lui demande dans le casque relié à un ordinateur portable « en 2005 ou 2006, est-il arrivé qu'une personne qui vit actuellement avec vous, vous gifle, vous frappe, vous donne des coups ou vous fasse subir toute autre violence physique ? », elle se contente de taper sur une touche correspondant à « oui » ou « non ».
Le questionnaire devient alors de plus en plus précis : « à quelle fréquence ont lieu ces violences ? par qui ?, etc.», sans que personne alentour, pas même l'enquêteur, ne connaisse les questions et réponses qui sont ensuite dépouillées anonymement par un centre informatique à Lille.
Jusqu'ici silencieuse, la victime peut ainsi — parfois pour la première fois — exister en tant que telle, une étape symbolique importante quand on sait la culpabilité et la honte souvent ressenties par les femmes battues.
Elles ne sont pas les seules : les hommes sont aussi parfois victimes de violences conjugales, physiques ou sexuelles, précise l'Insee : « moins nombreux que les femmes, ils taisent ces violences encore plus certainement ».

***

Les inégalités persistent

Malgré des avancées, les femmes sont toujours moins payées que les hommes, sous-représentées aux postes de responsabilité et en première ligne pour les tâches familiales, selon un vaste panorama publié hier par l'Insee. La persistance des inégalités entre hommes et femmes, révélée par la nouvelle édition de « Regards sur la parité » (la précédente remonte à 2004), devrait nourrir les débats de la prochaine Journée internationale des femmes, le 8 mars, traditionnel moment des bilans pour les mouvements féministes.
Cette vue d'ensemble, réalisée par l'Insee, montre la persistance des traditions dans l'orientation scolaire, les secteurs d'emploi occupés et le partage des tâches domestiques, avec des conséquences en termes d'inégalités de temps de travail, de responsabilités et de salaire. Les filles ont globalement de meilleurs résultats scolaires que les garçons et font plus souvent des études supérieures, mais elles continuent à investir les filières les moins porteuses en termes d'emplois (64 % de filles en terminale économique et sociale, et 81 % en littéraire).
Elles vont plus souvent à l'université (59 % des inscrits), et forment le gros bataillon des instituts de formation des maîtres (IUFM) et des écoles paramédicales et sociales. Les secteurs d'activité restent donc « très sexués ». Inchangé ou presque, le partage des rôles dans la sphère domestique : la garde des enfants est « une activité généralement prise en charge par les femmes », et lorsqu'un enfant s'occupe de ses parents, c'est la fille dans 70 % des cas, selon l'Insee. Enfin, les femmes consacrent quotidiennement deux fois plus de temps que les hommes aux tâches domestiques.

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