Publié le vendredi 05 février 2010 à 01H00
Julien Dutel, avocat général, a requis hier une peine de trente ans avec l'impossibilité d'être libéré avant vingt ans, mais la cour d'assises n'a pas été aussi loin.
Thierry de LESTANG PARADE
FINALEMENT, c'est elle qui a le dernier mot. Elle n'est pourtant plus là pour s'exprimer. Jeanine Roger, née Boileau, est morte le 27 avril 2007 dans sa maison de Pommiers.
Après avoir reçu un coup de pied-de-biche sur le crâne et un coup de couteau à la gorge, elle a été carbonisée à 70 % avec du pétrole enflammé. C'est bien sa personnalité qui domine, pourtant, les débats.
En songeant à elle et à ses proches, refusant de s'engager sur le sentier de la haine, Me Arnaud Miel, avocat des victimes, réclame lui-même « une lueur d'espoir » à la cour d'assises en faveur de Freddy Boron.
Sa plaidoirie est celle d'un équilibriste. Elle est pleine de tensions, mais aussi traversée par de l'apaisement.
Il ne masque rien des faits. « Le coup avec la lame est un jugement. Le juge, c'est Boron. Il prononce la peine de mort. Il tranche la gorge comme on guillotinait. Il devient le bourreau et le fossoyeur arrosant le corps de carburant. »
Une version allégée
L'avocat décrit un tueur froid lors de l'exécution qui dure plus d'une heure. Il reçoit des SMS, répond même à sa compagne qui le soupçonne d'infidélité et puis poursuit sa tâche sinistre.
« Pour lui, la drogue est au-dessus de tout », remarque son propre défenseur, Me Etienne Delpierre, qui ne recherche aucune circonstance atténuante. Cela aussi, c'est peut-être la main de Jeanine, la mamie aux traits de porcelaine, jetée au feu comme une poupée de bois. Elle voulait réunir les êtres plutôt que les diviser, croyait en Dieu et en l'humanité.
Même cet état d'esprit est présent dans les réquisitions de l'avocat général, Julien Dutel. Face aux circonstances, il pouvait facilement demander la perpétuité, mais il ne va pas jusque-là en souhaitant que la cour se dirige vers une peine de réclusion de trente ans, avec l'impossibilité d'être libéré avant vingt ans. Le magistrat s'attarde sur la personnalité du meurtrier. « Il donne une version allégée des faits pour effacer la détermination à tuer. Il n'a, à aucun moment, considéré la victime comme un être humain. »
Me Delpierre, avocat de la défense, lui répond en dressant sa haute silhouette et ses traits émaciés. Il observe : « Quand un homme est tombé aussi bas, on l'aide à se relever. Je demande une peine juste et nécessaire. »
Au bout de quatre jours de débats et deux heures de délibéré, Freddy Boron est condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle. La veille, les deux familles, celle de la victime et celle du meurtrier, se sont retrouvées pour se dire qu'elles ne se voyaient pas comme deux ennemies. Finalement, Jeanine continue de rassembler.
Thierry de LESTANG PARADE




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