Publié le mardi 03 février 2009 à 01H00 - Vu 24 fois
Patrick Le Brun, président du Syndicat général des vignerons.
Gerard Peron
IL ne sifflote pas, mais c'est comme tel. Patrick Le Brun, le président du Syndicat général des vignerons est serein. Malgré les « néfastes » annonces médiatiques des chiffres des expéditions de ces derniers mois, les volumes tout comme le chiffre d'affaires de la Champagne seront bons.
On évoque une fin d'année à environ -4 % (320/25 millions de bouteilles). Avec une mention spéciale pour les vignerons qui tirent très bien leur épingle du jeu devant les maisons et les coopératives. « Notre objectif a été d'éviter la crise du champagne de 1990-1992. C'est vrai qu'il y a eu un ralentissement, mais nous étions dans une situation où tout allait trop vite. Si nous avions continué à ce rythme, nous aurions été confrontés à une pénurie de raisins d'ici 2012. »
Anticipation
Face à une situation économique incertaine, des décisions avaient été prises aux dernières vendanges. Dont le déblocage à hauteur de 1.200 kg/ha. « Nous avons évité ainsi des pressions internes sur le marché du raisin. »
Quant à ceux qui ont fait monter les prix, Patrick Le Brun répond : « Il n'y a rien sans contrepartie. Le marché spéculatif n'est plus sécurisé car notre objectif était de conforter les vendeurs au kilo dans leur choix. Chaque raisin devait connaître sa destination à la vendange et respecter les contrats. » Et non pas attendre les aléas du marché. D'ailleurs, Patrick Le Brun affirme : « Nos buts sont atteints. Les équilibres sont respectés. Les vignerons fournissent la matière première. À charge au négoce de vendre les bouteilles. »
Pas d'optimisme béat
Si la raison semble donc dominer les ventes et les achats de vins clairs, « nous ne pouvons pas prendre de décisions pour 2009 sans savoir où l'on va. Il nous faut donc observer de près les ventes des premiers mois. Y a-t-il une baisse structurelle importante en France et dans le monde des ventes de champagne ? À titre personnel, 2009 ne me fait pas peur. Nous avons près de 1, 2 milliard de cols en stocks. Ils sont tous issus de grands millésimes. Le consommateur sera donc satisfait. En revanche, remplira-t-il son frigo de champagne ou de mousseux, c'est une autre question. » Justement, c'est La grande question. « Nous ne sommes pas dans l'optimisme béat. Le Comité interprofessionnel du vin de champagne a décidé de rendre plus opérationnel son observatoire économique. Ce dossier a été confié à Yves Dumont (Laurent-Perrier) et Dominique Pierre (Nicolas-Feuillatte). Cet observatoire doit prendre en compte les orientations mondiales afin de cerner si les acheteurs seront prudents ou confiants. D'ici trois mois, un rapport me sera fait ainsi qu'à Ghislain de Montgolfier, président de l'Union des maisons de champagne. Nous saurons comment orienter nos décisions pour les prochaines vendanges. Ce n'est pas notre première crise. Les acteurs champenois ont toujours su réagir. Notre maître mot est la solidarité et l'unité. »
Ce vœu pieux associe un autre acteur fondamental en Champagne : les organismes bancaires. « Je me suis assuré que les partenaires financiers nous soutiennent, et ce sur plusieurs années. Ils doivent nous aider à passer ces périodes qui seront moins faciles. »
Sophie Claeys-Pergament
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Extension et droits de plantation
Même si quelques associations font encore entendre leur mécontentement de ne pas faire partie de la nouvelle aire géographique champenoise, l'angoisse de la crise économique en Champagne a un peu recouvert les cris et les pleurs liés aux fortes polémiques du dossier.
« Celui-ci suit son cours. Lentement. La liste des communes retenues sera connue au mois de novembre », indique Patrick Le Brun. Un retard de près de neuf mois justifié par les 1.200 réclamations effectuées à la suite de la publication de la première liste il y a un an.
« Chaque commune doit être soigneusement examinée. Les experts ne peuvent pas les traiter à la légère. Il y a trop d'enjeux. Il faut rappeler que le travail mené pour la révision n'est pas en premier lieu d'étendre l'aire champenoise, mais bel et bien, de mettre en place une nouvelle structure juridique pour valoriser l'image et la qualité du champagne. »
Droits de plantations
Autre dossier sensible à mener à long terme : la libéralisation des droits de plantations. Concrètement cette réforme européenne pourrait laisser à tout un chacun la possibilité de planter des vignes en Champagne sans répondre aux obligations de l'aire d'appellation d'origine tout en profitant de sa réputation.
Pour l'instant, le patron des vignerons n'est pas inquiet. « A chaque refonte de l'OMC, on nous reparle des droits de plantation. Un laps de temps nous est accordé jusqu'en 2018. C'est à nous et à nos politiques de défendre l'idée du maintien de notre potentiel de production. C'est l'idée que nous allons défendre à Bruxelles. »
S.C.-P.
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