Publié le jeudi 29 novembre 2007 à 01H00 - Vu 76 fois
Les étudiants du pôle Lettres-Droit de Reims ont reconduit hier le blocage de leur fac jusqu'à lundi et la prochaine assemblée générale. Une manifestation est prévue aujourd'hui dans les rues de la ville. PHOTO : Le blocage a été reconduit après un vote par « répartition spatiale ».
Christian Lantenois
Rentrée dans la grogne anti-loi Pécresse après les autres, la fac de Reims va-t-elle en sortir une semaine après, alors qu'un mouvement de reprise s'amorce sur les campus français ?
Hier, plus d'un millier d'étudiants du pôle Droit-Lettres de Croix-Rouge, à nouveau rassemblés dans le gymnase universitaire, ont reconduit le blocage à une large majorité (environ 800 contre 250). Et parmi les « vainqueurs », 750 se sont exprimés en faveur d'un blocage total et non partiel, en l'occurrence uniquement les jours de manif (comme aujourd'hui à 14 heures, devant la maison des syndicats).
Le vote s'est déroulé par répartition spatiale des électeurs dans le gymnase. Vers 15 heures, on a vu ainsi le curieux ballet de masses d'étudiants se mouvoir de gauche à droite, puis de l'avant vers le fond de la salle au gré des questions posées.
« Pas une fin en soi »
Une fois de plus, ce mode électoral a déplu aux partisans d'un vote à bulletins secrets, voire d'un vote électronique, comme le réclament les militants de l'Uni (droite universitaire).
À vue d'œil, en tout cas, le résultat ne souffrait pas contestation. Au grand dam du président local de l'Unef : « Le blocage n'est pas une fin en soi. Je préférais le voir lever jusqu'à la fin de la semaine pour reprendre contact avec un maximum d'étudiants que nous ne voyons plus depuis dix jours », a résumé Sébastien Maurice qui s'est rangé à la stratégie du patron de l'Unef, Bruno Julliard, partisan de rentrer dans la négociation.
La majorité de l'AG en a décidé autrement après un débat qui, comme à l'habitude, a ressassé les arguments des « pro » et des « anti » blocage. Mathieu Henry, autre militant de l'Unef, a estimé que ce mode d'action « était arrivé à ses fins » : « Les 15 milliards de budget que Fillon a promis pour 2012, l'université ne les a jamais eus ».
« Université populaire »
D'autres, adversaires déclarés de la loi sur l'autonomie des universités, ont appelé à une « remobilisation » étudiante et à combattre l'idée que « le blocage, c'est juste bon à rester chez soi ».
Trois adultes se sont également mêlés au débat. Deux le font depuis le début du mouvement, deux profs du SNEsup à l'initiative d'une « université populaire » qui, le temps du blocage, distille des conférences-débats thématiques dans l'amphi 2 de Croix-Rouge. « Certains sont impatients de retravailler. Mais le travail, c'est aussi celui qui consiste à réfléchir. L'université existe pour ça », a asséné Martino Nieddu, tandis qu'Isabelle Krzywkowski a dénoncé le caractère quasiment liberticide de la loi Pécresse.
Le troisième adulte était plus inattendu, quoique connu dans les lieux. L'ancien président de l'université, Jacques Meyer, aujourd'hui vice-président PS du Conseil régional, est venu faire le rapide procès du « désengagement de l'État ». « Si on l'avait écouté, le contrat de projet Etat-Région n'aurait pas consacré un seul centime à la recherche en Lettres-sciences humaines ». Les bloqueurs ont applaudi.
Gilles Grandpierre
***
Elles sont contre, il est pour
Alice est contre la loi et pour le blocage de sa fac, Amandine contre la loi et contre le blocage, Alexandre pour la loi. Revue d’arguments.
Alice (Lettres modernes)
« 15milliards d’ici cinq ans pour l’université, c’est un progrès. Mais est-ce que le gouvernement n’est pas en train d’essayer d’acheter le mouvement ? Ce que je demande, ce n’est pas de l’argent supplémentaire, mais un fonctionnement différent, qui garantisse un meilleur accès aux études, plus de démocratie étudiante, des conditions de vie améliorées. Qui nous dit que la LRU n’ouvre pas la porte, dans quelques années, à la sélection, à l’augmentation des droits d’inscription ? Et pourquoi créer un 6e échelon de bourses tout en supprimant les critères d’attribution des bourses ? Je persiste à demander l’abrogation d’une loi qui va confier la gestion de l’université à des gens qui n’en font pas partie. Ce n’est pas au président de l’Unef de décider pour nous. Tant de choses restent à négocier, sur les contrats précaires, les moyens alloués à la recherche fondamentale etc. »
Amandine (Psychologie)
« La loi LRU est mauvaise parce qu’elle aboutira un jour ou l’autre à la suppression des petites filières. Ce n’est pas acceptable. La fac de Reims est déjà tellement mal classée ! En revanche, je ne suis pas favorable au blocage de la fac. Il embête tout le monde, à commencer par les étudiants, et certainement pas les élus et les responsables politiques. Il y a d’autres moyens d’action, comme de bloquer la préfecture, les mairies ou le rectorat. Depuis quinze jours, j’ai raté une trentaine d’heures de cours. C’est irrattrapable. Même si les partiels ne portent pas sur les questions de cours manqués, que diront nos futurs employeurs s’ils savent que nos diplômes sont dévalués ? J’habite à Charleville, mais je continue de venir à Reims. C’est beaucoup de temps et d’argent perdus ».
Alexandre (Droit)
« On reproche à la loi de diminuer la représentation étudiante dans les CA. Mais ce n’est pas la quantité qui compte. Une représentation plus resserrée permettra aux étudiants d’être mieux entendus. De même, il faut incontestablement multiplier les périodes de stage. Il est impensable qu’il n’y en ait aucune avant le master. Sur le mode de financement, je note que les IUT disposent eux aussi de leur autonomie de gestion tout en bénéficiant de la taxe d’apprentissage versée par les entreprises. Les IUT sont-ils pour autant à leurs ordres ? Et sont-ils en concurrence avec les autres ?
On sait bien que non et que ce système a fait ses preuves. Pourquoi l’université devrait-elle être la dernière à fonctionner d’une manière archaïque ? »
Glissez cette image dans la barre des tâches pour épingler le site








Réagissez