Publié le vendredi 25 septembre 2009
(ARCHIVES) Photo dat¿e du 20 juillet 2006 d'un Airbus A330 roulant sur le tarmac pr?s de la tour de contr¿le de l'a¿roport de Roissy-Charles-de-Gaulle ¿ Roissy-en-France. Le gouvernement fran?ais a demand¿ le 23 septembre 2009 un rapport ¿ l'aviation civile sous 24 heures apr?s un article du quotidien Le Figaro mettant en cause le travail des contr¿leurs a¿riens et affirmant que "plusieurs catastrophes ont ¿t¿ ¿vit¿es de justesse". AFP PHOTO JACK GUEZ FRANCE-TRANSPORT-AVIATION-S¿CURIT¿
JACK GUEZ
«J'AI connu des contrôleurs qui, à Aix-en-Provence, travaillaient 70 jours par an, au point de cumuler sans problème un autre emploi. J'en ai côtoyé d'autres qui étaient des alcooliques notoires. » Philippe (*), contrôleur aérien depuis peu à la retraite, préfère témoigner sous couvert d'anonymat. Il sait que ses révélations vont faire l'effet d'une bombe chez ses collègues. Il confirme « les dérives des aiguilleurs du ciel », titre de l'article paru mercredi dans le Figaro et qui, depuis, provoque une polémique.
Le ministre des Transports a demandé à la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) un rapport illico. Rapport remis en moins de 24 heures et qualifié de « lénifiant », par Philippe, qui connaît par cœur le dessous des cartes. La direction (lire par ailleurs) a énergiquement défendu ses salariés. Les syndicats attendaient une réaction ferme de leur hiérarchie. Ils l'ont eue. Pas étonnant, selon Philippe. « Après les fortes grèves d'il y a une trentaine d'années, on est passé à un système de cogestion, voire de compromission quand Fiterman, en 81, est devenu ministre des Transports. Depuis, la DGAC ne s'oppose jamais aux syndicats. Imaginez : avec 10 grévistes à Aix et 10 à Paris, vous paralysez le trafic aérien européen ! La France ne peut pas se le permettre »
Comment dès lors s'attaquer à cette profession dont les privilèges sont jugés exorbitants par le président de la République lui-même ? Il y a bien eu les rapports de la Cour des comptes. Plus d'une dizaine. Mais ils sont restés lettres mortes. Il y a désormais un article dans le Figaro.
Comme par hasard, alors que se profilent des négociations protocolaires qui doivent décider de l'évolution du métier pour les trois prochaines années.
Décryptage avec ce jeune retraité d'une profession hors normes.
Un métier stressant ?
Personnellement, j'ai beaucoup plus ressenti de stress dans la vie courante que dans mon boulot. Mais d'autres le vivent différemment. Il faut savoir, si l'on veut comprendre la difficulté et la beauté de ce métier, que les avions de ligne volent à 900km/h. Cela signifie que deux avions en face-à-face se rapprochent à une vitesse relative de 1 800km/h, soit 30 km par minute ! C'est un travail très pointu, très exigeant.
Peu d'heures de travail ?
« Les contrôleurs aériens sont censés assurer 24 heures à leur poste par semaine, soit l'équivalent de 160 jours par an. Dans les faits, ils n'assurent souvent que 12 heures hebdomadaires grâce au système de « clarance » dénoncé entre autres par la Cour des comptes. Le trafic est très inégal d'un jour à l'autre d'une heure à l'autre, d'une saison à l'autre. Au plus fort du trafic, il faut 60 contrôleurs sur 24 heures. Mais quand le trafic est faible, 29 d'entre eux n'ont pas besoin de venir travailler. Que font-ils ? Rien. Ils sont « clairés ». Le même travail avec le même niveau de sécurité pourrait être réalisé avec 30 % d'effectif en moins. Surtout, ce système a été dévoyé et pose des problèmes de sécurité : au lieu de 2 contrôleurs qualifiés sur un poste, on trouve parfois un seul contrôleur qualifié accompagné d'un stagiaire. »
Un métier bien payé ?
« Le salaire global à la sortie d'école est de 2 000€. Sachant que le concours après maths sup, maths spé est très sélectif. Seuls 80 candidats sont admis chaque année à l'Ecole nationale de l'aviation civile. La formation, de trois ans, est rémunérée. La formation complète demande 7 ans. Fonctionnaires de l'Etat, cadres A, le salaire de fin de carrière dépasse les 8 000 €. Les primes sont prélevées sur les taxes payées par les compagnies aériennes. La retraite peut être prise à tout moment entre 50 et 57 ans avec versement immédiat de la pension. Sans parler des contrôleurs aériens outre-mer. En 2009, en Polynésie, un contrôleur aérien en fin de carrière peut toucher près de 15 000 euros nets d'impôt puisqu'il bénéficie, comme tout fonctionnaire, d'une surrémunération. »
Des risques de collision en augmentation
« Les vrais risques sont liés directement aux comportements humains et à l'absence d'un encadrement responsable. Ce qui surcharge le système est l'acceptation plus ou moins volontaire de comportements dangereux. Tels que l'alcoolisme, la surconsommation de médicaments, les drogues, l'inaptitude médicale non décelée ou dissimulée, la déqualification de contrôleurs qui travaillent trop peu souvent pour maintenir un bon niveau de trafic. C'est moins vrai dans les grands centres de navigation aérienne comme Reims. Ça l'est davantage dans les petits aéroports où il n'y a pas de médecin du travail. Un collègue qui présentait des traces d'opiacé a expliqué qu'il mangeait du pain au pavot. Ça a suffi pour le réintégrer. Un autre a envoyé un ami à lui dans un laboratoire d'analyses lors du contrôle médical, etc. Les risques sont importants aux abords des petits aérodromes comme Avignon, La Rochelle… Heureusement, parfois, que le ciel est grand !
En revanche, les risques de collision en vol ou à l'entour des grands aérodromes sont très faibles en raison de la qualité et de la diversité des outils à disposition.
Un accident aérien est toujours dû à un enchaînement de circonstances dans lequel les facteurs humains sont toujours prépondérants. Une collision comme celle de l'été 2002 où 2 avions sont entrés en collision à Uberlingen en Allemagne (71 morts) peut survenir en France. »
Recueilli par Christophe Perrin
(*) Philippe est un prénom d'emprunt





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