Publié le mardi 02 juin 2009 à 01H00 - Vu 53 fois
Michel Feron : « Ce n'est pas en voyageant en seconde classe que l'on va sortir de la crise. »
Remi WAFFLART
Michel Feron, professeur à Reims Management School est intervenu jeudi dernier au carrefour de l'entreprise de la CCI de Reims et d'Epernay consacré à « la place de l'homme dans l'entreprise ». Il a évoqué la délicate question du management en temps de crise.
En période de crise, marquée par une baisse d'activité, le réflexe des patrons est souvent de réduire les coûts et de faire la chasse aux dépenses. Quelles sont les alternatives ?
Je suis convaincu que les sorties se font par le haut en disant : il faut inventer demain un autre mode de fonctionnement, investir d'autres marchés et trouver d'autres moyens de convaincre.
Faire un peu plus attention aux dépenses et apurer les dysfonctionnements que l'on tolérait hier et qui coûtaient cher, c'est bien, mais ce n'est pas LA solution.
Ce n'est pas en voyageant en seconde classe que l'on va sortir de la crise. C'est vrai que lorsqu'un client représentant 50 % de son chiffre d'affaires disparaît, on peut réagir impulsivement en aménageant les horaires, en faisant du chômage technique et, dans les cas extrêmes, en se quittant dans les meilleures conditions possibles. Mais c'est vraiment lorsque l'on a tout exploré.
Dans quels domaines faut-il innover ?
Il faut innover sur les produits, les marchés, les modes de fonctionnement et utiliser la créativité de la jeune génération dite « Y » ou « 2.0 » qui travaille ou fonctionne autrement et qui n'a pas la même notion du temps, de l'espace et de la hiérarchie.
Quel doit être le comportement individuel du patron ?
En tant que manager, il faut se dire que demain étant différent, on a intérêt aussi à diriger autrement. Il faut se remettre en cause soi-même. On a ses habitudes mais on n'est pas au-dessus de la mêlée. Quand on tient des discours sur le changement, la meilleure preuve à apporter, c'est de changer soi-même.
Cet effort est-il à la portée d'un patron de PME ou de TPE, pas forcément très formé au management et souvent accaparé par la production ?
Dans une PME ou une TPE, on est avec les gens tous les jours sur le terrain. On vit l'angoisse de l'avenir avec ses salariés. Le premier réflexe ce ne va pas être supprimer des postes parce qu'un audit l'a demandé mais de dire : « Je vis et je travaille avec les salariés depuis dix ans et je vais tout faire pour que l'on reste ensemble. » On peut remobiliser les gens plus facilement grâce à cette plus grande proximité.
Changer n'est pas une question de moyen mais de volonté, d'engagement et d'adhésion.
En la matière, les TPE et les PME ont un avantage fantastique par rapport aux grands groupes où les process de décision sont tellement lourds que l'on finit par n'avoir que des exécutants qualifiés qui déclinent des décisions d'actionnaires qui sont perdus dans la nature.
Julien Bouill
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