Publié le jeudi 28 janvier 2010
Selon la carte intercommunale actuelle, les Ardennes comptent 16 intercommunalités, dont 8 de plus de 10.000 habitants et 7 de 5000 ou moins. À la différence de Revin, la plupart des communes qui n’en font pas partie l’ont choisi.
REVIN en a assez d'être la jeune fille à marier qui ne trouve pas de prétendant. Elle est depuis peu passée à l'offensive.
Quitte à froisser des susceptibilités, Philippe Vuilque profite désormais de toutes les réunions publiques pour annoncer que « Revin fera, d'une manière ou d'une autre, partie de l'interco dans les années à venir. »
Il appelle les élus de la Pointe à « leur devoir de solidarité envers Revin et Anchamps ».
Mais si des intercommunalités comme Cœur d'Ardenne prônent cette fameuse « solidarité » (notre édition du 16 janvier), ce n'est pas forcément le cas d'Ardenne rives de Meuse. Peut-être parce que le gâteau que ses 17 communes se partagent est plus appétissant…
Revin a raté le train
L'argent que reverse la centrale de Chooz arrose en effet largement le territoire.
Il suffit de se promener à Montigny-sur-Meuse ou Chooz, dans des bourgs comme Hargnies ou les deux Vireux, à Fumay ou Givet, pour voir ce que les millions de la centrale ont apporté : voirie nickel, salles des fêtes rénovées, fleurissement abondant, zones communautaires, piscines, déchetteries, etc.
Les anciens de Landrichamps ou Charnois se souviennent sans doute, derrière leurs façades ravalées, du triste état dans lequel ces villages se trouvaient il y a vingt ans. Ce confort, aucun élu de la Pointe, qu'il soit de gauche ou de droite, ne semble vouloir le partager. Les 24.000 habitants d’Ardenne rives de Meuse profitent ainsi de la plus puissante interco ardennaise, pendant que Revin, à 7 kilomètres de là, se paupérise à vue d’œil.
Une situation surréaliste pour beaucoup, même si peu le disent publiquement. « C’est Berlin Ouest qui refuserait d’aider Berlin Est », nous a glissé un jour un Revinois…
De l’avis de tous, la cité ouvrière n’est pas montée dans le train au bon moment. Au milieu des années 80, alors que se crée le District de la Basse-Meuse, qui deviendra le District de la région de Chooz puis Ardenne rives de Meuse, le député-maire de Revin Gérard Istace refuse d’adhérer.
Un conseiller municipal givetois de l’époque se souvient : « L’industrie revinoise était encore florissante avec Arthur-Martin et Porcher. Istace n’était pas dans les meilleurs termes avec le maire de Givet Pierre Tassin, et il n’a pas vu l’intérêt d’entrer dans cette interco. »
Les pleins pouvoirs du préfet
Une « erreur », reconnaît Philippe Vuilque. Mais, ajoute-t-il, « on ne refait pas l’Histoire, et Revin a toujours toute sa place, géographiquement et historiquement, dans cette interco. » Il vient donc d’inviter les élus de la Pointe à une « conférence territoriale » le 27 février à Vireux-Molhain. « Il faut dépasser la situation de blocage actuelle. »
L’argument économique ne lui étant pas favorable (la crise a durablement frappé Revin, où le chômage frôle les 15 %), pas plus que l’argument politique (l’entrée de Revin et Anchamps pourrait faire basculer Ardenne rives de Meuse à gauche), Philippe Vuilque veut profiter de la future loi sur la réforme des collectivités territoriales.
Selon le projet de loi, toutes les communes devront faire partie d’une intercommunalité d’ici deux ans. A défaut, le préfet, s’appuyant sur les conclusions de la commission départementale de coopération intercommunale (CDCI), aura les pleins pouvoirs pour imposer un redécoupage des communautés de communes.
Or les conclusions de la CDCI vont vers la création d’une vaste intercommunalité de la vallée de la Meuse, s’étendant de Joigny à Givet, et englobant Revin, ainsi qu’Anchamps, Gespunsart et Neufmanil (autres communes hors-interco).
Un cauchemar pour les élus de la Pointe, qui, au-delà d’un paysage politique bouleversé, se verraient forcés de réapprendre à partager.



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