Publié le mercredi 11 novembre 2009 à 01H00 - Vu 51 fois
©Sebastien JARRY/MAXPPP ; Illustration sur les exercices d'evacuation dans un car de transport scolaire. exercices d'evacuation dans un car de transport scolaire.
Sebastien JARRY
COMMENT peut-on oublier un enfant de trois ans dans un bus ? Et qui plus est cinq heures durant (et non pas quatre comme indiqué hier) ? Ces questions, nous nous les sommes posées dans notre édition de mardi. Le père de Hamza, lui, cherche encore des réponses. Il a accepté, hier, de se confier à l'union. Il évoque une série de négligences de la part de l'accompagnatrice et du conducteur du bus et dénonce une mauvaise gestion de la crise de la part de l'école.
Tout d'abord, comment va Hamza aujourd'hui ?
« Nous avons consulté un pédiatre, hier après-midi. Il ne souffre d'aucunes séquelles physiques. Lundi après-midi, il s'est comporté de façon tout à fait normale. En revanche, la nuit a été plutôt agitée. Il était inconsolable et il nous a fait une colère mémorable ».
Le voilà prêt à retourner à l'école ?
« Oui, mais pas à l'école des Tilleuls de Fagnières. Nous n'avons plus confiance ! Nous avons d'ailleurs décidé de déposer une plainte contre le conducteur du bus et contre l'accompagnatrice afin qu'une telle mésaventure n'arrive pas à d'autres parents. De mon côté, j'ai constaté une série de dysfonctionnements : un pointage des élèves à la descente du bus pas assez rigoureux. Un protocole de crise insuffisant. Tous ont été complètement dépassés par les événements ».
Pouvez-vous nous rappeler les faits ?
« À 8 h 30, mon épouse dépose Hamza au bus et le confie à l'accompagnatrice. Ce jour-là, elle n'avait en charge que deux élèves de maternelle. Comme d'habitude, Hamza s'est assis à côté de la fille de sa nourrice, plus âgée. Le bus scolaire dépose les enfants vers 8 h 45 à l'école. Pour nous, il était bien en classe depuis cette heure-là ».
Comment apprenez-vous sa disparition ?
« À 12 h 30, sa nourrice qui doit le récupérer à la descente du bus constate son absence. Elle m'alerte à ce moment-là. Vers 12 h 45, je me rends à l'école et demande à parler à la directrice, également l'institutrice de Hamza. Elle me déclare n'avoir jamais vu mon fils. De mon côté, je suis certain que mon fils a bien pris le bus ».
On imagine le pire. Quel est votre état d'esprit à ce moment-là ?
« Je suis quelqu'un de très calme vous savez. Je ne panique pas encore mais je commence à me poser des questions. Je me rends alors à la cantine située dans les collines de Fagnières au cas où mon fils y aurait été emmené par erreur. En vain. Et là, je commence véritablement à m'inquiéter. Finalement, je me décide à aller au domicile de l'accompagnatrice qui me confirme avoir descendu Hamza à l'école. Et là, c'est la panique. Je me résous à alerter la police que l'on retrouve à l'école ».
Vous évoquiez des négligences et des dysfonctionnements.
« Tout d'abord du côté de l'accompagnatrice. Normalement, à l'arrivée du bus à l'école, elle doit enlever la ceinture de sécurité des enfants, les prendre par la main et les confier à une assistante d'éducation à l'intérieur même de l'école. Ce qui n'a visiblement pas été le cas puisque l'assistante a assuré ne pas avoir vu mon fils à l'école.
Ensuite du côté de l'école. Force est de constater qu'il n'existe aucun plan d'urgence en pareilles circonstances. Un exemple, la directrice ne disposait d'aucun numéro de téléphone pour contacter la société de car. J'ai dû imposer qu'on fouille l'école pour vérifier que mon fils n'y était pas. L'attitude de l'école était loin de me rassurer ».
À ce moment-là, que pensiez-vous qu'il soit arrivé à Hamza ?
« Hamza est un enfant sage qui aime l'école. Il n'est pas du genre à se sauver. On imagine le pire dans ces cas-là. Pour sa mère et moi, c'était très clair. Quelqu'un de mal intentionné avait enlevé notre fils. C'est d'ailleurs ce qu'ont commencé à penser les policiers. Ils m'ont demandé le signalement de notre fils ainsi qu'une photo de lui afin de lancer une alerte enlèvement. Mon épouse était tellement paniquée qu'elle s'est blessée ».
« Nathalie m'a oublié »
Dans quelles conditions a été retrouvé Hamza ?
« A notre demande, la conductrice d'un autre bus a appelé sa direction afin de savoir s'il n'était pas resté dans le car. Vers 14 heures, la STDM a rappelé pour nous signaler la présence de notre fils dans le bus stationné au dépôt. Là, croyez-moi, c'est le soulagement. Toute la famille s'est rendue sur place pour retrouver Hamza ».
Quels ont été les premiers mots de Hamza ?
« Mon fils a été retrouvé sur son siège, la ceinture bouclée. À notre arrivée, il était souriant. Il a prononcé trois phrases : « J'ai eu très froid. Nathalie m'a oublié. J'ai fait la sieste… » »
Depuis cette mésaventure, a-t-on pris des nouvelles de Hamza ?
« Le maire de Fagnières nous a téléphoné dans la journée pour savoir si notre fils allait bien. Le directeur de la STDM également. Ce dernier a présenté ses excuses et a exprimé les regrets du conducteur. De la part de l'école des Tilleuls, c'est le silence total. Aujourd'hui, Hamza va devoir quitter ses camarades de classe et ma femme se demande déjà si elle va reprendre son travail afin de pouvoir s'occuper totalement de Hamza et de sa petite sœur ».
Propos recueillis par Corinne LANGE
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