Olivia Ruiz en concert ce soir à Reims « Je n'aime pas l'idée de faire un disque pour moi »

Publié le jeudi 07 mai 2009

« Je repars de zéro avec ce nouvel album. Rien n'est jamais acquis dans ce métier. »

« Je repars de zéro avec ce nouvel album. Rien n'est jamais acquis dans ce métier. »

VOUS sortez de deux ans d'aventure avec « La Femme Chocolat » soit plus de 200 concerts, la reconnaissance du milieu, du public, et des ventes de disques qui ont grimpé vers l'Everest… Comment avez-vous vécu cette période d'ivresse au sens large ?

« Tout fut intense, fort mais aussi épuisant. À la fin, je n'en pouvais plus. J'avais trop donné, trop dit oui à tout. Il était temps de m'arrêter. Je n'avais même plus le temps de boire un coup avec mes musiciens. Cela n'a vraiment pas toujours été facile. J'ai eu des périodes d'épuisement. Cela peut sembler indécent de dire cela alors qu'il y a plein de gens qui rêveraient de vivre ce que je vivais. Mais, je n'en pouvais vraiment plus. Aussi, pour la sortie de ce nouvel album et ma prochaine tournée, je retiens les leçons du passé, puisqu'au lieu de deux cents dates, la tournée devrait en faire cent sur un an. »

Qu'est-ce que le succès a changé dans votre vie ?

« Davantage de confort à tous les niveaux, forcément. Au quotidien, ma vie est toujours la même. Mais, peut-être que je ne réalise pas bien tout ce qui se passe autour de moi. Le succès d'un album, c'est un accident merveilleux. Si le marché du disque continue de mal marcher comme en ce moment, ce sera certainement le plus gros succès de toute ma carrière…

Comment appréhende-t-on la sortie d'un nouvel album après une telle lame de fond ?

Je ne voulais surtout pas être dans le cliché de la peur après un gros succès. De toute façon, je me disais que le prochain ne marcherait pas autant, alors j'ai contacté toutes les personnes avec qui j'avais envie de travailler. Je n'aime pas l'idée de faire un disque pour moi. Un disque est un partage, j'aime inviter des gens que j'aime ou que j'ai envie de soutenir. Quoi qu'il en soit, je repars de zéro avec ce nouvel album. Rien n'est jamais acquis dans ce métier. Mais quand le public sort du concert avec le sourire, c'est magnifique. On se dit qu'on sert à quelque chose. Si je peux faire oublier aux gens, leur quotidien et leurs emmerdes pendant deux heures, je suis contente d'avoir ce pouvoir-là, d'en user et d'en abuser ! »



« Une revanche familiale »

Vous avez écrit beaucoup de textes dans cet album. C'est un signe de confiance gagnée...

« Sans doute, mais c'est aussi et surtout parce que j'ai écrit deux chansons pour Juliette Gréco qui les a acceptées, « l'Ombre du vent » et « Dans ma chambre de dame ». Gréco, c'est quelqu'un de très difficile dans le choix de ses chansons. Alors, pensez à quel point cela m'a donné confiance ! J'avais déjà écrit sur la Femme Chocolat, et un seul sur J'aime pas l'amour. Pour la première fois, j'ai écrit tous les textes français de l'album. J'ai des espaces d'expression que je n'avais pas eu le temps d'explorer jusque-là. »

Vous travaillez avec la personne qui partage votre vie : Mathias Malzieu, leader de Dionysos. Est-ce un exercice difficile ?

« Je pense que j'aurais fait le même disque sans Mathias même si son travail m'apporte énormément. On a des cultures musicales opposées. Du coup, on se confronte en permanence et on pousse la recherche en profondeur. Cette rencontre est une chose magnifique, mais je n'ai pas besoin de lui pour exister en tant qu'artiste et inversement. »

Votre précédent album est sorti en espagnol et vous êtes venue le chanter sur les terres de vos racines. Qu'avez-vous ressenti ?

« C'est un truc qui me remplit d'émotion. Pour moi, c'est très fort symboliquement. C'est juste entre moi et moi-même et moi et ma famille. Je l'ai fait pour mes grands-mères que j'ai toujours. C'était juste une envie personnelle, une revanche familiale. Il ne faut pas oublier que mes grands-parents ont dû fuir l'Espagne de Franco. »

« Je suis le feu et la glace »

Quelles ont été vos influences dans la musique espagnole ?

« Les BO des films d'Almodovar . Depuis que je suis petite, je chante Un año de amor, Piensa en mi… Les films de Saura aussi. Et aussi Julio Iglesias que mon grand-père chante. Il y a aussi tous les classiques. Tous ceux-là, je les ai toujours en tête, fredonnés par les voix des mamies. »

Vos origines espagnoles jouent beaucoup dans votre travail ?

« Oui, mais elles m'influencent dans ma vie en général. Trois de mes grands-parents sont des immigrés de la guerre de Franco. Ils m'ont transmis un caractère et un tempérament purement latin. Je parle bien l'espagnol et je me sens latine avec tous les excès que cela implique car je suis excessive. Je dis tout le temps « Je t'aime » aux gens. J'ai besoin de les toucher. J'entre vite en colère, je ris, je pleure. Mon père affirme que je suis le feu et la glace. »

Vous avez un côté gouailleuse. Auriez-vous aimé vivre à une autre époque, celle des Frehel, Damia et autre Berthe Sylva ?

« Cela aurait été génial. Je me sens proche d'elles, dans leur façon d'appréhender l'existence avec du vécu. Des choses qui font mal, mais qui sont assumées, ou des choses qui font du bien et qui le sont tout autant. J'ai une admiration pour elles parce qu'il y avait le côté sans concession avec une forte interprétation. C'étaient des tragédiennes qui ont immortalisé des refrains qui parlent de la vérité des sentiments, des airs faits pour guincher. Le côté populaire, réaliste, d'avant me manque ainsi que l'esprit du bal musette, les chansons de rue. »

Propos recueillis par Dominique PARRAVANO

Nouveau CD « Miss Météores ». Ce soir à la Cartonnerie (complet) et le 29 mai à l'Olympia.


 


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