Publié le jeudi 03 décembre 2009 à 01H00 - Vu 50 fois
Sur 20 cas de mariages forcés mis en lumière par l'enquête de la Mission locale, 4 concernent des hommes.
Christian LANTENOIS
DES mariages forcés, à Châlons ? Vous n'y pensez pas ! Et pourquoi pas ? Parce que la ville est trop petite ? Trop tranquille ? Qu'on est loin de la banlieue parisienne ? A la Mission locale, pourtant, le sujet n'est pas inconnu. « Nous sommes confrontés à quelques cas de jeunes filles qui viennent se confier, confirme le directeur, Philippe Roth. Cela représente un ou deux cas par an. »
Estimant qu'il s'agissait sans doute de la partie visible de l'iceberg, Philippe Roth a voulu en savoir plus. Dans le cadre du colloque qui se déroule aujourd'hui au lycée Jean-Talon, il a fait réaliser une enquête auprès des jeunes qui fréquentent la Mission locale.
« C'est toujours plus difficile pour un jeune de parler de son cas plutôt que de ce qui est arrivé au copain. Partant de là, nous avons demandé à 100 jeunes suivis par la Mission locale s'ils connaissaient des personnes qui ont vécu un mariage forcé », explique Philippe Roth.
Le résultat est étonnant : 1 jeune sur 5 connaît un cas dans son entourage. Des cas qui concernent des femmes, mais aussi des hommes. « Les parents d'un jeune homme avaient choisi pour lui une jeune fille. Ils sont ensemble depuis dix ans et sont devenus consentants au fur et à mesure des années. Mais au départ tous les deux ne voulaient pas se marier », témoigne un des jeunes interrogés.
Sur 20 cas de mariages forcés évoqués par les sondés, 16 concernent des femmes et 4 des hommes. Tous sont en lien avec des origines étrangères et les pays concernés vont de l'Algérie à la Turquie en passant par le Maroc, la Serbie et les pays d'Afrique subsaharienne.
« Si tu veux pas, tu rentres au pays »
Une autre personne raconte : « Les parents d'une jeune femme de 16 ans veulent la marier à un homme de 30-35 ans en Turquie. Mais elle ne veut pas. Les parents lui font un chantage : si tu ne veux pas te marier, tu rentres au pays et là, ce ne sera pas pareil que la vie en France ! »
S'ils connaissent des cas de mariages forcés, les jeunes interrogés ignorent à qui s'adresser pour aider ceux qui en sont victimes. « En fait, si on ne leur pose pas la question, ils n'ont pas l'idée de raconter tellement cela paraît effarant. Ils pensent qu'on ne va jamais les croire », souligne le directeur de la Mission locale. Lui-même se dit surpris du résultat de son enquête. « Je me demandais s'il s'agissait d'un phénomène marginal mais il s'avère que c'est un phénomène d'actualité. »
Et à chaque fois, le scénario est le même : cela passe par le chantage affectif et la violence, intellectuelle ou physique. Un jeune raconte ce qui est arrivé à une de ses amies : « Les parents avaient choisi un homme en Serbie. Quand ils ont appris qu'elle avait déjà un fiancé en France. Ils l'ont battue et la jeune fille a fugué et s'est retrouvée dans un foyer. »
Les conseillers de la Mission locale eux-mêmes ont été confrontés à ce type de situation. « Il y a deux ans, nous avons inscrit une jeune femme algérienne qui venait toujours chez nous encadrée de son mari et de sa belle-mère. Un jour, elle a demandé à changer de conseiller en réclamant une personne arabe et de sexe féminin. J'ai refusé cette demande et nous ne l'avons pas revue. Nous avons appris par la suite qu'elle avait fugué et qu'elle avait été battue par ses belles-sœurs », se souvient Philippe Roth.
Pas tous opposés aux mariages forcés
Dans cette histoire, on ignore s'il s'agissait réellement d'un mariage forcé. Une union malheureuse, en revanche, c'est certain. Quand on leur demande leur avis sur les mariages non consentis, les jeunes sont 93 à les condamner, 5 se disent sans opinion et 2 ont des réponses ambiguës.
Des réponses qui émanent de jeunes hommes qui plaident pour la protection des jeunes filles en « leur choisissant un bon mari ». Ils dédouanent même les parents qui, selon eux, agissent avant tout pour le bien de leurs enfants.
Mais quand il s'agit de leur propre cas, ils estiment être en mesure de refuser une union dont ils n'ont pas envie. Les filles, elles, n'ont pas toujours cette possibilité…
Stéphanie VERGER
Le colloque sur les mariages forcés se tient aujourd'hui de 9 heures à 16 h 30 au lycée Jean-Talon dans le cadre de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.
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