Publié le dimanche 27 septembre 2009 à 01H00 - Vu 2 fois
Les forêts méditerranéennes s'embrasent surtout sous l'effet des activités humaines.
LUIS ROBAYO
Des quatre éléments, le feu est celui qui, dans l'histoire récente des grandes catastrophes naturelles, apparaît le moins. Or, voici qu'il semble désormais vouloir rattraper son retard sur les trois autres sources de tragédies humaines ou environnementales. Depuis quelques années, en effet, les incendies se multiplient, notamment ceux d'une ampleur sans précédent. Et cela sur tous les continents !
Deux facteurs, agissant en synergie, expliquent cette recrudescence. Le premier, c'est l'omniprésence croissante de l'homme - qu'il soit défricheur, pyromane ou bêtement imprudent. Le second, c'est le climat. D'ores et déjà plus chaud et plus extrême, et, localement, plus sec. Pour comprendre ce qui est en train de se passer, il faut distinguer trois grandes catégories de forêts. Les forêts méditerranéennes s'embrasent surtout sous l'effet des activités humaines. Le problème numéro un dans ce milieu est l'exode rural, les champs qui servaient de pare-feu naturel, empêchant les flammes de se propager d'un massif à l'autre, sont peu à peu remplacés par des friches inflammables. Les chèvres, moutons et bovins qui broutaient herbes et buissons disparaissent. Et le ramassage des bois morts ainsi que le débroussaillage, autrefois régulièrement pratiqués, sont tombés en désuétude.
En zone tropicale, en revanche, c'est la situation inverse qui prévaut, mais avec un même résultat. Les surfaces agricoles s'étendent… et le feu avec, car il y est presque toujours allumé dans un objectif de défrichement Dernier écosystème où les incendies s'intensifient : les forêts boréales. Soit deux immenses massifs, l'un en Amérique du Nord, l'autre en Eurasie, qui s'étendent sur des milliers de kilomètres. Et qui brûlent de plus en plus.
La foudre, premier responsable
Ici, l'incendiaire principal est la foudre, responsable de 80 % des surfaces brûlées. Dans l'univers boréal, l'activité humaine pèse bien moins sur le nombre d'incendies que dans le reste du monde. Logique : c'est la partie du monde la moins peuplée. Mais c'est aussi celle où, conformément aux prévisions des modèles, la hausse des températures due au changement climatique est la plus forte : déjà plus de 3 °C. C'est donc bien une hausse planétaire des incendies qui s'annonce. Mais… faut-il vraiment s'en inquiéter ? Ne suffirait-il pas de protéger les humains et de laisser faire la nature ? Non ! répondent en chœur les scientifiques, et cela pour deux raisons. La première est que cette flambée des incendies, due en partie au réchauffement de la planète, accroît à son tour le risque climatique : elle libère dans l'atmosphère du dioxyde de carbone, qui vient s'ajouter aux émissions humaines.
Par ailleurs, dans bien des endroits, les incendies risquent de se propager aux tourbières sur lesquelles les forêts poussent. Ce qui aurait le potentiel d'une bombe climatique. Lorsque des incendies majeurs parcourent la forêt en période de sécheresse, il arrive que ces tourbières s'embrasent, libérant du CO2 emprisonné depuis des temps géologiques.
Que faire alors face à l'inflammabilité croissante de notre planète ? Un des enjeux principaux est la mise en place du programme REDD (Reduced Emissions from Deforestation and Forest Degradation), qui vise à intégrer la protection des forêts dans l'accord climatique international qui devrait prochainement succéder au protocole de Kyoto. Mais pour que REDD ne reste pas en rade, selon la formule de Greenpeace, il faudra résoudre de nombreux points techniques, notamment un mode de comptabilisation des stocks de carbone accepté par tous. Car au plan climatique, toutes les forêts ne se valent pas : la protection de forêts tourbeuses devrait être mieux rémunérée que celle de forêts stockant moins de carbone, par exemple. En milieu méditerranéen, en revanche, le problème est surtout d'améliorer la gestion du feu. Comme l'explique Juli Pausas, du centre d'études environnementales de la Méditerranée à Valence (Espagne), « on a trop longtemps voulu supprimer le feu. C'est une utopie. Ce qu'il faut, c'est trouver les meilleures manières de cohabiter avec lui ».
Quant à protéger les forêts boréales, ce sera plus difficile. C'est que, on l'a vu, dans le Grand Nord, l'homme pèse peu par rapport au climat. Et le réchauffement s'y annonce considérable.
« Aujourd'hui, avec un budget de 780 millions de dollars affecté à la prévention des incendies, le Canada arrive à bloquer 95 % des départs de feu, explique Mike Flannigan, du Service canadien des forêts (SCF). Mais d'après nos calculs, avec seulement 1 °C de plus, il faudra plusieurs milliards pour parvenir au même résultat. » La seule chose vraiment certaine, c'est que la menace sera proportionnelle au réchauffement. Un argument de plus pour limiter nos émissions…
D'après Yves Sciama
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