Publié le mercredi 05 novembre 2008
L'Inrap occupe un étage du bâtiment ci-dessus : « Notre résistance n'est en aucune façon tournée contre Reims ou les Rémois », assurent de concert la directrice générale et le président de l'institut de recherches archéologiques.
Catherine Frey
SORTIE métro Europe à Paris. Le grand bâtiment qui abrite le siège de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) se dresse à quelques pas.
Tout près de la gare Saint-Lazare et des grands magasins. Un petit bistrot, en face une brasserie. Il doit faire bon travailler dans ce quartier…
« L'Inrap ? Oui, ils sont à l'étage juste en face de chez moi. Ils sont faciles à trouver, il y a des banderoles. Je crois qu'ils font grève car ils ne veulent pas déménager », indique une Parisienne retraitée en balade avec son chien.
« Tout le personnel est angoissé »
Sonnette. La porte s'ouvre sur un escalier tout de marbre et un ascenseur tout en bois presque digne d'être classé. 3e étage. Une porte plus sobre et le sigle Inrap. À l'intérieur, l'aménagement est nettement moins prestigieux. Du fonctionnel bien chiche, à la mode service public.
À l'accueil, deux grands sourires qui n'ont pas envie, mais pas du tout envie de quitter la capitale. « Il y a tout à Paris », résume l'un des sourires.
Sur la petite table destinée à occuper les visiteurs en attente repose une pile de tracts titrés « Sauvons l'Inrap ! » Qu'arrive-t-il donc de si grave au vénérable institut ? « Son siège a été désigné pour être délocalisé », peut-on lire. La ministre de la Culture a en effet décidé de transférer le siège des archéologues à Reims. Mais ils ne veulent pas venir ! Pourtant, nous aussi, à Reims on a les Galeries Lafayette…
En quoi cette délocalisation est-elle si grave ? Jean-Paul Jacob, président de l'Inrap, et sa directrice générale, Nicole Pot, ne se lassent de le répéter : « Cette résistance n'est aucunement liée à Reims et aux Rémois. Preuve en est qu'à la fin, on nous a laissé le choix entre Metz et Reims et que nous avons choisi Reims. » Parce que c'est plus près de Paris, diront les mauvaises langues…
« La délocalisation de l'Inrap pose deux problèmes. D'abord, un problème social. Nous sommes environ 130 au siège. La plupart de nos agents ont un conjoint qui travaille ailleurs, des enfants qui suivent une scolarité et des crédits immobiliers sur le dos. Les Rémois comprendront que ce n'est pas évident de partir comme ça. Depuis l'annonce de cette nouvelle qui, en plus, a coïncidé avec le début de la crise économique, tout le personnel est angoissé. Certains sont terrorisés par la perspective de devoir vendre en pleine déconfiture immobilière. »
Cadres et employés ne vont pas suivre
Du problème social découle « un problème Inrap ». « Nous savons pertinemment qu'une grosse partie des cadres et employés ne va pas suivre. Nous allons donc perdre nos équipes alors que nous sommes encore fragiles ». Fragile car trop jeune.
« L'Inrap est toujours en construction. Depuis six ans, des gens passionnés se battent pour piloter cet institut avec des moyens pas toujours suffisants. N'oublions pas qu'avant de devenir établissement public en 2002, l'Inrap était une association. Réussir une telle transition a demandé un personnel investi et spécialisé que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre. »
La « danse des sept voiles d'Adeline Hazan »
Le président évoque aussi les quelque 1.500 archéologues répartis dans toute la France. Ils ont périodiquement besoin de rejoindre facilement le siège. « Paris est idéal pour ça. De plus, nous avons tous nos partenaires à proximité. Pour aller à une réunion au ministère, et il y en a souvent, il nous faut actuellement 15 minutes. De Reims, il nous faudra deux heures au mieux aller-retour et donc une demi-journée en tout. »
Bref, Reims ne leur apportera rien au niveau du boulot. Ils ne seront pas faciles à séduire.
En bon provincial d'origine, M. Jacob s'efforce toutefois de dédramatiser : « Pour nous attirer, il faudra au moins que votre maire nous fasse la danse des sept voiles ».
Adeline Hazan n'a plus qu'à s'entraîner. Elle a jusqu'en 2011, année annoncée de leur arrivée forcée.
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La Ville : « Nous allons les séduire »
Pas sûr que la maire fasse la danse des sept voiles (lire ci-dessus), mais la Ville est bien décidée à faire les yeux doux aux archéologues et à ceux qui les pilotent.
Serge Pugeault, adjoint chargé de l'économie, va s'y coller de bonne grâce : « On a prévu d'inviter les représentants du personnel pour leur faire découvrir la ville. » La municipalité mettra également en place une cellule pour aider les « exilés » à trouver un logement et un emploi pour leur conjoint : « Nous avons la chance, à Reims, d'avoir de l'emploi pour un personnel qualifié. Ce ne devrait donc pas être trop compliqué. Au pire, notre proximité avec la capitale pourra leur permettre de continuer à travailler sur Paris. Nous allons à la fois les rassurer et les séduire. »
S'il en est un à Reims qui s'y connaît en séduction des primo-arrivants en col blanc, c'est Jean-Yves Heyer, le directeur général de l'agence Reims Champagne Développement.
Il y a maintenant des années qu'il vante notre ville dans tout Paris pour faire venir les entreprises. Dans le cas de l'Inrap, il a déjà un plan d'action destiné à faire fondre les réticences : « On va les prendre par la main. Beaucoup n'ont jamais mis les pieds ici. Il faut qu'ils trouvent rapidement leurs repères, c'est-à-dire et tout bêtement leur magasin préféré, un club de sport, une bonne école, etc. »
Jean-Yves Heyer aura des arguments de poids : « Quand ils vont arriver avec leur salaire parisien et se rendre compte qu'ils ont ici un pouvoir d'achat huit fois supérieur par rapport à Paris et que les loyers sont 75 % moins chers, ils vont vite nous voir autrement ».
Quant à leur trouver un local d'implantation, la Ville n'aura aucun souci. « Ils ont besoin de 3,000 m2 ? Nous les aurons près de la gare à Clairmarais s'ils le souhaitent ou à Bezannes s'ils préfèrent. Aucun problème et du tout neuf. »
Ensuite, quand ils seront comblés, le directeur de RCA compte faire de ces 130 futurs employés rémois des ambassadeurs de Reims à Paris. S'ils viennent, même à reculons, autant qu'ils soient utiles.
C.F.
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« C'est un marché de dupes »
Autant la direction tempère, autant les représentants syndicaux de l'Inrap sont vent debout contre la délocalisation.
« Pour nous, c'est un marché de dupes », lâche d'emblée Valérie Renault, archéologue et aussi secrétaire général CGT du syndicat des personnels de l'archéologie.
Depuis son local de la rue de Louvois, dans le quartier des banques, la militante prévient que s'ils sont 130 actuellement au siège social à Paris, ils risquent d'arriver moins nombreux à Reims : « L'État a promis des compensations financières et des reclassements pour ceux qui ne vont pas suivre - et ils seront nombreux -, mais il n'a annoncé aucun budget pour embaucher le personnel qui nous aura quittés. On va mettre en danger un établissement qui manque déjà de moyens pour assurer ses nombreuses missions. »
La représentante syndicale ne décolère pas : « en 2003-2004, l'État nous a placés en situation de concurrence avec le privé sans réaliser qu'une société de fouilles est difficilement rentable. Les entrepreneurs ne se sont pas lancés là-dedans. Nous devons donc tout faire avec rien et pour nous compliquer la tâche, ils nous éloignent au seul prétexte qu'il faut compenser la fermeture des bases militaires dans les régions. »
Aucune concertation
Valérie se souvient du jour, cet été, où ils ont appris la délocalisation : « On l'a su par le bouche à oreille. Personne n'a été associé à cette décision. Les personnels, qui ont la tête dans le guidon toute la journée, ont été extrêmement choqués. »
À tel point que les syndicalistes sont allés voir la ministre : « Un matin de septembre, on l'a chopée à la sortie de son carrosse et on lui a demandé : pourquoi l'Inrap ? « Parce que votre effectif correspondait au projet », a-t-elle répondu. »
Valérie et ses compagnons de lutte en sont restés abasourdis : « Tout ça pour un chiffre ! Nos personnels ne vont pas péter leur vie parce qu'une ministre a trouvé le bon chiffre à délocaliser ! »
C.F.
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Un siège aux multiples missions
Le siège social de l'Inrap est actuellement installé au 7 rue de Madrid à Paris. C'est le poste de pilotage de l'institut. Il abrite la présidence et la direction générale, les services financiers et les ressources humaines. Comme tout siège social qui se respecte, avec en plus une direction scientifique et technique. Ce service travaille en lien avec les 1.500 agents envoyés sur le terrain dans toute la France.
À cela, il faut ajouter une mission de recherche, de communication et de développement culturel.
Dans le cadre de sa mission de communication et en collaboration avec la ville de Reims, l'Inrap va monter un film de 52 minutes sur ses fouilles et ses découvertes dans la cité des Sacres. Documentaire qui devrait être diffusé sur une chaîne du service public avant l'été. Bon moyen de se rapprocher de son futur fief.




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