Publié le jeudi 01 octobre 2009 à 01H00 - Vu 173 fois
vaporisation par voie térrestsre vaporisation de produit
Antonin Breton
LE vin, « la plus hygiénique des boissons », selon Louis Pasteur, serait-il devenu un produit chimique où les additifs de toute sorte prennent le pas sur l'authenticité et la typicité du terroir ?
La journaliste Céline Destève a enquêté plusieurs mois à travers les vignobles de la Loire, du Beaujolais, du Languedoc, d'Alsace et de Champagne. Son reportage n'est pas tendre avec certaines dérives des viticulteurs français et devrait s'attirer les foudres de la profession.
Le reportage s'ouvre sur un œnologue d'une coopérative du Val de Loire. Il admet que « faire du vin, c'est bien, mais il faut le vendre ». Autrement dit, tout est permis ou presque pour rendre le vin « fruité, souple, rond, soyeux », en un mot, « tendance ». Et pour adapter le produit au marketing, les levures sèches aromatisées font des miracles. De la tromperie ? « Non, on viabilise le process », explique sans rire un vigneron du Beaujolais qui admet que « l'arôme de banane, trop dominant », n'est plus à la mode.
Toujours dans le Beaujolais, le reportage s'attarde sur un autre dérapage réprimé par la justice : 60 prévenus traduits en correctionnelle pour avoir surchaptalisé : c'est-à-dire d'avoir sucré leur vin au-delà des limites autorisées pour obtenir l'appellation, sans quoi leur production aurait été vendue deux fois moins chère.
Résidus de pesticides
Un viticulteur bio d'Alsace, révolté par toutes ces pratiques douteuses, suggère d'interdire les levures pour les vins d'appellation. Et récuse également l'utilité des sulfites, du soufre à l'état gazeux, l'un des rares produits dont la présence est mentionnée obligatoirement sur les étiquettes depuis 2005. Sachant que même les vins bio sont autorisés à en contenir.
« Le vin est l'unique produit alimentaire où la composition n'est pas précisée aux consommateurs », note notre consœur. « On trompe le consommateur », s'insurge un viticulteur alsacien qui milite pour un vin naturel labellisé.
Un vendeur de pesticides repenti explique, pour sa part, qu'il a toujours poussé ses clients à la surconsommation. C'est, à l'écouter, d'autant plus facile que le viticulteur a une peur bleue de perdre sa récolte.
Les pesticides ne sont pas sans conséquence sur la qualité des sols, selon Lydia et Claude Bourguignon, des spécialistes qui estiment que 80 % des sols français « sont en mauvais état ». L'exemple d'Alexandre Chartogne, un viticulteur champenois, est édifiant : il doit arracher des vignes de 30 ans d'âge. Les racines, ne trouvant plus suffisamment de nourriture, ne vont plus en profondeur et restent en surface. Autre problème : l'analyse de 100 vins tranquilles a démontré que 100 % contenaient des résidus de pesticides.
Un laboratoire indépendant révèle que cinq champagnes, de grandes marques, n'échappent pas à la règle. Certes, les teneurs sont très en-deçà des limites fixées par l'Union européenne « mais elles sont 482 fois supérieures à ce que l'on admet pour l'eau du robinet », observe François Veillerette, militant écologiste anti-pesticides.
Comment pallier ce problème, alors que l'utilisation de cuivre ou de nicotine à très haute dose, produits naturels, ne sont pas non plus sans conséquence sur l'environnement ? Comment produire 60 millions d'hectolitres en France sans protéger le raisin des maladies ?
Face au message sans nuance du porte-parole de l'Union des industries de protection des plantes (UIPP), qui estime que « sans pesticide, il n'y pas de vin possible », le reportage rêve d'un vignoble français sans produits phytosanitaires. Un positionnement qui, selon Céline Destève, permettrait de mieux concurrencer les vins du Nouveau Monde. De quoi en agacer plus d'un dans le vignoble champenois.
Dossier Christophe PERRIN
« Envoyé Spécial », ce soir sur France 2 à 20 h 35.
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