Publié le mardi 04 décembre 2007 à 01H00 - Vu 54 fois
«INSOLITE », « Iconoclaste »…Et somme toute courageux. En 1997, les éditorialistes s’étaient attardés sur cet événement que constituait alors la fusion des chambres de commerce et d’industrie de Sedan et Charleville-Mézières en une seule (1).
Dix ans plus tard, pas la moindre évocation de cet anniversaire. « Nous n’avons pas estimé devoir faire quelque chose » commente, prudent, l’actuel président de la chambre des Ardennes. Géraud Spire était pourtant un chaud partisan d’une chambre unique. Il n’a pas changé d’avis. « J’étais vice-président de la CCI de Charleville-Mézières à l’époque. C’est moi qui ai convaincu qu’il fallait mettre le siège à Sedan, et avoir un président du Sedanais ». Par souci d’équilibre, histoire de ménager la sous-préfecture « avalée » par le rival chef-lieu. Dix ans plus tard, « ça reste un sujet sensible », reconnaît Géraud Spire. « On ne peut pas dire que la fusion ait été totalement digérée. On m’interroge régulièrement sur la question de savoir si le siège restera bien à Sedan ».
Equilibre sur le fil
La nouvelle carte judiciaire n’est pas tombée au bon moment pour sabrer le champagne. Le tribunal de commerce du chef-lieu rapatrié sur Sedan en 2009 ? Doyen des juges ardennais à Charleville, Géraud Spire s’étrangle rien que d’y penser. A croire que la Chancellerie venait à nouveau de déterrer la hache de guerre. Même si le conseil de Prud’hommes sedanais doit faire le chemin inverse.
A suivre le président de la CCI, la carte judiciaire ne fait que réveiller de stériles rivalités. « Avec deux médecines du travail, c’est déjà la même problématique. Au profit de qui ? Et pourtant les deux municipalités sont du même bord politique ».
Lui rêve d’une grande agglomération englobant Sedan et Charleville. Avec un pôle fort au chef-lieu. « A chaque fois on nous accuse de vouloir vider Sedan ».
Avec la CCI, un équilibre paraît avoir été trouvé. D’un côté le siège et des salles de réception accueillantes à Sedan, de l’autre la Maison de l’Ardenne. Pas toujours simple quand il s’agit de gérer les coûts de fonctionnement et les déplacements entre services dispersés.
Avenir régional
Partisan de la proximité, Géraud Spire estime malgré tout que « l’avenir se situe à l’échelon régional. Nos régions ne sont même pas assez grandes. Pourquoi pas un Grand-Est ? ». Même avec la Picardie ? Le président de la CCI 08 ne serait pas hostile à une chambre régionale unique. « Avec des antennes de proximité. Et à la condition que les lois de décentralisation soient plus claires ». Avec des compétences bien définies.
Au-delà des rivalités, le milieu consulaire ardennais veut donner l’exemple. En créant une Chambre économique des Ardennes regroupant, sous un même toit, la CCI, la chambre de métiers et la chambre d’agriculture. A Reims, on réfléchit également à un pôle commun regroupant des fonctions tertiaires. Où dans les Ardennes ? Le choix s’annonce stratégique.
Textes : Dominique Herbemont
Chaque CCI avait d’abord été dissoute, avant la création de la CCI des Ardennes par décret du 11septembre 1997. Elle compte à ce jour 7.139 ressortissants.
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« Une fusion Reims-Châlons pas d’actualité »
Président de la CCI de Reims et d’Epernay, François Cravoisier est également le président de la CRCI de Champagne-Ardenne, qui fédère les cinq CCI régionales.
La fusion des CCI de Reims-Epernay et de Châlons-en-Champagne est-elle un sujet d’actualité ?
François Cravoisier : « Très sincèrement, non. A la CRCI nous sommes, au-delà des problématiques des CCI locales, dans une réflexion régionale. Pour passer à l’action sur des sujets majeurs. Nous travaillons en bonne intelligence avec les présidents. Il ne s’agit donc pas d’une question majeure. Cela se fera peut-être ou pas, mais dans un deuxième temps ».
Une meilleure efficacité au service des entreprises ne suppose-t-elle pas un regroupement de moyens ?
F.C : « Nous avons des actions au niveau régional, qui se sont par exemple traduites par un outil de communication grand public avec votre journal (1). Dans le cadre de notre schéma sectoriel, un CFA commun à Reims et Troyes va être développé dans l’enseignement supérieur. La CRCI mène une réflexion sur les formations régionales, le schéma des infrastructures portuaires et aéroportuaires à Vatry notamment, l’intelligence économique, la création et la reprise d’entreprises, l’international. Mais chaque CCI a des accords spécifiques, à Epernay par exemple avec le VITeff. Il faut aussi tenir compte des particularités de chaque bassin, qui ne sont pas les mêmes de Givet à Bar-sur-Aube. Cela ne nous empêche pas d’avoir des actions communes comme le forum international qui se tiendra en février à Reims. Dans le même temps nos interlocuteurs se situent à un échelon régional, avec la Région, les représentants de l’Etat ».
Au sein du cercle du G10, la Champagne-Ardenne se tourne volontiers vers l’Aisne. La chambre de commerce est-elle aussi tentée d’en faire autant ?
F.C : « Nous avons déjà travaillé de concert avec la CRCI de Picardie sur le pôle de compétitivité. Concernant la partie « frontalière », on sait que beaucoup d’Axonais viennent à Reims. Pour se faire soigner ou suivre des études. Au niveau économique, les bornes administratives n’existent pas. Mais on ne peut pas faire évoluer les structures sans la volonté des hommes, et sans la pertinence à en démontrer la nécessité ».
(1)Rendez-vous mensuel dans l’union-L’Ardennais avec notre supplément « Performance ».
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Michel Gobillot : « Les gens ne sont pas prêts »
« En efficacité, on y perdrait ». Le président de la CCI de Châlons-Vitry-Sainte-Ménehould en est convaincu. « La proximité, c’est primordial. Et puis les gens ne sont pas prêts. Certains sont même catégoriquement opposés à l’idée d’une seule CCI dans la Marne. Et il n’y a pas que des Châlonnais ». Michel Gobillot part déjà du constat que les deux principales villes marnaises n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. « D’où une certaine méfiance. Nous sommes en concurrence pour l’implantation d’entreprises. On l’a encore vu avec « Cinquième saison » qui s’installe à Châlons. Déjà, le dossier Vatry n’avait pas arrangé les choses. Il faudrait d’abord réfléchir à un projet de développement économique des villes de la Marne, qui s’inscrive dans une concurrence organisée ». Avec 4.750 ressortissants, Châlons ne représente certes pas une grosse CCI. « Demain dans une grosse chambre unique, on perdrait de notre disponibilité, de notre écoute. La présidence ne serait plus du ressort d’un patron, mais un job à plein temps. Il ferait plus de politique que d’économie ».
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La Picardie vers une chambre unique
En assemblée générale de la CRCI, le président Serge Renaud avait déjà dévoilé voici un an ses objectifs pour la Picardie : une chambre de commerce et d’industrie unique dans la région. A quelle échéance ? « La date n’a pas été fixée » assure Didier Rosé, directeur général de la CRCI. La mandature en cours jusque fin 2009 a d’autres priorités, qui prépareront le terrain à cet objectif final. La première étape a été franchie avec la constitution, en début d’année, de la CCI Littoral Normand-Picard. Née après la dissolution des CCI d’Abbeville (Somme) et duTréport (Seine Maritime), la nouvelle chambre ainsi créée est à la fois inter-départementale et inter-régionale. Le président Bernard Martel, présidait auparavant la CCI d’Abbeville. Si le nouveau siège se situe à cheval sur les deux territoires, des bureaux ont été maintenus à Abbeville et auTréport, où la CCI est gestionnaire du port. Le deuxième étage de la « fusée » sera lancé avec la fusion des CCI d’Amiens et de Péronne en 2009. L’objectif est de pouvoir présenter pour les élections consulaires de novembre 2009, une seule liste sur les arrondissements d’Amiens, Péronne et Montdidier. Une commission mixte doit enclencher le processus. Une délégation sera toutefois maintenue à Péronne, avec à sa tête un président pour assurer la proximité territoriale. La prochaine étape viserait à ne plus avoir qu’une seule CCI dans la Somme, préfiguration d’une chambre régionale pouvant peser du poids avec ses 42.232 ressortissants. Soit pas très loin du Grand Lille (46.000 ressortissants), mais sur un territoire plus vaste.
Au Nord, la Picardie subit l’attraction de la région voisine, comme le sud de l’Aisne envers l’agglomération rémoise. De là à imaginer des rapprochements trop marqués, Didier Rosé se montre clair : « Nous nouons des alliances au plan inter-régional. Mais pas au point d’envisager des redécoupages. Il faut prendre acte du fait que les frontières administratives existent ».
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Objectif : 130 CCI dans deux ans
Au début de la première mandature de Jean-François Bernardin en 2001, il y avait plus de 160 CCI locales en France. A fin 2009, il n’y en aura plus que… 130, contre 150 actuellement sous l’effet de la « révolution silencieuse » du président de l’assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI). Responsable des relations presse, Bernard Giroux justifie cette « révolution » en douceur : « Il n’y a pas d’objectifs, juste une méthode qui n’est pas guidée par une vision technocratique ». Les assemblées consulaires sont libres d’apprécier la pertinence de fusions « dans l’intérêt des entreprises » met en avant l’ACFCI. Même si le gouvernement avait fixé, sous l’ère du ministre des PME Renaud Dutreil, le seuil plancher de 4.500 ressortissants pour le maintien de chaque CCI. Bernard Giroux cite l’exemple de la CCI de Saumur ainsi passée « à la trappe ». « Plus il y a de monde et de CCI, et plus il y a de fusions » vérifie-t-il comme une logique. Avec 13 CCI, le Nord-Pas-de-Calais bat des records. Le Grand Lille vient tout juste d’en regrouper quatre, l’objectif étant de descendre à cinq en 2009.
Mutualisation
D’autres arguments pèsent dans les fusions ou regroupements. « Avec la décentralisation, les conseils régionaux ont des compétences nouvelles dans le développement économique. Les régions ont besoin d’avoir un interlocuteur » constate Bernard Giroux. « Et est-ce que toutes les CCI ont besoin d’avoir leur propre service de paie ? ». La mutualisation de certaines fonctions peut être gage d’économies et d’efficacité. Dans les Pays de Loire, le secteur international aux entreprises a été ainsi transféré à la chambre régionale. Avec une quarantaine de CCI en cours de fusion sur le territoire, « Les choses se passent plutôt pas mal » estime ce porte-parole de l’ACFCI. Même si rien n’est jamais aussi simple « quand il n’y a plus qu’un seul président ». Bernard Giroux constate que les 150 chambres de commerce (pour 21 CRCI) demeurent de solides institutions. « Depuis la première CCI créée en 1599 à Marseille, cette invention française qui date de Henri IV est mondialement connue ». A l’étranger, on dénombre 110 chambres françaises.
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En chiffres
En Champagne-Ardenne, le réseau consulaire des CCI emploie au total 714 salariés, pour un budget cumulé de 84 M€ (Les 5 CCI et la CRCI). Les membres titulaires et associés sont au nombre de 264, pour 38.000 entreprises représentées. En Picardie, le réseau des CCI représente 42.232 entreprises.
Sur l’ensemble du territoire, les CCI représentent 1,8million d’entreprises. Lors des dernières élections consulaires de l’automne 2004, 450.000 dirigeants d’entreprise ont voté (en progression de 50 % par rapport aux élections de 2000). Elles représentaient près de 40 % du PIB. Le financement des cham bres et de leurs missions d’appui, de formation et de gestion des grands équipements est fondé principalement sur :
- La TATP (taxe additionnelle à la taxe professionnelle) pour la mission de service public aux entreprises et à leur environnement
- Les taxes spécifiques pour la formation (taxe d’apprentissage et frais de scolarité)
- Les ressources provenant de la gestion des ports, aéroports, ponts….
Le budget global des chambres représente environ 4milliards d’euros, dont : 35 % consacrés à l’appui aux entreprises, 25 % aux formations, 22 % aux aéroports, 10 % aux ports.
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