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LE DOSSIER ÉCO / Des plans sociaux à la pelle

Publié le mardi 13 janvier 2009 à 01H00 - Vu 119 fois


François Claverie et Michel Duval : « Réindustrialisons la région. »

François Claverie et Michel Duval : « Réindustrialisons la région. »

Dominique Herbemont


« Licenciements déguisés »


« On va de moins en moins utiliser le mot licenciement » dénonce Michel Duval, directeur du CERESCA, Centre d'études et de recherches économiques et sociales de Champagne-Ardenne affilié à la CGT. « La loi de février 2008 sur la rupture conventionnelle du contrat de travail permet de contourner les plans sociaux. » Traduction de ces divorces à l'amiable : « La réduction des effectifs devient une nouvelle stratégie du licenciement. Les plans sociaux sont vidés de leur substance par cette nouvelle loi. »
« La crise a bon dos »
Et Michel Duval de révéler des réductions d'effectifs ainsi exploitées chez Faurecia et Visteon dans les Ardennes, ou encore à la fonderie PSA qui a procédé, selon la CGT, à 150 départs volontaires en 2008.
Ce syndicat dénonce également le recours à des licenciements économiques par paquets de 9 salariés, pour « contourner les plans sociaux » au-delà de ce seuil.
« La crise a bon dos » considère François Claverie, président du CERESCA et secrétaire régional de la CGT. « Elle sert aussi à dégraisser, à restructurer, et à obtenir des financements en mettant la pression. » Pour la CGT, « on assiste à la crise d'un système capitaliste qui devait arriver. On fait de l'argent avec du virtuel. Or le pire reste à venir quand toutes les mesures de chômage auront été utilisées. Dans les Ardennes, une centaine d'employeurs ont fait des demandes de chômage partiel à la direction du travail. »
Après la crise économique, une crise sociale ? « Les salariés sont maintenant désemparés » constate Michel Duval. « Y compris politiquement, et ils se tournent vers nous. Mais notre rôle n'est pas là. »
François Claverie, qui est aussi membre du Comité économique et social (CESR), a proposé la tenue d'une conférence pour l'économie et l'emploi en Champagne-Ardenne. « A la CGT, nous pensons qu'il faut revitaliser l'industrie régionale. Sur le site PTPM dans la Marne, nous avons lancé l'idée d'une activité de dépollution des voitures hors d'usage. Les anciens ateliers SNCF d'Épernay peuvent servir à la déconstruction de matériel ferroviaire. Le recyclage des traverses de bois peut aussi générer de l'activité. »
Par ailleurs inquiète du devenir des grands verriers dans la région, la CGT suggère que la production de bouteilles à vins effervescents soit développée localement comme un vrai marché.


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« On passe en phase deux »


« On est passé à la phase deux » s'inquiète Bernard Verquerre, qui préside la CGPME dans l'Aisne. « A l'automne, on faisait encore le dos rond. En 2009, les défaillances d'entreprises en Picardie risquent d'augmenter de 10 à 15 %. » Cette dégradation se vérifie auprès des banquiers qu'il côtoie sur le financement des entreprises. « Auparavant elles avaient encore à traiter des dossiers qui traînaient. Maintenant les banques ont affaire à des entreprises directement touchées par la crise. A la CGPME, nous avons désigné dans l'Aisne un médiateur auprès des banques qui est Daniel Macherez. »
Bernard Verquerre se montre inquiet de la perte de confiance générale, et d'un attentisme des consommateurs prêts à parier sur de bonnes affaires à venir. Dans l'immobilier en particulier. « Il faut développer l'assurance-crédit pour garantir aux fournisseurs le paiement de leurs factures. Un quart seulement des entreprises y ont recours. C'est une mesure essentielle pour garder la confiance. »
Privilégier la formation
Pour Pierre Possémé, la confiance passe également par des mesures annoncées en temps réel. « L'État annonce des dispositions bien avant qu'elles n'entrent en application. » Et le président du Medef champardennais de prendre en exemple le prêt à taux zéro pour les économies d'énergie jusqu'à 30.000 euros.
« On en parle depuis six mois. Et tout est ainsi. Cela déstabilise nos clients » vérifie ce patron du bâtiment, président de la fédération régionale.
« Sur des ventes de terrains, les gens sont en attente de mesures effectives. »
Des entreprises artisanales du bâtiment commencent à souffrir sur des petits marchés où viennent maintenant en concurrence de plus grosses sociétés. « C'est le particulier qui commence à faire défaut » constate Pierre Possémé, inquiet d'un discours ambiant qui entretient la frilosité des consommateurs.
« Il faut que les entreprises profitent de cette période pour former davantage leur personnel. Nous allons tenter de réunir les organismes paritaires de branches qui financent la formation pour mobiliser les fonds. Cela fait partie de la réforme de la formation professionnelle. »
Pour le président du Medef, la conjoncture actuelle suppose de mettre en place des moyens exceptionnels pour traverser cette passe difficile. « Adaptons les outils plutôt que de licencier. »



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Aisne


MAULDE ET RENOU : cette imprimerie de Gauchy a subi un plan social, avant reprise, de 86 licenciements. Idem chez le sous-traitant automobile Tergal Fibres (47 licenciements).
IMPRESS : fabricant d'aérosols, Impress va fermer en mars son site de Laon pour se replier sur la Grande-Bretagne, laissant sur le carreau 175 personnes.
DRAPPIER : à Laon, Drappier (peinture pour BTP), va licencier sa quarantaine de salariés. Un nombre équivalent d'emplois va disparaître avec la fermeture de la clinique Notre-Dame. A l'hôpital de Château-Thierry, 17 postes sont sur la sellette.
SONOCAS : fabricant de câbles à Sissonne, Sonocas « dégraisse » : une quarantaine de licenciements sur quelque 90 salariés.
MATT : les 45 emplois supprimés sur un effectif de 260 à la MATT à Montcornet (groupe Treves) seront des « départs volontaires » selon la direction.
Par ailleurs, la société Barelec d'Etreux (cordons électriques) a procédé à 9 licenciements.
Et 8 autres chez Cuir auto shop à Villers-Cotterets, plus 11 chez Woellner (produits chimiques) à Nogent l'Arteau.



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Marne


CERA : centre d'études et de recherche de l'automobile à Reims, le Cera fait les frais d'un accord au sein du groupe Treves. Le « plan de départs volontaires » annoncé en 2008 concerne 145 salariés (techniciens et ingénieurs) sur un effectif de 360 personnes.
PTPM : l'usine PTPM d'Ay (collage mousse) fait également les frais des mesures prises par le groupe de sous-traitance auto Treves. Sur 133 postes restants, 40 nouvelles suppressions ont été annoncées (puis gelées) en 2008. Soit deux ans après un premier plan social de 153 licenciements.
HENKEL : « Perte de volumes. » L'annonce de la fermeture du site châlonnais Henkel (colles industrielles) est tombée le 21 novembre dernier. Après 40 ans d'existence. Bilan : une soixantaine d'emplois supprimés.
LAMOTTE ET CIE : à Epernay, l'imprimerie Lamotte, en redressement, a procédé à neuf licenciements.
La CGT s'inquiète également du sort des salariés de Plysorol (contreplaqués) à Magenta. Ce syndicat fait aussi part de deux vagues de 9 licenciements chez Gunnebo (coffres-forts) à Bazancourt, chez Fantoni (peinture du bâtiment) à Vitry-le-François, et chez Tricoflex (9). Si Essilor (verres) a pu maintenir une activité logistique et des emplois à Châlons, la CGT se soucie du sort d'autres grosses entreprises dans la Marne. Grantil à Châlons (papiers peints) pourrait procéder à des départs volontaires.



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Ardennes


SOPAL : le groupe Gascogne Laminates restructure son activité gomme. Conséquence, la fermeture en 2008 de son site givetois (papier gommé) et le licenciement des 50 salariés.
ALLARDIN : l'imprimerie de Givet a fermé en avril 2008, entraînant douze licenciements.
BASTOR : entreprise d'affûtage mécanique de précision à Vireux, Bastor a mis la clé sous la porte en décembre. Bilan social : une quinzaine de licenciements.
LENOIR ET MERNIER : la liquidation judiciaire de l'entreprise de Bogny-sur-Meuse prononcée le 7 février 2008, s'est soldée par 132 licenciements. Et un conflit social à rebondissements.
ARDENNES FORGE : créée en janvier 2007 sur les cendres de Thomé-Génot à Nouzonville, la société Ardennes Forge a été mise en liquidation judiciaire fin 2008 avec sa cinquantaine de salariés.
SUMTECH : la société Sumtech de Charleville-Mézières a accompagné en 2008 sept départs volontaires. Spécialisée dans du matériel de travaux publics, elle emploie 138 personnes.
FONDERIE PSA : reprise pour tous les salariés le 5 janvier dernier à la fonderie des Ayvelles. Mais des mesures de chômage technique, allant d'un à quatre jours et demi selon les services, sont programmées ce mois-ci. Comme dans beaucoup d'autres usines. Les cadences de production ont été réduites. D'ici la fin du premier trimestre, l'essentiel des 170 contrats CDD aura fondu.

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