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LE DOSSIER DU JOUR / Une profession moins imperméable

Publié le mardi 17 mars 2009 à 01H00 - Vu 123 fois


La profession est plus sérieusement encadrée depuis que les privés doivent justifier d'un diplôme et d'un agrément préfectoral.

La profession est plus sérieusement encadrée depuis que les privés doivent justifier d'un diplôme et d'un agrément préfectoral.

Christian LANTENOIS


LA loi sur le divorce par consentement mutuel de 2006 a tôt fait de mener « la brigade des cocus » à l'échafaud. Fin « des affaires de bidets », comme on les qualifie dans le jargon de la profession ? Tout de même pas. Car certaines épouses bafouées ou maris cocus continuent à pousser leur porte. « Des farfelus, voire des justiciers » « Certains veulent savoir avec qui ils sont trompés, par curiosité… Même quand le divorce a été prononcé. Ils demandent une enquête pour leur intime conviction », confie Josué Rousse, détective privé à Saint-Quentin. Si elles ne sont plus légion, les histoires d'alcôves nourrissent donc toujours leur homme. Josué évoque à mots couverts le cas de cette maîtresse qui fait surveiller son amant « pour voir s'il voit toujours sa femme ». « Une chose est sûre, c'est qu'il dormait toujours chez elle », ajoute le privé. « C'était peut-être pour jouer aux échecs », ironise une collaboratrice. Autres temps, autres mœurs, les détectives privés font aujourd'hui l'essentiel de leur chiffre d'affaire avec les missions à caractère commercial et industriel. 60 % des missions au niveau national comme ils l'ont rappelé à leur grand congrès, le 6 mars dernier. Recouvrement de loyers impayés, fraude à l'assurance, clause de non-concurrence, ajustement de pensions alimentaires, vols sur le lieu de travail… La liste est longue et, crise oblige, la source n'est pas près de se tarir. « Les patrons en sont friands », indique Pascal Bonnet, un privé établi à Châlon-en-Champagne.. La profession leur doit d'ailleurs ses lettres de noblesse, qui remontent à l'Antiquité, avec la naissance « des agences d'affaires ». En 1833, l'ancien bagnard et ex-chef de la Sûreté François Vidocq « invente » le métier avec son fameux « Bureau des renseignements universels pour le commerce et l'industrie ». Mais il faudra attendre de nombreuses décennies avant que la profession trouve ses marques. « Nous avons d'abord été régis par la loi scélérate de 1942 prise sous le régime de Vichy », déplore Pascal Bonnet. Il souligne que « les années frics » n'étaient guère plus satisfaisantes. « Pas Zorro » « Dans les années 80, il suffisait d'avoir une adresse et un casier judiciaire vierge pour exercer. Il n'était pas question de compétence. C'est pour ça qu'il y a toujours eu des farfelus, voire des justiciers, dans la profession. » Depuis, juré craché, les privés se sont assagis. Ce qui n'empêche pas les dérapages, comme dans l'affaire d'espionnage privé d'Olivier Besancenot, qui a récemment braqué les projecteurs sur le patron de la société Taser. Pour sa part, l'État joue le jeu pour redorer le blason des privés. Légaliser les échanges « Avec la loi de mars 2003, il faut un passé irréprochable. C'est-à-dire ne pas figurer dans les fichiers de la police et de la gendarmerie et disposer d'une qualification professionnelle », se félicite Pascal Bonnet, lui-même diplômé de l'Institut d'études judiciaires de Nancy. Mais la profession en veut davantage. Elle réclame maintenant une carte professionnelle, la possibilité d'accéder à l'état civil complet et au fichier des immatriculations. D'autres rêvent d'un accès aux fichiers de la police et de la gendarmerie. « Sous surveillance tout naturellement », précise Arnaud Schneider, détective privé à Epernay. « En légalisant les choses, on éviterait que des échanges de renseignements se fassent sous le manteau. Et puis je suis convaincu que le privé a son utilité dans la justice d'aujourd'hui. Il est clair par ailleurs que la disparition du juge d'instruction pourrait nous donner un nouveau souffle. » « Il n'est pas question de se prendre pour Zorro mais nous sommes un levier pour participer à la manifestation de la vérité », estime Pascal Bonnet. Il est favorable à une structuration de la profession. « À condition de garder son indépendance et de rester dans l'ombre… »


 


 


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Chiffres tabous


 


Tarifs. Les honoraires sont libres. Mais en province, l'heure de travail est facturée au client entre 60 et 80 euros. Compter un peu plus de 1.500 euros pour 24 heures de bons et loyaux services et 2.500 euros pour 48 heures. Ce ne sont évidemment que des moyennes qu'il convient d'ajuster en fonction de la durée et de la localisation de la mission mais aussi d'éventuels frais annexes. La note est aussi fonction de la notoriété du privé et du profil des clients. Combien sont-ils ? Sept dans la Marne, un pour les Ardennes et trois dans l'Aisne. Onze agents se partagent le gâteau de l'enquête privée en Champagne-Ardennes. Trois sont des ex-policiers ou des gendarmes à la retraite. Une proportion conforme à la moyenne nationale où ils représentent 20 % des quelques 1.500 détectives. Salaire. Le sujet est tabou. Le seul chiffre qui circule sur la toile fait état du SMIC pour les débutants. De l'avis de plusieurs privés de la place, la bonne fourchette varie entre 3 et 6.000 euros net mensuels pour un cabinet de province qui tourne bien. Pour environ 200 heures par mois, un bon détective peut même empocher jusqu'à 8.000 euros net. De quoi susciter des vocations si l'on est prêt à camper de longues heures dans sa voiture, nuits et week-end compris. Missions impossibles ? Un privé avoue refuser quatre dossiers sur dix en moyenne. Soit parce que les sommes en jeu sont ridiculement basses. « Des fois, on vous contacte pour un préjudice matériel de 80 euros. » Autre motif de refus : les missions en marge de la légalité. Le taux de réussite, quant à lui, oscille entre 60 et 65 %. Cause principale des échecs : « Quand les renseignements fournis par le client sont erronés. »


 


 


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Du mythe à la réalité


 


Philip Marlowe, l'amateur de blondes et de bon whisky, Sherlock Holmes, sa pipe et surtout sa mémoire d'éléphant, le Belge Hercule Poirot, son flair infaillible et ses moustaches cirées… Le cuir de ces héros du roman noir est épais. Il est donc normal que les mythes qu'ils véhiculent aient la peau dure. Pour éviter les désillusions, les détectives en herbe seraient bien inspirés de tordre le cou aux vieux clichés. Pour ça, il faut, et c'est élémentaire, passer les textes à la loupe. Quelle formation ? La voie royale passe par l'Université de Paris II, Panthéon-Assas. Avec un diplôme d'Université puis d'État, elle garantit une formation dans les règles de l'art d'un volume de 400 heures, sanctionnée par une licence « enquêtes privées ». Il existe d'autres diplômes homologués comme celui de l'institut de formation IFAR à Montpellier. Le législateur a d'ailleurs réglementé l'accès à la profession en requérant une formation dans son décret de mars 2003. Il faut en outre montrer patte blanche avec un agrément préfectoral et une inscription au Registre des Certifications professionnelles sous l'intitulé « enquêtes privées ». Seule exception : les anciens officiers de police judiciaire (OPJ) qui bénéficient d'une équivalence. Quels droits ? Contrairement aux idées reçues, l'enquêteur privé est logé à la même enseigne que le citoyen lambda. Il n'a pas de pouvoir spécifique. Il jouit ni plus ni moins des droits ouverts à tous. Son efficacité repose sur son art consommé de la filature et de la dissimulation, sa pugnacité et son bagout. Carte ? Chaque agence privée a la possibilité de créer la sienne, à défaut d'une carte professionnelle uniformisée et reconnue par le ministère de l'Intérieur. Restriction : elle ne doit pas être calquée sur une carte officielle. De police par exemple. L'arme fatale ? Appareil photo, caméra, ordinateur, voiture, moto, internet, logiciels spécifiques, matériel de détection pour émetteurs clandestins… La panoplie du parfait détective n'a rien d'extraordinaire en soi. Un ancien gendarme reconnaît utiliser le logiciel d'analyse criminelle de son ancienne boutique en vente libre. Un flingue ? Pas de port d'arme pour le privé. Il n'est pas non plus le porte-flingue des maris cocus ou des chefs d'entreprises floués. Ligne jaune et liste rouge. En principe, il ne peut pas identifier une plaque minéralogique ou obtenir de numéros en liste rouge sans l'aval d'un juge. Offre de preuve. Le rapport de l'enquêteur privé a valeur de simple témoignage que seul le juge est autorisé à valider dans le cadre d'une procédure civile. Contre-enquête. Il peut reprendre un dossier pénal déjà jugé dans l'espoir d'y dénicher un élément nouveau susceptible de faire rouvrir l'enquête. Ses investigations et auditions doivent être conformes à la procédure.


 


 


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« Il me cherchait avec un flingue »


 


« L'autonomie, la curiosité et le contact. » C'est ce qui a décidé Josué Rousse, 53 ans, à embrasser une carrière de détective privé au début des années 90. Auparavant, cet ancien agent hospitalier et professeur d'arts martiaux filait le train aux malades dans les couloirs d'un hôpital. Son BTS de chaudronnerie en poche, Arnaud Schneider a lui été séduit par une publicité parue dans le magazine Détective. « J'ai fait cette formation en Belgique qui n'était pourtant pas reconnue en France. ». « Racines familiales » Il a d'abord voulu être policier. Mais un problème de vue lui a fermé les portes de l'école. « J'étais attiré par le côté investigation et j'avais en tête les héros de romans noirs », raconte ce détective d'Epernay. « Une fois dans le métier, on déchante vite car on n'a pas plus de pouvoir qu'un simple citoyen. » Pascal Bonnet, 46 ans, a quant à lui su très vite ce qu'il voulait. Il devient détective en 1985 à l'issue de son service militaire dans la gendarmerie. Il faut dire qu'il a baigné dedans tout petit. « La passion du renseignement et le goût de l'investigation viennent de mes racines familiales. J'avais plusieurs parents dans la police nationale ou ferroviaire. ». Josué Rousse a posé ses valises à Saint-Quentin où il partage son cabinet avec deux assistantes. Avec l'une d'elle, Allison, il forme un duo de choc pour les filatures et les prises de vues. Comme la majorité de ses confrères de Champagne-Ardennes, c'est un touche-à-tout. « Cela va de la simple photo à l'enquête de moralité en passant par l'évaluation du train de vie… » « Il a percuté ma voiture » Son enquête la plus passionnante remonte à 86-87. Une femme d'une cinquantaine d'années lui demande de retrouver sa mère après avoir mené ses propres recherches. « Elle avait été abandonnée à la naissance puis adoptée. ». Josué a pris le relais et mis un mois pour retrouver sa trace, entre Reims et Soissons. Il se souvient de son émotion à l'annonce du résultat. « Au début, elle ne voulait pas me croire. ». Josué ne s'est jamais senti en danger au cours de ses missions même s'il reconnaît que « tout peut arriver à tout moment ». Un jour, il a « filoché » avec succès un homme d'une soixantaine d'années : quand sa femme lui a ensuite présenté une photo de lui en compagnie d'une jeune fille d'une vingtaine d'années, il a vu rouge. « Ma cliente m'a appelé pour me prévenir qu'il me cherchait avec un flingue. ». Le furieux n'est heureusement pas passé à l'acte. « Il a tout de même percuté ma voiture alors que ma collaboratrice se trouvait au volant. » Escroquerie La plus belle enquête d'Arnaud Schneider a été aussi sa plus risquée. Alors qu'il enquête sur une banale affaire de recouvrement, il se retrouve à planquer un escroc professionnel. Dangereux, l'aigrefin ? « De par ses fréquentations identifiées lors de surveillances de nuit ». Montant de l'escroquerie ? Environ « 800.000 euros… » Il n'en dira pas plus. Du drame à l'anecdote cocasse De son côté, Pascal Bonnet évoque du bout des lèvres l'affaire de sa carrière. Un innocent - c'est son intime conviction - condamné pour le meurtre d'une jeune femme. Et, il en est convaincu, en lien avec une série d'autres meurtres jamais élucidés et un rabatteur présumé pour notables pervers… Une affaire classée. Pour faire plus léger, il raconte comment il s'est retrouvé un jour face à trois gendarmes aux sourcils froncés, dans une petite bourgade du coin. « En filant un gars dans la ville, j'ai croisé à plusieurs reprises et par hasard une autre personne. ». Cet inconnu s'est senti suivi et s'en est ouvert… À ses collègues.


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CABINET CAR

27/03/2009 à 21h10

Les précisions d'UNE professionnelle depuis 19 ans :
* il y a aussi des femmes qui exercent le métier de détective :
la preuve je suis la plus "ancienne" pro de Champagne-Ardenne !!!
* la loi de Mars 2003 impose un diplôme (je suis titulaire de la Licence
professionnelle Sécurité des Biens et des Personnes option Enquêtes
Privées délivrée par PARIS II) OU UNE ANCIENNETE DE 3 ANS
* quant au mythe et à la réalité:
la preuve s'obtient en utilisant des MOYENS LEGAUX ET ACCESSIBLES A
TOUS (je ne fais pas de filature). Ce qui fait la différence :
- aptitudes : rigueur, perspicacité, analyse, synthése...
- bonne culture générale et maîtrise des moyens d'information
- solides connaissances juridiques (je suis titulaire de 2 maîtrises en droit
Cordialement Annie GUILLEMIN de REIMS

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