Publié le mercredi 25 mars 2009 à 01H00 - Vu 26 fois
« La France porte le combat pour la moralisation du capitalisme financier, pour la refondation d'un capitalisme mieux régulé. »
Christian LANTENOIS
Ambiance
LE discours devait durer moins d'une heure. D'apartés en digressions, Nicolas Sarkozy a dépassé son timing de quinze minutes hier soir à Saint-Quentin devant quatre mille militants UMP acquis. « Heureux d'être avec vous, dans cette ville où les gens connaissent la valeur du travail », leur a lancé le chef de l'État, planté au beau milieu du Palais des Sports transformé en camp retranché par une massive présence policière qui avait bouclé le centre-ville (voir par ailleurs).
« Ce soir, je veux poser des repères, je veux rappeler des valeurs », a proposé le président de la République en appelant d'emblée de ses vœux « un capitalisme moral, une République réelle et une démocratie irréprochable ».
Tel un candidat en campagne, Nicolas Sarkozy s'est d'abord attaché à dresser le bilan du plan de relance, point par point : « La France a dit qu'elle ne laisserait pas une seule de ses banques faire faillite. La France a tenu parole. Elle a eu raison, comme elle a toujours raison à chaque fois que dans l'histoire elle a incarné le refus du renoncement. »
Le chef de l'État a ensuite décortiqué les 3,5 milliards consacrés à la relance, y compris le RSA, « qui remplacera le RMI qui n'était rien d'autre qu'une trappe à chômage définitif ».
Dans un discours de plus en plus offensif, Nicolas Sarkozy a ensuite énuméré les trois domaines où il souhaite « aller plus loin ». Ainsi des infrastructures, à l'image du réseau de transport francilien qu'il veut transformer « radicalement ». Ainsi des restructurations industrielles pour lesquelles seront nommés des commissaires à la réindustrialisation « dotés des pleins pouvoirs ». Ainsi enfin du plan d'urgence en faveur des jeunes qu'il a annoncé pour le 15 avril.
« En tout état de cause, je n'arrêterai pas les réformes, parce qu'elles sont la condition pour profiter pleinement de la reprise de l'économie mondiale quand elle se produira. » Nicolas Sarkozy a ainsi défendu le bouclier fiscal, présenté comme « un principe de liberté ». « Il est l'expression d'un choix de société qui valorise la réussite. Je l'assume », a lancé le Président qui en a profité pour ironiser sur le PS : « Ne pas prendre plus de 50 % du revenu d'un ménage, c'est un principe que les socialistes allemands ont compris il y a 25 ans. J'aimerais qu'en France… », a -t-il appuyé en laissant son auditoire achever la phrase.
Enfin le chef de l'État, comme à son habitude, a assorti l'exigence de liberté d'une plus grande sécurité pour tous. « Je n'accepterai pas que des bandes organisent des expéditions punitives dans les collèges ou lycées. C'est pourquoi, dès le mois d'avril, le Parlement sera saisi d'un projet de loi. Désormais, la seule appartenance à une bande pourra être sanctionnée pénalement d'une peine pouvant aller jusqu'à 3 ans de prison, et l'intrusion dans un établissement sera considérée comme un délit ». De quoi occuper l'opinion et faire oublier la crise.
Gilles Grandpierre
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Analyse / Le discours et la méthode
Hier, à Saint-Quentin, Nicolas Sarkozy est venu tout à la fois se ressourcer auprès « de gens qui connaissent les valeurs du travail » (sic), et démontrer à une opposition qui n'est pas à son zénith, qu'il gardait la main et le cap… entouré d'une garde prétorienne d'un bon millier de policiers et autres CRS. Sécurité bien ordonnée commence par soi-même.
Le président qui est aussi le chef de l'UMP a réaffirmé son credo volontariste et iconoclaste, prônant sa conception de l'action directe, débarrassée des inerties bureaucratiques et des chefferies. Il a même ressuscité la « majorité silencieuse », de ceux qui souffrent dans la discrétion, de ceux « qui n'ont pas les moyens de faire la grève ».
Après une manifestation du 19 mars que les syndicats ont revendiquée comme étant tout à la fois un succès et un mandat du peuple, Nicolas Sarkozy se devait de répondre. Il l'a fait, en remettant en perspective et en cohérence son action et celle du gouvernement depuis l'irruption de la « crise » sur la scène politique. Il revendique la justesse et le bien fondé de ses choix, motivés par « l'intérêt général », réédite son défi d'une crise mise à profit pour mieux réformer la France, s'arc-boute sur la nécessité de maintenir les réformes.
Conscient de la tension que suscite cette politique, le chef de l'Etat se montre soucieux de combattre les injustices. Celles qui résultent de la crise économique et privent d'emploi des salariés ; celles qui affectent les plus jeunes, qui ne doivent pas devenir les victimes expiatoires de la faillite des « mauvais capitalistes ». Nicolas Sarkozy parle au bon sens de la population. Il invoque les valeurs fondamentales de la République, la dimension nécessairement morale de l'action publique, l'exigence de vérité due aux Français. Loin de se replier sur une attitude défensive, timorée, le président Sarkozy, qui n'a pas oublié le candidat qu'il était, alterne chiffrage, programmation et élans incantatoires. La France est en crise, c'est pour lui le moment de lancer de grands chantiers et d'oser la grandeur ; la France est en crise, il faut moraliser le capitalisme, dire aux nations qui seront prochainement réunies à Londres que le marché doit être encadré ; ce qui est au dogme libéral ce que le schisme est au christianisme. Il prône l'avènement d'un nouveau monde, ni plus ni moins, et, en ce sens, réussit l'exploit de regonfler d'espoir un électorat transi d'inquiétude.
Le résident de l'Elysée puise dans la sourde angoisse de ses ouailles une nouvelle force, et développe un discours sécuritaire fort prisé des classes moyennes dont il sait les frustrations. Retour aux fondamentaux : l'école doit être sanctuarisée; le respect, inculqué à ceux qui l'ignorent ; quant aux « bandes », on légiférera contre elles, quitte à ce que les juristes plument leurs fourreaux d'hermine en tentant de caractériser ce nouveau délit…
Mais qu'importent les détails, le président sait qu'il est en phase avec son peuple. D'ailleurs, « le 24 mars à Saint-Quentin » était « un anti-19 mars dans les rues ». Xavier Bertrand l'a bien compris. Il attendait environ 3 000 personnes au palais des sports, près de 5 000 s'y sont pressées pour entendre un homme, quelque part providentiel, dire que l'audace et les valeurs de la République constituent le seul remède possible au marasme et au déclin.
Un contraste saisissant avec le vide sidéral du Zénith socialiste. Quant aux partenaires sociaux, le président leur a donné de quoi s'occuper, en leur enjoignant de plancher sur un meilleur partage des fruits du travail entre patrons et salariés, d'ici le mois de juin.
Philippe Le Claire
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1 200 CRS et gendarmes : l'omnisécurité
Ils étaient environ 1.200 policiers, CRS, gendarmes et membres de la garde rapprochée du président à investir dès 11 heures, hier, les artères du centre-ville de Saint-Quentin.
Des mesures de sécurité drastiques prises par la préfecture et la direction départementale de sécurité publique avec un centre-ville paralysé dès 13 h 30 pour un passage éclair de moins de trois heures du chef de l'État.
L'obsession de la sécurité, c'est ce que l'on retiendra du bref passage de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin. Pour éviter qu'aucun incident ne vienne perturber la visite présidentielle, 400 policiers ont été réquisitionnés des cinq commissariats de l'Aisne (dont près de 70 fonctionnaires de Saint-Quentin) mais aussi des départements limitrophes pour les effectifs motocyclistes. A cela s'ajoutent huit compagnies de CRS, deux escadrons de gendarmerie mobile, les démineurs, des membres du GIPN et du GSPR : groupe de sécurité du président de la République.
Un tel déploiement de force pour assurer la sécurité d'un président, ça ne s'était plus vu depuis Valéry Giscard d'Estaing. Mais ce n'est pas nouveau, sous l'ère sarkozienne. Il y a près d'un mois, lors d'une visite en Maine-et-Loire, 700 policiers ont investi la commune de Daumeray, 1.600 habitants, où le président avait décidé de se rendre.
Après plusieurs visites de terrain mouvementées, notamment dans la Manche le 12 janvier, où Nicolas Sarkozy avait été chahuté par des manifestants à Saint-Lô, exit les visites d'entreprise, encore moins les bains de foule… L'Elysée veut rendre le président inaccessible, même auprès de ceux qui l'ont élu, un certain 6 mai 2007. « Nicolas Sarkozy ne voulait pas voir un Saint-Quentinois de loin comme de près, assure un des acteurs axonais du dispositif de sécurité. Les services de l'Élysée ont précisé qu'il ne voulait pas apercevoir une banderole, ni entendre le moindre sifflement, sous peine de sanctions. » Sanctions ? Dans la Manche, elles ne s'étaient pas fait attendre : Jean Charbonniaud, préfet, a été muté juste après l'incident. Hier, dès 14 heures, les démineurs ont investi le palais des Sports pour une inspection minutieuse de la structure. Des policiers en faction dans le centre-ville se sont assurés, tout l'après-midi, qu'aucun véhicule ne tenterait de passer le périmètre de sécurité, ils ont aussi effectué des contrôles d'identité des piétons… Quant aux 4.000 invités, triés sur le volet, pour la réunion « publique » de 19 heures, ils avaient été priés de se garer au champ de foire. Ils sont ensuite montés à bord de bus faisant la navette gare-parc des Champs-Élysées, après avoir montré carte d'identité, carton d'invitation et avoir subi une fouille sommaire.
Aurélie Beaussart
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L'opposition fait bande à part
Sous une pluie fine, plusieurs centaines de manifestants ont participé à un rassemblement départemental des syndicats et des partis de gauche, hier soir, près de la Bourse du travail de Saint-Quentin, avant le meeting présidentiel. Un millier de personnes était annoncé mais cette audience n'a pas été atteinte, loin de là, malgré le renfort de l'extrême gauche et notamment du parti ouvrier indépendant.
Près de six cents personnes, seulement, ont écouté les messages de revendication exigeant la suppression des licenciements. Parmi les banderoles traditionnelles, l'une d'elles, ainsi rédigée, a réussi à retenir l'attention : « Sarko, mon amour s'envole vers toi comme un pavé dans ta gueule ». La poitrine ceinte de son écharpe tricolore, Jean-Michel Wattier, maire de Montigny-sur-Crécy, est plus éloigné de cette expression inspirée par une verve nourrie de mai 68. Il entend souligner sa solidarité vis-à-vis « de toutes les victimes de la crise ». Jean-Pierre Lançon, conseiller municipal PS, est aussi attaché à l'abrogation du bouclier fiscal. Selon lui, le déplacement de Nicolas Sarkozy ne présente pas de caractère républicain : « C'est seulement la visite d'un responsable politique chez les siens. »
Une vaste clameur de mécontentement s'est élevée au moment où deux hélicoptères ont survolé le centre-ville. Mais aucun de ces deux appareils de l'armée ne transportait à ce moment le président de la République.
T. de L.
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Un non-événement pour les jeunes
La visite de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin ne semble pas plonger les jeunes dans un abîme de jouvence. Les opinions sollicitées dans la journée en témoignent largement même si elles ne peuvent prétendre à la valeur d'un sondage.
Mais c'est ainsi, la caravane présidentielle passe et la jeunesse exprime une certaine méfiance.
Cédric, 18 ans, de Ribemont, en bac pro, l'affirme tout de go : « Je ne me sens pas concerné et je n'attends rien du gouvernement. »
Cassandra, 18 ans, de Bohain, constate tout net : « Cela ne m'intéresse pas. Ce n'est pas parce qu'il vient qu'il va empêcher des licenciements. » Elle souhaite travailler dans le secteur commercial et déplore également l'obligation de quitter le département pour poursuivre des études supérieures de son choix.
Laétitia, 18 ans, de Saint-Quentin, veut devenir professeur des écoles. Elle se montre aussi nettement critique : « Sarkozy fait plein de choses mais il n'y a pas de résultats concrets. »
Benjamin, 15 ans, de Guise, envisage de devenir professeur de mathématiques. Il ne se sent pas « hostile » à Nicolas Sarkozy mais ne fait part d'aucune attente particulière. Pour l'instant, c'est le rock qui occupe une grande place dans son existence.
Nicolas, 18 ans, de Gauchy, se montre davantage attiré vers le concret. « J'attends des créations d'emplois et l'augmentation des salaires. »
Florian, de Fresnoy-le-Grand, est lycéen et déjà père de famille. Il vit de l'aide sociale mais considère que ce n'est pas assez. « On est davantage aidé quand on ne fait rien que quand on fait quelque chose. »
Tous nos interlocuteurs se montrent sensibles à la crise malgré quelquefois des allures insouciantes. Thomas, 16 ans, de Seboncourt, le dit : « J'ai peur des difficultés économiques. Je ne suis pas trop confiant. Je voudrais que le Président change et qu'il fasse vraiment quelque chose pour améliorer la situation. »
Florian est nettement plus acerbe. « Il fait beaucoup de promesses mais on le voit surtout sur un yacht de milliardaire. »
Finalement, deux interlocutrices partagent un réel enthousiasme. Guenaëlle, 17 ans, de Landifay-et-Bertaignemont, aimerait devenir archéologue. « La venue du Président m'intéresse. Je suis fière qu'il soit venu. Ce n'est pas souvent que l'on s'intéresse ainsi à la Picardie. »
Sa copine Sophie, 20 ans, de Manicamp, espère devenir professeur des écoles et ajoute : « C'est bien que Nicolas Sarkozy vienne mais je considère qu'il mène trop de réformes, surtout dans l'Education nationale, et nous n'arrivons pas à suivre ».
Thierry de Lestang Parade
dossierjour
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