Publié le vendredi 22 mai 2009 à 01H00 - Vu 54 fois
Accepter une baisse de salaire pour protéger l'avenir de son entreprise et éviter des suppressions de poste, tel est le pacte mis dans les mains de salariés ces dernières semaines.
Jean Francois Frey
VOULEZ-VOUS gagnez moins pour travailler à effectif constant ? L'interrogation peut paraître saugrenue, pourtant la fréquence de la question s'accélère dans les couloirs des entreprises depuis quelques semaines. Les derniers employeurs en titre à recourir à cette proposition sont ceux de la filiale française de Hertz, la société de location de véhicules. Le deal : qui veut volontairement perdre des centaines d'euros pour maintenir l'avenir de la société, donc son personnel ?
Une nouvelle option
Alors que 138 000 emplois sont déjà passés à la trappe en France lors du 1er trimestre 2009, que 3 000 disparaissent chaque jour, le procédé risque de s'amplifier d'ici à la fin de l'année. D'autant que la crise ne semble pas s'atténuer et qu'une déflation n'est pas à exclure selon les experts.
Après l'utilisation comme parades successives des RTT, des jours de congés, de formations, une fois les intérimaires et CDI non renouvelés, et avant de recourir en dernier ressort au chômage partiel, ultime alternative avant le licenciement économique, voici donc fleurir une nouvelle option pour les dirigeants. Celle des baisses de salaire. Pour les cadres mais aussi les simples employés.
Mieux accepté dans les PME
Dans les multinationales, si l'on en croit les syndicats, cette alternative ressemble à un numéro de claquettes sur fond de solidarité avec le PDG montrant l'exemple, et vient compléter la panoplie des diverses mesures déjà utilisées pour « protéger le résultat d'exploitation » ou « maintenir les dividendes » des actionnaires.
À l'inverse, dans les PME, la proposition serait mieux acceptée, la survie de l'entreprise y étant plus palpable que dans un groupe planétaire.
Et le salarié dans tout cela ? Taraudé entre la possibilité de faire œuvre de solidarité et celle de devoir réduire un pouvoir d'achat déjà en berne, il se retrouve confronté à un choix cornélien.
Ainsi, les cadres de Hertz France, comme les 23 salariés de GPM Étiquettes à Givet en février dernier, se retrouvaient à devoir choisir « entre la peste et le choléra », tel que décrit par les syndicats.
Refuser une baisse de salaire, même si l'identité des volontaires demeure anonyme, c'est la sensation de se faire mal voir par ses subordonnées, ceux qui risquent de trinquer via un plan de licenciement économique, et puis, c'est ouvrir la possibilité de se retrouver coucher sur la liste noire du DRH en vue d'un avancement de carrière. Sans compter l'éventualité d'intégrer soit même la future charrette de départs...
Visiblement, chez Hertz, les camps sont partagés. Selon que l'on écoute le représentant CGT (« 67 % des cadres ont accepté ») ou le DRH France (« beaucoup moins »), la solidarité aurait donc été fluctuante. Et légale ?
Si, aux États-Unis, le boss n'a aucunement besoin de recevoir l'aval de son salarié pour diminuer sa rémunération, en France, la tradition sociale a élevé des garde-fous. L'employé qui accepte une réduction de son salaire doit explicitement délivrer son accord et, dans le cadre d'une telle procédure collective, obligation est même faite de saisir le comité d'entreprise.
Frédéric GOUIS
dossierjour
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