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LE DOSSIER DU JOUR / Pourquoi nous sommes toujours nuls en langues

Publié le vendredi 26 septembre 2008 à 01H00 - Vu 68 fois


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Plus de labos de langues dans les établissements scolaires souhaite le ministre. La région ne l'a pas attendu pour doter les lycées comme Sévigné à Charleville (notre photo) et entamer en 2005 une « opération labo multimédia » : 70.000 euros pour un labo.

Plus de labos de langues dans les établissements scolaires souhaite le ministre. La région ne l'a pas attendu pour doter les lycées comme Sévigné à Charleville (notre photo) et entamer en 2005 une « opération labo multimédia » : 70.000 euros pour un labo.

Karen KUBENA


Les clés pour comprendre

> La dernière étude européenne sur la maîtrise des langues place toujours les Français au fond de la classe.
> Si nous ne sommes pas naturellement doués, quels sont les nouveaux objectifs de l’Éducation nationale pour rompre avec la fatalité et gagner quelques places ?
> Dans la région, les initiatives existent mais elles s’appuient encore trop sur la bonne volonté des enseignants les plus motivés.
> Petite révolution tout de même dans les classes de langues : l’évaluation ne se fera plus sur la grammaire et la syntaxe, mais sur la capacité à utiliser une langue comme un outil de communication.

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Les moyens de nous faire parler

Il faut que les jeunes Français maîtrisent au moins une langue étrangère à la fin de leur cursus scolaire obligatoire. Bel objectif, mais quels sont les moyens donnés aux profs pour l'atteindre ?

PARMI les bonnes résolutions de la rentrée cette déclaration du ministre de l'Éducation nationale Xavier Darcos : « A la fin de la scolarité obligatoire, les jeunes Français devront tous être bilingues. » Évidemment, ce serait bien. Surtout que dans le domaine de la maîtrise des langues étrangères, on ne fait pas les fiers. On est même carrément les bons derniers de la classe.
Au soutien de son projet le ministre annonce une série de mesures concrètes : des stages d'anglais gratuits pendant les vacances de février et d'été, de l'anglais pendant les heures d'accompagnement éducatif, des conversations sur internet avec le « e-learning », des postes d'assistants étrangers, des aides aux séjours en immersion et de nouveaux labos de langues dans les établissements.
Comme ses prédécesseurs, le ministre a fait le constat éloquent et récurent suivant : on est nul en langues. Et la dernière enquête en date réalisée auprès d'élèves de 15 ans dans les principaux pays de la communauté européenne montre que ça ne s'arrange pas. A l'oral comme à l'écrit, nos collégiens obtiennent les plus mauvais résultats. Trois fois moins bons que ceux des jeunes Danois, Finlandais, Suédois, Allemands ou Norvégiens, champions du bilinguisme. La faute à qui ?
Aux profs de langues qui seraient obnubilés par les fautes grammaticales, aux évaluations qui ne tiennent aucun compte de la compréhension orale, aux épreuves du bac systématiquement écrites, aux classes surchargées ? Bref, les profs n'auraient pas les moyens de nous faire parler.
Pas doués
Plus de 90 % des Français reconnaissent d'ailleurs dans cette nouvelle étude « ne pas être doués pour les langues ».
Pourtant, l'apprentissage des langues débute depuis la loi Fillon de 2005 dès le CE1, à peu près comme dans tous les autres pays européens et une seconde langue vivante est obligatoire désormais en cinquième. On voit bien que les réformes se sont succédé au fil des années sans résultat probant. C'est à désespérer. A croire que la solution n'est pas uniquement dans les écoles mais dans une prise de conscience plus sociétale de la nécessité pour les nouvelles générations de maîtriser au moins l'anglais.
Et d'ailleurs les jeunes Français sont-ils aussi nuls qu'on veut bien le dire ? Séjours, stages à l'étranger et échanges internationaux se sont largement répandus sous la pression des parents désormais persuadés de l'importance de cet atout majeur pour l'avenir de leurs enfants.
L'immersion ou rien
Ils sont prêts à tous les sacrifices mais toutes les familles n'ont pas les moyens de recourir aux boîtes privées. C'est pourquoi le ministre offre des stages d'anglais oral intensif pendant les vacances scolaires.
Selon les polyglottes étrangers censés être plus doués que nous ou qui apprennent plus facilement les langues, la méthode le plus efficace reste le séjour prolongé dans un pays où la langue est parlée. Seconde méthode prisée : le dialogue informel avec quelqu'un dont c'est la langue maternelle et enfin le cours particulier avec un professeur. Loin derrière, la vidéo et internet qui font un meilleur score que les cassettes audio, les CD ou les livres.

Dossier : Françoise Kunzé

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A Charleville : l'anglais dès le CP

Laurie et Ahmed ont tout juste six ans. « On a appris une chanson en anglais madame. » « Hello my friend », entonne toute la classe de CP sous l'œil attentif d'Hélène Berkache. Institutrice en maternelle, elle s'est lancée il y a quatre ans dans l'enseignement de l'anglais à l'école Bronert. Au cœur du quartier Manchester de Charleville, les petits ont la chance de débuter avec elle l'anglais dès six ans. Pas d'écrit, mais des mots courants, des expressions, des comptines, une découverte de la culture anglaise pour ces bambins qui vont se régaler 35 minutes chaque semaine. Hier, ils ont pris leur première english lesson. « Ils vont apprendre à se présenter, à parler d'eux. » Hélène Berkache fait partie de ces profs volontaires pour enseigner une langue en primaire, désormais obligatoire dès le CE1. Dans le département des Ardennes, 85 % des cours de langues sont assurés par des professeurs des écoles titulaires d'une habilitation. Patricia Champion, conseillère de l'inspecteur d'académie pour les langues, s'en réjouit. Elle anime un tout nouveau groupe de pilotage des langues dans ce département où on sait mieux qu'ailleurs que la maîtrise de l'anglais est un atout majeur. « Mais de l'allemand aussi », assure Francine Lhéritier, inspectrice de circonscription, persuadée que « c'est l'allemand qui maintenant fera la différence ».
La relance de cette langue abandonnée ailleurs est ici spectaculaire. 6 % des enfants choisissent l'allemand et ça continue de grimper. Les collèges abritent 21 sections bilangues et les classes européennes fleurissent jusque dans le terreau fertile des ZEP.

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Des remèdes / Les mauvaises notes qui nous bloquent

Que peut faire l'école ?
« Dédramatiser, ne plus faire peur avec les notes », préconise le recteur de l'académie de Reims, Alexandre Steyer.
Alors que les résultats au brevet dans la région révèlent de grosses lacunes en anglais, une nouvelle évaluation des compétences va être mise en place cette année à partir de la classe de quatrième. « Les collégiens auront deux ans pour valider un niveau satisfaisant pour le brevet. » Plus de notes, plus de drame mais un outil d'auto-évaluation expliqué aux parents. Attention, le collégien qui n'aura pas obtenu son niveau d'anglais ne pourra pas compenser avec une autre matière pour décrocher son diplôme. Pas de niveau satisfaisant en anglais, pas de brevet.
Un petit plus pour les volontaires, l'accompagnement éducatif après les cours : « Du théâtre, des jeux de société en anglais », préconise le recteur. Ces heures supplémentaires proposées aux enseignants sont plutôt appréciées.
Enfin, le recrutement d'assistants étrangers pour converser avec les élèves est évidemment bienvenu. Surtout chez nous. « J'ai les postes, mais pas les gens », regrette Alexandre Steyequi se demande comment attirer de jeunes Américains dans les Ardennes ou de jeunes Allemands en Haute-Marne.

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Avoir ou pas des facilités

Les Français comme les Italiens ou les Espagnols qui sont de langue romane ne sont pas naturellement doués en anglais. Les Européens du nord, dont les langues anglo-saxonnes ou scandinaves, ont des structures linguistiques plus proches de l'anglais, ont plus de facilités.
Il y a aussi une véritable nécessité pour les Danois ou les Finlandais par exemple à maîtriser une autre langue que leur langue maternelle parlée uniquement dans le pays.
Ainsi au Danemark, 77 % de la population parle au moins une langue étrangère. Les jeunes apprennent rapidement deux langues à partir de l'âge de 9 ans et sont fortement incités à en choisir une troisième. Discussions et débats sont privilégiés pendant les cours.
Ils sont enfin nombreux à passer une année scolaire en pays anglophone.
En Finlande on commence à parler anglais à partir de l'âge de 7 ans avec une stimulation continue comme le visionnage systématique des films étrangers en VO. 63 % de la population parle couramment l'anglais.
En Allemagne, il n'y a pas de secret, c'est 200 heures de cours de langues obligatoires par an dès le CP, un record européen.

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Témoignages / Ne plus avoir peur de faire des fautes

Des initiatives dans les établissements scolaires en faveur des langues étrangères, il y en a beaucoup dans notre région. Pour preuve, l'abondance des témoignages autour de cette table ronde sur l'enseignement des langues à l'initiative de la Drac, du rectorat de Reims et de l'université, cette semaine à Châlons.
On y découvre que les enseignants ont parfaitement conscience de la nécessité de se détacher de la grammaire pour apprendre d'abord à communiquer dans une langue étrangère. Parmi les idées fortes :
« Si on veut apprendre une langue, il faut renoncer à la perfection et accepter que les élèves fassent des fautes. » « Plus on baragouine, mieux c'est. »
« Je fais plein de fautes et j'ai un accent épouvantable, mais je n'ai plus peur. » « Il faut privilégier l'oral et les faire parler de ce qu'ils aiment. »
On s'aperçoit que les profs sont très isolés et qu'ils demandent de l'aide pour organiser des échanges, trouver des écoles en Europe. Cette prof des écoles raconte comment elle branche ses élèves chaque matin sur la webcam de sa classe pour discuter avec les correspondants étrangers. « On parle du temps qu'il fait, de ce qu'ils vont faire dans la journée. Les enfants sont accros. »
Cette autre enseignante relève la diminution du temps consacré aux langues : « Il faudrait de l'anglais tous les jours comme les maths ou le français. Trois heures par semaine au collège c'est peu. »
Ils évoquent aussi la sanction de la note. Au lycée Sévigné de Charleville, les élèves ne sont plus en classe de langue, mais en groupes de compétence. Ils passent de l'un à l'autre en fonction de leurs progrès personnels.
Des cours d'histoire ou de sciences en anglais, des notices en anglais dans les ateliers, ça change tout. Mais c'est encore trop rare et élitiste.
Si les séjours à l'étranger favorisent l'immersion, ils sont insuffisants. Y compris à l'université. Les étudiants de la région hésitent encore trop à partir constate le délégué à l'action culturelle. Il a fait sa petite enquête sur les campus : une heure de langue par semaine en moyenne dans les facs en dehors de Lettres. Il propose d'installer sur chaque campus un centre de ressource de langues.
Les états généraux du multilinguisme aujourd'hui à la Sorbonne reprendront ces constats à l'occasion de la journée européenne des langues.
En attendant, il y a des lycéens qui se débrouillent très bien. Les lauréats du concours académique de rétro-traduction par exemple. Le premier traduit oralement dans la langue étudiée un texte français à son binôme qui dans la foulée le retraduit en français. Pour eux, aucun complexe à s'exprimer en anglais, allemands, espagnol ou italien. On s'extasie pour ce qui en Allemagne ou aux Pays-Bas, est tout à fait banal.

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L'avis du pro / Apprendre autrement

Une petite révolution dans les classes de langues ? Christine Minetto, inspectrice pédagogique d'anglais pour l'académie de Reims, qui compte 1.100 profs d'anglais, en est persuadée :
« Nous travaillons désormais dans le cadre européen de la réforme des langues. »
Qu'est-ce qui change ? l'évaluation des compétences. Chaque élève pourra désormais se référer à une sorte de contrôle continu qui lui indique à toutes les étapes de son apprentissage d'une langue, son niveau.
« Écouter, lire, écrire, parler, comprendre, sont les cinq références importantes pour quelqu'un qui utilise une langue étrangère. L'élève se situera pour chacun de ces verbes d'action dans un groupe de compétence. Les niveaux vont de A1 qui est le niveau d'un locuteur élémentaire capable d'utiliser des expressions familières du quotidien, jusqu'au niveau C2, soit une maîtrise de la langue d'un locuteur qui parle, lit et comprend sans effort. »
Le niveau A1 est normalement obtenu fin CM2 en primaire, le niveau A2 en fin de cinquième, le niveau B1 en fin de troisième, le niveau B2 est exigible en fin de terminale technologique et le niveau C1 en terminale littéraire. Il s'agit d'un cadre recommandé à tous les enseignants de langues de la communauté européenne. Pas seulement en anglais bien sûr qui reste hégémonique.
En moyenne, 2 % seulement des collégiens de la région choisissent l'allemand en première langue.
« Cet outil est mis au service de tous les profs. Il s'agit d'une évaluation positive et valorisante qui permet à chacun de se positionner par rapport au cadre. Même si les enseignants ne peuvent pas se départir des notes encore exigées par l'institution, ils sont encouragés à travailler de cette façon. »
Le locuteur natif n'est plus le modèle de référence. On ne va plus demander aux jeunes Français de faire du Shakespeare. C'est revoir enfin à la baisse un niveau d'exigence qui sans doute nous pénalisait. Wait and see.

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Dossier : Françoise Kunzé
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Les dernières contributions


k1k1

23/10/2008 à 16h47

Nous sommes nuls en langue ?! Et les autres alors? Lorsqu'un Français va à l'étranger il doit savoir parler la langue du pays en question, et lorsque les étrangers viennent en France il est normal qu'il n'en parle pas un traitre mot? Faut arrêter un peu...

Balingua

22/10/2008 à 20h22

Bravo à Mme Kunzé pour son article et espérons que les nouvelles décisions ministérielles vont faire bouger les choses... La situation difficile des langues n'est pas un apanage français (comme le confirment des internautes), nous l'avons vécue dans de nombreux pays!
Pourtant, de nouvelles voies existent pour apprendre à PARLER une langue, qui font appel à la neurolinguistique: en deux mots, nous humains, qui avons appris à PARLER notre langue maternelle, avons tout ce qu'il faut dans notre cerveau pour apprendre n'importe quelle autre langue. Nous avons en effet utilisé les mécanismes neurolinguistiques universels pour apprendre notre langue maternelle: basons-nous donc sur ces mécanismes, communs à toutes les langues, pour apprendre une nouvelle langue qui sera donc moins étrangère que nous l'avions pensé.
Un article de réflexion sur ce sujet?
http://www.balingua.com/FR/Actualites.htm
Cordialement,

Ellymanou

26/09/2008 à 15h52

Et que penser d'un collège où on n'utilise pas le labo de langues parce que la majorité des professeurs ne sait pas ou ne veut pas s'en servir ?

Ellymanou

26/09/2008 à 15h51

Bonjour, évidemment on ne fait encore référence qu'à l'anglais, pourquoi dans certaines écoles primaires ne propose-t-on que l'anglais alors que nombre de professeurs d'allemand sont sans poste ou en poste à temps partiel ? L'amour des langues ne se résume pas à apprendre une langue pour trouver un job. Je prétends qu'apprendre une langue c'est aussi se préparer à connaître la culture et la vie du pays duquel on apprend la langue. Je dis halte à la suprématie de l'anglais et je ne suis pas la seule.

mecanero

26/09/2008 à 13h14

Français, nous ne sommes pas si nuls que ça en langues !
Je pense effectivement qu'il faut dédramatiser la situation...
Je vis depuis près de 2 ans hors de France, en Espagne, et je peux vous assurer qu'ici...eh bien les langues ne semblent pas être une priorité. Quand une langue est étudiée, en général l'anglais et rien d'autre, ce n'est pas autant d'années qu'en France, et en ce qui concerne la deuxième langue vivante...c'est la grande inconnue !
Je trouve donc qu'en France les élèves sont assez bien logés, avec la possibilité d'étudier 3 langues (sans compter les langues dites "mortes") et bénéficient généralement d'un choix assez large et exotique...

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