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LE DOSSIER DU JOUR / Le pétrole de la région attise les convoitises

Publié le vendredi 10 octobre 2008 à 01H00 - Vu 438 fois


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ENTREPRISE LUNDIN A MACLAUNAY EXTRAIT DU PETROLE DANS LE SOUS SOL MARNAIS LE PETROLE EST POMPE A 2500 METRES

Christian Lantenois


Reportage

Maclaunay. Lieudit à l'étonnante consonance anglo-saxonne, situé près de Montmirail, dans la Brie champenoise. Il abrite le siège français de Lundin, une société suédoise qui cherche, trouve et vend du pétrole dans notre région depuis 2002.
Avec la flambée du prix du baril, l'or noir français est plus que jamais convoité. Lundin France, à son arrivée dans la Marne, avait annoncé vouloir doubler sa production en cinq ans. « En fait, elle est restée stable », indique Gilbert Michaud, manageur général d'une PME de 49 personnes. Trois mille barils extraits chaque jour dans le Bassin parisien grâce à l'optimisation de la production et à l'augmentation du nombre de puits.
Un tiers du chiffre d'affaires investi
Ici, la hausse des cours n'a pas fait tourner les têtes. Pas de luxe ostentatoire. Plutôt le confort spartiate des chercheurs d'or partis la conquête du sud-ouest marnais. Beaucoup de ceux qui forent le sous-sol du Bassin parisien ont bourlingué dans le monde entier, sur terre et en mer, travaillé dans les mines, sué sang et eau en Lybie ou en Algérie avant de venir chercher l'Eldorado de ce côté de la Champagne-Ardenne.
« Au-dessus de 40$ le baril, je ne suis pas trop inquiet », concède, sourire en coin, Gilbert Michaud encore marqué par la crise des années 80. « L'activité était réduite avec un baril à 20$. Les fusions absorptions se sont multipliées. On n'a plus formé de jeunes ni embauché pendant 25 ans. On a appris à vivre chichement. »
Les bénéfices des derniers mois (avec un pic à 140 $ le baril) servent avant tout à poursuivre l'exploration : 700 millions investis par Lundin cette année, dont 25 en France, soit un tiers du chiffre d'affaires. Et pas un banquier prêt à parier un kopeck sur cette quête hypothétique et coûteuse d'un pétrole rare et cher.
Chercher plus loin
Il y a un côté joueur de poker chez ces défricheurs. Gilbert Michaud rappelle que dans l'exploration pétrolière, « on ne gagne pas à tous coups ». « L'un des plus beaux gisements actuels en Seine-et-Marne a nécessité douze ans d'exploration. D'autres, que l'on espère miraculeux, se tarissent en quelques mois. Dans la Marne, c'est désormais très étale mais il y en a encore pour plus de vingt ans », affirme Gilbert Michaud.
L'ensemble des gisements exploités aujourd'hui présente les mêmes perspectives. A Dommatrin-Lettrée, Soudron, Vertus, Courdemanges ou Vert-Toulon, les courbes sont parlantes. On s'oriente doucement mais sûrement vers la fin du pétrole. Il faut alors chercher toujours plus loin, dans les interstices d'un mille-feuille géologique. « Les gisements sont compliqués à découvrir et pas simple à exploiter, souligne Gilbert Michaud. Notre force est d'avoir l'un des meilleurs géologues en la personne d'Alain Buisson qui connaît toutes les subtilités du sous-sol parisien. »
Par chance, le pétrole extrait ici est d'excellente qualité, supérieure au Brent de la Mer du Nord avec une faible teneur en soufre. Parfait pour l'essence ou le gasoil.

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Exploration / L'Aisne et les Ardennes nouveaux pays de l'or noir ?

Philippe Labat, 55 ans, un ingénieur de la région parisienne à la tête de la société Thermopyle, est sur le point d'obtenir le permis d'exploration du sous-sol des Ardennes et de l'Aisne, à la recherche de pétrole.
La très sérieuse Direction des ressources énergétiques et minières est en train de finaliser les autorisations pour cette start-up pétrolière. Charles Lamiraux, qui a instruit le dossier au ministère de l'Industrie, estime que les arguments de Philippe Labat sont « solides ». « Trois puits dans les années 60 ont attesté de la présence d'huile. Philippe Labat est un ingénieur de production, un ancien de l'industrie pétrolière, qui exploite déjà un puits en Alsace. »
« J'ai effectivement des indices sérieux dans la région de Grandpré, près de Vouziers », confirme Philippe Labat, joint hier soir. « Nous avons recalculé avec un ordinateur plus puissant des données d'exploration de 1990. Si tout se passe bien, nous commencerons l'an prochain à forer. Le permis d'explorer est valable cinq ans. » Avec son partenaire financier, Philippe Labat est prêt à investir entre 1,5 et 2 M€.
Thermopyle, dont le siège est à Vincennes, a également déposé un dossier d'exploration pour un secteur situé au nord de Château-Thierry, dans la région de l'Ourcq. Le ministère instruit actuellement cette demande. Là encore, Charles Lamiraux, lui-même ingénieur du pétrole, pense que c'est une bonne idée : « Il y a 800 forages dans le bassin sédimentaire parisien. C'est très peu. Évidemment, il n'y a pas de champs pétroliers géants sous nos pieds mais il y a la place pour l'exploitation de nombreux petits champs. Surtout si le baril reste à plus de 30 $. »
Le Suédois Lundin, lui, va poursuivre ses forages dans la Marne. Il a déjà ses permis d'exploration pour quadriller le département dans les années à venir.

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Recherche / Un derrick à Villeseneux

Le panorama, au détour d'une petite route de campagne, est étonnant. Un derrick, surgit, immense, dressé dans un no man's land entre Châlons-en-Champagne et Fère-Champenoise, sur le territoire de Villeseneux.
Un énorme foret à béton s'active depuis le 28 septembre, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il est actuellement autour de 1.200 mètres de profondeur. Il est prévu qu'il descende à 2.600 mètres. Ironie de l'histoire, les quatre générateurs qui fournissent l'électricité au puits de forage consomment 4.500 litres de fioul par jour.
Lundin a installé ici un nouveau forage de développement du gisement de Villeperdue. Le gisement marnais est une découverte extraordinaire, faite presque par hasard. Exploité par Total, qui l'a revendu à la Coparex, qui l'a cédé à Lundin, il compte aujourd'hui 174 puits.
« Des interprétations sismiques nous indiquent que l'endroit a du potentiel. Dès que nous aurons détecté le pétrole, nous injecterons de l'eau pour le récupérer », explique Gilbert Michaud.
La veille des géologues
Tout autour du puits, dans les baraques du chantier, géologues, ingénieurs, chimistes… suivent sur leurs écrans l'évolution des données, centimètre par centimètre.
Si Lundin est l'exploitant, elle travaille avec une kyrielle de sous-traitants, plus d'une dizaine : « Cent à 200 personnes s'ajoutent régulièrement à nos 49 salariés. Sur ce site, 80 personnes au total se relaient », confie Gilbert Michaud. Chaque paramètre du forage est scruté. Parfois au microscope, à l'instar de ces trois jeunes géologues qui s'affairent sur des morceaux de grès de 250 millions d'années. Ils seront les premiers à détecter la présence d'huile.
À la fin du mois, tout sera démonté. Une noria de soixante camions transportera le matériel vers d'autres aventures. Vers Plivot ou Mairy-sur-Marne, si les demandes de permis d'exploration de Lundin sont accordées par l'administration.
Déjà plus de la moitié de la production française de pétrole provient du Bassin parisien. Lundin fournit 13 % de la production nationale, ce qui le place en troisième position derrière Vermilion et Total.

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Recrutement / Grave pénurie de main-d'œuvre

L'industrie pétrolière manque de bras. « Nous sommes contraints de rappeler des ingénieurs à la retraite », observe Gilbert Michaud.
À Villeseneux, sur le site d'exploration, Bertrand Lidoyne, 28 ans, diplômé des Ars et Métiers de Bordeaux et l'Institut français du pétrole, est l'un des rares jeunes à avoir choisi ce secteur d'activité. Et il ne le regrette pas le moins du monde : « J'ai travaillé pour Schlumberger sur une plate-forme off-shore en Angola. J'ai rejoint ensuite une société de service qui fournit des techniciens. » Après une mission en Algérie, Bertrand Lidoyne est cette semaine à Villeseneux : « On travaille quinze jours non-stop et on se repose quinze jours. Un forage ne peut jamais s'arrêter. »
Et qu'importe si l'industrie pétrolière n'est pas éternelle : Bertrand Lidoyne pourra toujours se reconvertir dans les travaux publics. « L'avantage dans ce métier, c'est qu'on touche à tout : électricité, logistique, management… Il faut prendre la bonne décision très vite alors qu'un forage réserve toujours des surprises. C'est vraiment stimulant et intéressant. » Serge Maestri, 57 ans, approuve. « Un puits est toujours différent d'un autre. C'est le terrain qui pilote », dit-il, avec l'accent de son Tarn natal.
Cet « ancien » a gravi tous les échelons dans les métiers du forage pétrolier tout en parcourant le globe : Canada, Vietnam… Lui préfère nettement se référer à son expérience, à son flair qu'aux ordinateurs. C'est tout l'intérêt de ce mélange de générations.

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Redevance / Une manne pour les collectivités locales

En 2007, Lundin a versé 2 millions d'euros de redevance aux vingt-cinq communes marnaises au Conseil général.
Une fois par an, Gilbert Michaud convie les maires à une réunion d'information. « Il vaut mieux les prévenir que la courbe de production est descendante. C'est important qu'ils sachent où nous allons pour qu'ils en tiennent compte dans leur budget communal. »
Le petit village du Gault-Soigny a perçu en 2007 plus de 73.000 € grâce aux 15 puits exploités par Lundin. Le maire, Daniel Jacquier pense déjà à l'après-pétrole : « Le volume extrait diminue. Il y a de plus en plus d'eau et de moins en moins de pétrole. Ceci dit, le gisement, exploité depuis 83, devait s'arrêter en 2010. Il devrait se poursuivre encore quelques années. On aurait aimé avoir des éoliennes mais ça semble compromis. »
Le pétrole trouvé en France est une ressource classée. Il est propriété de l'État. L'entreprise qui obtient le permis d'exploiter verse une redevance au Département et à la commune mais doit également trouver un accord avec le propriétaire privé du terrain.
« Évidemment, ça rapport moins que l'éolien mais je pense qu'un agriculteur qui nous loue le terrain y trouve son compte », explique Gilbert Michaud.

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Quatorze ans de réserves en France

Définition : un baril de pétrole contient 159 litres.

Prédiction : au rythme d'exploitation actuelle, les réserves pétrolières françaises des 59 gisements sont estimées à quatorze ans. Quant aux réserves mondiales, difficile de faire des prévisions. Les plus pessimistes parlent de vingt ans, au plus, de production. D'autres experts rétorquent que deux tiers des bassins sédimentaires n'ont pas été explorés.

Production : la production actuelle de pétrole en France est d'environ 1 million de tonnes par an. Soit un peu plus de 1 % de la consommation hexagonale.

Exploration : la récente découverte du gisement de gaz de Vaxy (Moselle) par Lundin semble très prometteuse.

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