Publié le samedi 28 février 2009 à 01H00 - Vu 116 fois
illustration : restauration exterieure ( repas de famille ) Autorisation ok .
Monique NOEL
L'enquête Ipsos
Le jardin est devenu la deuxième pièce de la maison devant la cuisine. Pour un Français sur deux, il est l'une des deux pièces qui donne le plus de valeur à son habitation, juste derrière le séjour, selon une enquête Ipsos menée pour l'Union nationale des entrepreneurs du paysage (UNEP).
Le phénomène est encore plus net chez les actifs de 25 à 65 ans. Le jardin recueille 55 % des suffrages contre 39 % auprès des retraités.
Le cœur de la maison se déplace ainsi vers les jardins et les terrasses, véritables pièces à vivre où se conjuguent les avantages du salon et de la cuisine Lieux d'apaisement, de jeu ou d'évasion, ils accueillent les repas familiaux ou les amis le soir venu pour 83 % des Français.
Une pièce-plaisir
Trois Français sur quatre déclarent disposer d'un espace de jardinage privatif, qu'il s'agisse d'un jardin ou d'une terrasse. C'est une pièce-plaisir où il fait bon vivre : la moitié s'y repose, un quart y joue, un quart y lit, un quart y installe son bureau en plein air et près des trois quarts y mangent ou y prennent l'apéritif.
Quatre Français sur dix vont passer l'été dans leur jardin. Dans le contexte économique actuel où l'incertitude les amène à reporter une bonne partie de leurs projets, ils comptent profiter de leur petit coin de paradis à domicile plutôt que de partir pour de lointains et coûteux voyages. Trois sur dix préparent un séjour au vert.
Un investissement
Jardins et terrasses sont considérés comme des investissements durables qui s'embellissent au fil du temps s'ils sont entretenus. Au-delà de leur valeur esthétique, sociale, sentimentale ou environnementale, ils confèrent aux logements une plus-value et de plus en plus prisés par les acquéreurs. Les maisons avec jardin passent pour se vendre plus vite et plus cher. Près de trois Français sur cinq seraient prêts en tout cas à payer plus pour pouvoir s'offrir un espace vert privatif.
L'entretien : une corvée
S'ils estiment que leur jardin est une source de bien-être essentielle, près d'un tiers des Français considère cependant leur entretien comme une corvée.
Près d'un sur dix a déjà fait appel aux services d'un jardinier-paysagiste, que ce soit pour la création ou l'entretien de son jardin. Les plus enclins à recourir à ce type de prestations sont les retraités, les femmes et les ruraux.
Les professionnels du paysage arrivent en tête des sources d'information auxquelles les Français font le plus confiance pour leur jardin, devant les magazines et les émissions de télévision.
Deux Français sur cinq les considèrent comme les conseillers les plus fiables.
Dans leur jardin, trois Français sur quatre assurent respecter l'environnement : ils désherbent à l'eau chaude, binent, récupèrent les eaux de pluie ou compostent les déchets. Un sur quatre souhaite un habitat plus vert et des villes plantées d'arbres.
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« Aménager des petits paradis »
« Faire rêver en aménageant des petits paradis ». José Miguel se fait lyrique pour définir le métier de paysagiste qu'il a exercé pendant trente-cinq ans en Champagne où il a créé, dit-il, « des centaines de jardins ».
A 61 ans, il vient de prendre sa retraite à Mareuil-en-Brie, un village « trois fleurs » de 252 habitants dont il est le maire, à une vingtaine de kilomètres au sud d'Epernay. Son fils Renaldo a pris sa succession dans l'entreprise, une PME familiale d'une dizaine de salariés.
« Un paysagiste, ce n'est pas seulement un artisan qui va semer de la pelouse et planter des arbres. C'est quelqu'un qui va créer un décor pour l'extérieur de la maison ou de l'appartement », explique ce jeune retraité toujours aussi passionné par son ancienne activité.
Dallage, pavage, murets, clôtures, allées, bassins, pergolas…, la liste des aménagements décoratifs s'allonge en fonction de la taille du jardin et des moyens du client.
Pour un jardin de 500 m2, la superficie moyenne aujourd'hui, il faut compter à partir de 8.000 euros pour une pelouse et des plantations.
Pour transformer une terrasse d'appartement de 10 m2 en jardin suspendu ou une cour intérieure en joli patio fleuri, il faut prévoir entre 150 et 300 euros le m2. Beaucoup plus, jusqu'à 200.000 euros, s'il s'agit de métamorphoser une ancienne pâture de 5.000 m2 en Eldorado vallonné avec rivière artificielle, cascades et plan d'eau, petits ponts et îlot.
« C'est un métier passionnant qui exige beaucoup de connaissances », explique l'ancien paysagiste. « On est un peu touche-à -tout. Il faut d'abord bien connaître la terre pour planter selon la nature du sol et proposer des plantations selon leur exposition au soleil ou à l'ombre. Il faut être un peu architecte pour dessiner des plans, hydrologue pour l'arrosage automatique, maçon, menuisier, électricien, peintre, carreleur… Il faut aussi être un peu psychologue pour savoir ce que recherche vraiment le client ». Viticulteur à l'origine, il s'est formé sur le terrain « auprès d'un vieux jardinier » et en lisant des revues spécialisées. Il a formé ensuite lui-même ses salariés.
Les clients ? « Dans les années 70-80, c'étaient des citadins qui avaient les moyens, des médecins, des avocats, des commerçants qui s'achetaient une ancienne ferme pour en faire une maison de campagne. Ils venaient se détresser le week-end en se mettant au vert. À l'époque, ils consacraient 20 % du prix d'achat à l'aménagement de leur jardin », se souvient l'ancien paysagiste. « Maintenant, ce sont plutôt des gens qui travaillent en ville mais qui vivent à la campagne ».
Tous veulent profiter de leur jardin, mais, paradoxalement, beaucoup considèrent son entretien comme une corvée. « Tondre, désherber, ce n'est pas marrant et ça fait mal au dos », reconnaît paysagiste. D'où le recours à des entreprises spécialisées. Pour 1.500 à 3.000 euros par an, un jardin de 500 m2 reste nickel toute l'année.
F.D.
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La fédération des jardineries / 70 % des nouveaux jardiniers sont des jardinières
Depuis 1974 à Betheny près de Reims, Antoine Adam, en irréductible Gaulois, dirige la plus grosse jardinerie indépendante de France, « Floralie's garden ». Secrétaire général adjoint de la fédération nationale des jardineries, il constate que la clientèle a évolué. Plus exigeante, elle veut tout, tout de suite et réclame des conseils basiques.
« On voit arriver des trentenaires qui ne connaissent rien au jardin. Il n'y a plus de transmission générationnelle. Il faut tout expliquer en détail. Quand et comment planter. Mais ils sont pressés. Ils veulent planter un arbre fruitier aujourd'hui et avoir des fruits demain. On les plante à l'automne, mais ils veulent les planter en juillet. Ils les veulent fleuris ou déjà avec des fruits. 90 % des achats sont des achats d'impulsion dès qu'il fait beau en général au mois de mai. »
Les nouveaux jardiniers sont des femmes pour 70 %. Elles aménagent leur terrasse ou leur jardin comme une nouvelle pièce de la maison avec des plantes mais aussi des meubles.
Les grandes tendances, ce sont d'abord les plantes méditerranéennes.
« Aujourd'hui on veut recréer une ambiance de vacances sur sa terrasse ou dans son jardin, mais les oliviers, les lauriers roses, les citronniers, ça gèle. Alors forcément, on est déçu. »
Autre tendance, la culture bio.
« On n'a quasiment plus de matières actives. D'ailleurs on n'aura bientôt plus d'autorisation de mise sur le marché de produits phytosanitaires chimiques. Le bio représente déjà 40 % des produits. On prodigue beaucoup de conseils, on explique comment pailler au lieu de désherber, comment économiser l'eau, comment se passer des produits nocifs pour les sols. »
Pour autant, tous les nouveaux jardiniers ne sont pas prêts à faire pousser leurs légumes. Il faut du temps et de la patience.
« On vend bien les graines de fleurs, mais moins de graines de légumes au profit des plants. Les nouvelles semences sont sélectionnées du point de vue gustatif. On veut manger des tomates ou des radis qui ont du goût. »
Enfin, dernière tendance, le bassin, ses plantes aquatiques et ses poissons. Là encore, les conseils des vendeurs sont précieux. La biologie de l'eau, ça ne s'improvise pas.. si on veut que ses carpes et ses nénuphars prospèrent.
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Trois en un : le jardin fait salle à manger, salon et cuisine
Aujourd'hui, on veut passer du temps dans son jardin ou sur son balcon ou sa terrasse. Alors non seulement le petit ou le grand coin de verdure accueille les repas de famille, mais on veut s'y reposer, bouquiner, rêver, faire la sieste et aussi y préparer les repas.
Trois fonctions qui doublonnent les pièces de la maison indoor et qui nécessitent des équipements spécifiques que les spécialistes ont largement développés. Les nouvelles matières dont les résines par exemple ont permis de créer des gammes de mobilier de jardin « imitation naturel » mais qui ne craignent pas de passer l'hiver dehors.
Pour la partie salle-à-manger, après le plastique blanc ou vert, le teck et autres bois exotiques ont fait leur temps.
Le top du top aujourd'hui, c'est le rotin tressé… en résine. On trouve des tables et des chaises, mais aussi des salons, fauteuils, canapés et tables basses dans cette nouvelle matière. Le tout vient essentiellement d'Asie.
Pour la partie cuisine, la tradition américaine du barbecue a gagné nos contrées. C'est convivial et c'est l'affaire des hommes. On trouve désormais des barbecues venus d'outre-Atlantique qui sont de véritables blocs-cuisines en inox avec brûleurs, plancha, four et même fumoir. Le tout au gaz.
On peut tout y cuisiner et laisser l'engin dehors par tous les temps.
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Jardiner moins cher
Dans les jardineries, les prix aussi ont flambé.
Planter, fleurir son jardin ou sa terrasse et l'équiper complètement comme un autre espace à vivre coûte très cher.
Au lieu de l'aménager en une seule fois avec une vision d'ensemble, les propriétaires s'équipent en plusieurs années. Si les graines et les plantes ont un coût élevé, il y a moyen de faire des économies.
« Tout simplement en les achetant plutôt des graines que des plants et quand ils sont encore en début de vie », explique Antoine Adam. Mais pour en profiter, il faut évidemment attendre qu'ils grandissent.
« La plupart des nouveaux jardiniers aujourd'hui préfèrent acheter une plante qui va tout de suite remplir leur espace. Bien sûr, on en profite immédiatement. Mais forcément, ça coûte plus cher. »
Et elle ne va pas forcément bien s'adapter à la terre, à l'endroit choisi.
« Il faut apporter des soins à une plante, à un arbre. Et beaucoup de particuliers n'ont pas le temps de désherber tous les jours. Aussi, ils investissent dans des produits qui vont encore augmenter leur budget jardin. » Désherber à la main et pailler son terrain, ça ne coûte rien.
Côté meubles de jardin, les prix ont aussi grimpé avec les nouvelles matières réputées résistantes à toutes les intempéries.
Pas question de rentrer les tables et les chaises en hiver. d'ailleurs on n'a pas de place à l'intérieur.
Même chose pour les barbecues, véritables cuisines d'été. On veut les laisser dehors. La nouvelle gamme des barbecues qui font four se ferment. Mais ils sont chers. Entre 300 et 3000 euros pour un barbecue américain en inox. Un avantage, ils consomment peu de gaz et reviennent donc moins cher que les barbecues au charbon de bois, par ailleurs nocifs pour la santé.
Enfin, côté éclairage, les lampes solaires sont appréciées. L'énergie qu'elles réclament est gratuite.
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Un marché de plus de 6 milliards
Le marché français du jardin amateur a atteint 6,1 milliards d'euros en 2007, contre 5,907 milliards en 2006, dont les deux tiers pour les entreprises de jardinage et un tiers pour les jardineries et les graineteries. Il est dopé par l'aménagement et la décoration du jardin. La France compte environ 13.450 entreprises du paysage, soit 11 % de plus en cinq ans. 56.400 salariés y travaillent (chiffres 2007). Le secteur a créé 3.000 emplois par an depuis cinq ans. Les jardineries ont créé 800 emplois en 2006.
90 % des entreprises comptent moins de 10 salariés et près de 80 % ont moins de six salariés. 100 entreprises individuelles ont été créées chaque année depuis 2001.
40 % des entreprises se concentrent dans trois régions : Provence-Alpes-Côte d'Azur, Rhône-Alpes et Ile-de-France. 2,5 % seulement se trouvent en Picardie et 1,5 % en Champagne-Ardenne.
Le secteur du jardinage a créé 3.000 emplois par an depuis cinq ans.
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