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LE DOSSIER DU JOUR / Le chômage partiel s'étend dans la région

Publié le jeudi 19 février 2009 à 01H00 - Vu 140 fois


« Fini les loisirs » pour Norbert Malicet, qui recueille dans la vallée de la Meuse les confidences dramatiques de ses collègues.

« Fini les loisirs » pour Norbert Malicet, qui recueille dans la vallée de la Meuse les confidences dramatiques de ses collègues.

Karen KUBENA


Témoignage




BIENVENUE dans « la France qui souffre », formule chère au président de la République quand il passe par les Ardennes.
A Bogny-sur-Meuse, entre neige et brouillard, pas de visibilité aujourd'hui. Et l'horizon n'est pas plus dégagé pour les ouvriers des fonderies de la Vallée de la Meuse, contraints au chômage partiel.
Aux ateliers des Janves, sous-traitant de l'industrie automobile, spécialiste de la bielle, la baisse des commandes est telle que la semaine de production est amputée de deux jours.
« Deux jours de chômage technique, c'est 350 € de moins sur la fiche de paie à la fin du mois », prédit Norbert Malicet, 49 ans dont 28 à l'usine. Sur un salaire mensuel de 1.300 €, le coup est rude. Norbert Malicet, marié, père de six enfants âgés de 7 à 24 ans, sait qu'il va devoir se serrer la ceinture. « Fini les loisirs. Mon gamin qui est en apprentissage a pris spontanément sur ses 400 € pour nous aider. Ma deuxième fille, qui a décroché un contrat à durée indéterminé à Charleville, aussi. Et puis ma femme va chercher à faire des petits boulots. »
Norbert Malicet, délégué CGT dans l'entreprise, parle simplement, sans pathos, des difficultés quotidiennes présentes et à venir.
Délégué syndical, il reçoit des confidences plus dramatiques encore : « Un collègue vit dans sa voiture parce qu'il n'a plus les moyens de payer un loyer. La pauvreté chez les salariés gagne du terrain et on leur demande encore des efforts ! Ce n'est pas possible. Et il y a tous ceux qui, par pudeur, n'osent pas venir me voir. »
D'autres ouvriers de la fonderie, qui travaillent de nuit, perdent davantage que Norbert. Et ce n'est qu'un début, craint le syndicaliste. « Dès septembre, on a senti une baisse de la charge de travail. Fin octobre, on a pris nos RTT et nos reliquats de congés. Les intérimaires et les précaires ont été remerciés. Et puis, depuis le début de l'année, c'est le chômage partiel. »
Les traites de la maison, le crédit de la voiture, eux, restent immuables. Beaucoup se sont portés volontaires pour suivre des formations afin de préserver leur niveau de salaire. Norbert y a renoncé : « Dans le contexte actuel, je suis plus utile au syndicat. » D'autres, trop près de la retraite, n'en voient pas d'intérêt. D'autres encore privilégient le système D, la débrouille, les boulots au noir.
Ici, le sujet n'est même plus tabou tant ces activités parallèles sont vitales quand on compte au centime près, que l'ombre de la perte de l'emploi plane au-dessus de l'usine.
« On se demande ce qui va se passer, on navigue à vue même si, pour l'instant, il n'y a pas de plan social », avoue Farid Adjroud, salarié de NPL à Gespunsart, un autre sous-traitant automobile, spécialiste de la découpe, de l'emboutissage et de la soudure.
« On chôme trois jours par semaine depuis la mi-janvier. C'est la première fois depuis 1999. Et ça risque de durer jusqu'en juillet ». Mais après ? La direction n'a pas souhaité s'exprimer sur ce sujet.




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Comment ça fonctionne




Chômage partiel ou chômage technique ?
Le chômage partiel ou chômage technique est l'une des manières d'éviter les licenciements en cas de ralentissement de l'activité ou de sinistre (inondation, incendie, difficultés d'approvisionnement…).
Cette mesure peut concerner tout ou partie des salariés. Elle est assez souple dans son application : certaines entreprises chôment un jour par semaine, d'autre carrément une semaine par mois.
La durée maximale autorisée du chômage partiel est d'un mois consécutif.
Le chômage partiel, très utilisé dans les années 90, l'était beaucoup moins depuis l'avènement de la réduction du temps de travail.
Qui le demande et à qui ?
L'employeur dépose une demande à la direction départementale du Travail qui, après étude du dossier, accepte ou non.
Qui paie et combien ?
Le recours au chômage partiel est financé en partie par l'Etat, en partie par l'employeur.
Les salariés perçoivent pour chaque heure chômée 60 % de leur rémunération horaire brute, avec un plancher fixé à 6,84 € de l'heure pour éviter une rémunération inférieure au Smic. A noter que jusqu'en janvier, chaque heure chômée n'était compensée qu'à hauteur de 50 %, l'heure étant payée 4,4€.
L'allocation est financée pour partie par l'employeur et pour partie par l'Etat.
L'Etat a rajouté depuis le 1er février 1,40€ de l'heure pour que la rémunération brute passe de 50 à 60 %. Dans les entreprises de 250 salariés ou moins, l'allocation versée par l'Etat atteint 3,84€ de l'heure, 3,33€ pour les entreprises de plus de 250 salariés. A charge pour l'employeur de financer le reste.
Un plancher permet à un salarié payé au Smic de ne pas subir de perte de salaire. Nicolas Sarkozy a proposé hier aux partenaires sociaux de porter à 75 % du salaire brut l'indemnisation.
Quels sont les secteurs concernés ?
Essentiellement l'industrie (automobile, textile). Mais un restaurant a mis en place du chômage partiel dans l'Aisne.
Pourquoi une formation pendant le chômage partiel ?
Les pouvoirs publics incitent patrons et représentants des salariés à favoriser la formation continue pendant la période de chômage technique.
Mobiliser les fonds des droits individuels à la formation (DIF) présente plusieurs avantages : cela permet au salarié de maintenir sa rémunération et d'augmenter ses compétences professionnelles.
Combien de temps peut durer le chômage partiel ?
Le plafond des heures chômées est fixé à 600 heures maximum par salarié avec des dérogations pour l'industrie textile et l'automobile, où le plafond est porté à 800 heures voire 1.000 heures.



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Un amortisseur de la crise à manier avec précaution




Jamais depuis la récession de 1993, l'industrie n'avait eu autant recours aux jours chômés. Un jour par semaine par ci, deux jours par là, voire une semaine complète comme à la fonderie Collignon à Deville (Ardennes). Les sous-traitants automobiles sont les principales victimes de l'accélération de la crise. Après avoir épuisé le recours aux RTT et congés forcés, les employeurs utilisent l'ultime amortisseur de la crise : le chômage partiel.
Impossible d'y échapper quand les stocks de voitures gonflent, que les chaînes de production des grands donneurs d'ordre (Peugeot, Renault…) tournent au ralenti.
Mais Jean-François Savy, le préfet des Ardennes met lui-même en garde les employeurs.
« Le recours au chômage partiel reste la principale mesure alternative au licenciement pour motif économique », rappelle dans un courrier le représentant de l'Etat qui insiste sur les répercussions psychologiques de cette mesure administrative : « La période de chômage partiel ne peut pas et ne doit pas avoir pour conséquence une dégradation des relations sociales dans l'entreprise résultant d'une insuffisante communication au motif d'une moindre présence des salariés. Au contraire, j'estime qu'une information fiable, suivie et de qualité doit être plus que jamais fournie aux partenaires sociaux […]
Sauf que les chefs d'entreprise sollicités sur le sujet par nos soins préfèrent ne pas en parler. Sont-ils plus ouverts en interne ? Il faut l'espérer. Le préfet souligne au passage l'importance de « mobiliser les dispositifs de formation en substitution ou en complément du chômage partiel. » Dans l'attente de jours meilleurs, quand ce sera jour de la reprise économique.
Salariés et employeurs espèrent surtout que la crise ne dure pas trop longtemps. Le chômage partiel n'est pas la panacée. Si la production ne redémarre pas, les entreprises se retrouveront en sureffectif. Ce sera alors l'heure des plans sociaux, voire des dépôts de bilan.




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Une sauvegarde provisoire de l'emploi



Le chômage partiel, qui permet aux entreprises rencontrant des difficultés exceptionnelles de maintenir l'emploi, a déjà coûté 50,5 millions d'euros à l'Etat en 2008 en raison du début de la crise, selon un chiffre communiqué par le secrétariat d'Etat à l'Emploi.
Le chômage partiel avait notoirement diminué depuis l'an 2000, notamment en raison du passage aux 35 heures, qui permet aux entreprises d'annualiser le temps de travail et de programmer des semaines variables, au gré de l'activité.
En 2005, dernière statistique disponible auprès du ministère de l'Emploi, l'indemnisation du chômage partiel avait coûté 16,6 millions d'euros à l'Etat.
Interrogé pour 2009, l'entourage du secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez a indiqué en début de semaine ne pas disposer de chiffres fiables, promettant une prévision dans quelques semaines quand on aura plus de recul, et répétant que la facture sera plus élevée qu'en 2008.
A l'origine, une enveloppe de 40 millions d'euros était prévue en loi de finances 2009 mais qui n'a plus aucun sens avec la crise.
Selon FO, un département comme l'Ile-et-Vilaine comptait en janvier 15 à 20.000 salariés concernés, et le Maine-et-Loire 4 à 5.000. Dans ce département, le chômage partiel est couplé avec des licenciements secs.
Autre exemple, la région Franche-Comté a enregistré une multiplication par plus de quinze du nombre d'heures de chômage technique autorisées sur la période juillet-novembre 2008, par rapport aux cinq même mois de 2007, selon des données de la direction régionale du Travail.
En novembre, 6.000 salariés et une centaine d'établissements étaient touchés dans cette région. Ces personnes n'apparaissent pas dans les statistiques du chômage, mais perdent une part non négligeable de leur salaire.
La région Alsace a voté vendredi le déblocage d'une enveloppe d'un million d'euros destinée à la formation des salariés touchés par le chômage partiel. La région qui, selon le communiqué, « n'échappe pas à la crise économique », souligne que de septembre 2008 à fin janvier, le recours des entreprises au chômage partiel en Alsace a été multiplié par dix.
L'enveloppe, plafonnée à 150.000 euros par entreprise, est destinée à aider les sociétés touchées à financer la formation de leurs salariés. L'aide doit prendre la forme d'une subvention à l'entreprise.




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Direction du travail / « Coûteux pour tout le monde »



Georges Decker est directeur départemental du travail et de la formation professionnelle dans l'Aisne.
Arrive-t-il que vous refusiez une demande de chômage partiel ?
Georges Decker : C'est rare mais ça peut arriver puisqu'il faut que la demande soit conjoncturelle et non structurelle ou saisonnière. Nous regardons les dossiers de près parce que le chômage partiel est coûteux pour tout le monde. D'abord pour les salariés, mais aussi pour l'Etat et pour l'employeur.
Depuis quand affluent les demandes dans votre département ?
G D : La hausse des demandes de chômage partiel est vraiment nette depuis novembre. La baisse du recours à l'intérim, en revanche, a été sensible dès le début de l'année 2008. C'est d'autant plus brutal en Picardie qu'il existe encore dans cette région un fort tissu industriel.
Les entreprises qui chôment actuellement mettent-elles en place des plans de formation ?
G D : Nous insistons sur ce point : former plutôt que chômer. Mais ce n'est pas simple. Il faut une bonne réactivité pour que l'entreprise adapte son plan de formation et trouver les cofinancements Etat et branche professionnelle.



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La fonderie PSA épargnée… pour l'instant



Ils commençaient à douter, y compris les syndicalistes, du bien-fondé de l'accord sur l'annualisation du temps de travail. Aujourd'hui, la majorité des 2.500 salariés de la fonderie PSA de Charleville-Mézières lui doit, pour l'instant, de ne pas subir de baisse de salaire malgré le ralentissement de l'activité. « Pendant des années, nous étions en « H + » sur notre compteur de temps de travail puisque nous tournions à plein », explique Michel Beauchot, secrétaire FO du comité d'entreprise. « Aujourd'hui, ces heures cumulées nous permettent de compenser ces « H - » que nous subissons avec la crise financière. Il y a quand même des pertes de revenus pour ceux qui travaillaient de nuit ou le week-end. Mais globalement, on s'en sort bien. »
« C'est tellement un bon accord que nous craignons sa remise en cause. De toute façon, ce système ne peut pas compenser éternellement la baisse de production. Il y a 4-5 ans, nous étions à 4 millions de véhicules. Nous serons cette année à 2,5 millions. »

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