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LE DOSSIER DU JOUR / La région va-t-elle devenir une poubelle radioactive ?

Publié le lundi 22 septembre 2008 - Vu 70 fois


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PHOTO POUR HAUT DE PAGE DOSSIER LUNDI Un f˚t mÈtallique, renfermant des dÈchets nuclÈaires et identifiÈ gr‚ce ‡ un code barre, est entreposÈ mÈcaniquement ‡ un emplacement dÈterminÈ d'aprËs une cartographie prÈprogrammÈe dans une case de stockage du centre de stockage FMA (faible et moyenne activitÈ) de l'Andra (Agence nationale pour la gestion des dÈchets radioactifs), le 28 novembre 2005 ‡ Soulaines-Dhuys. Chaque case de stockage, d'une longueur de 24 mËtre, d'une largeur de 21 mËtres et d'une hauteur de 8 mËtres stockent prËs de 2.200m3 de colis. Les cases sont fermÈes par une dalle de bÈton et recouvertes d'une couche de plastique impermÈable pour assurer l'ÈtanchÈitÈ. Pendant le remplissage de la case, les colis sont protÈgÈes par des toits mobiles. Ce dispositif permet d'emp�cher l'eau d'atteindre les colis, d'isoler la radioactivitÈ et d'Èviter la contamination des nappes d'eau souterraines. Ce centre est con�u, construit et exploitÈ par líAndra depuis 1992. AFP PHOTO OLIVIER LABAN-MATTEI

OLIVIER LABAN-MATTEI


L’État recherche un site pour stocker des déchets faiblement radioactifs. 222 communes des Ardennes et de la Marne ont été approchées. Elles ont jusqu’au 31 octobre pour se mettre sur les rangs. Malgré la manne financière promise, les candidatures ne se bousculent pas. Outre deux centrales nucléaires, la Champagne-Ardenne accueille déjà deux sites de stockage et un laboratoire d’études pour les déchets à vie longue dans l’Aube et un centre d’expérimentation atomique dans la Marne.

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«AUCUN intérêt ». L’avis est tranché. Le maire de Monthois et vice-président du conseil général des Ardennes, Patrice Groff, n’a pas envie de voir son village transformé en « poubelle nucléaire ».
Dans le sud du département, Monthois est l’une des 3.115 communes de France destinataires, fin juin, d’un dossier de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs.
À la demande du ministre de l’Écologie, l’Andra recherche un site candidat à l’accueil d’un centre de stockage de déchets radioactifs à faible activité et à vie longue (FAVL). En gros, plusieurs centaines de milliers d’années.
L’agence a présélectionné des zones de marnes et d’argiles dans une vingtaine de départements, dont trois cantons dans le sud des Ardennes et neuf dans l’est marnais. « Je ne sais pas de quoi on parle. L’Andra amuse la galerie. Elle sait très bien où elle va les mettre, ses déchets. Et moi, je n’ai pas envie de gérer les manifs d’écolos excités pendant dix ans », tempête Patrice Groff.
« Pas à vendre ! »
Sans enthousiasme, beaucoup de maires concernés ont déjà consulté leurs conseils.
La plupart refusent.
« On ignore tout des conséquences pour l’environnement et la population d’un tel stockage. Des vies valent plus que l’argent », estime le maire PS de Vouziers, Claude Ancelme, qui fait allusion aux considérables retombées financières d’une telle implantation pour les communes d’accueil : plusieurs centaines de milliers d’euros par an.
Seul un élu vouzinois s’est abstenu : « Avant de dire non par principe, pourquoi ne pas aller voir ailleurs comment ça se passe ? », interroge Fabien Lallemand.
C’est aussi le raisonnement du député UDF de la Marne et maire de Vanault-les-Dames : « Si l’on n’est pas hostile au nucléaire, comme c’est mon cas, la question des déchets se pose. La seule solution étant
le stockage, nous sommes favorables à ce que l’Andra examine
la faisabilité d’une telle implantation. L’argent n’a rien à faire dans l’histoire. Nos villages ne sont ni arriérés, ni à vendre. Croyez-vous sérieusement que nous ayons besoin du fonds d’accompagnement de l’Andra pour refaire nos trottoirs ou l’éclairage public ? », ironise Charles de Courson.
D’ailleurs, selon lui, une telle manne n’est pas forcément un cadeau. « La Meuse et la Haute-Marne, qui accueillent le laboratoire de Bure, reçoivent chaque année 20 M€ et bientôt 30. Ils n’arrivent même pas à tout consommer », assure le député, qui reproche à l’Andra d’avoir « cultivé le flou » autour du nouveau projet. « Ils auraient dû informer directement les maires plutôt que de se contenter d’envoyer un dossier. La méthode n’a fait que renforcer les fantasmes ».
Dans les Ardennes, le maire de Machault, 500 habitants, regrette lui aussi que l’Andra « n’ait pas daigné envoyer un représentant pour expliquer
le projet, comme nous l’avions demandé ».
Gilles Didier réunira tout de même son conseil le 8 octobre. « A priori, tous les élus sont contre. D’ailleurs, je ne vois pas un agriculteur céder cent hectares de ses terres », estime le maire, qui doute toutefois de la faisabilité du projet dans le sud des Ardennes.
Dans ce département, c’est également l’avis du maire de Savigny-sur-Aisne, 370 habitants : « On joue à se faire peur mais nos sous-sols limoneux
ne conviennent pas. Géologiquement, nos zones ne sont pas intéressantes », assure Patrice Mauvais, qui, « à titre personnel », dit « ne pas avoir envie de laisser une terre polluée à (s)es petits-enfants ». Son conseil a repoussé le projet à 8 voix contre 2.
Prudemment, M. Mauvais refuse de dire qui a voté pour.
Dans le sud marnais, en revanche, le maire de Sainte-Ménehould, Bertrand Courot (divers droite), refuse d’adopter « une position dogmatique ».
« Le nucléaire, tout le monde en profite mais chacun renvoie les déchets chez les autres. Comme la technique de l’enfouissement semble a priori maîtrisée, j’estime que le dossier mérite d’être examiné ».
Bref, les élus n’y sont pas hostiles. « D’autant que dans nos régions, l’argument financier est loin d’être négligeable ».

Dossier Gilles Grandpierre

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850.000 m3 de colis à stocker

Quarante-sept communes ardennaises - cantons de Vouziers, Monthois et Machault - et 175 de l'est marnais - cantons de Suippes, Ville-sur-Tourbe, Sainte-Ménehould, Heitz-le-Maurupt, Vitry-le-François (2), Thiéblemont-Farémont, Saint-Rémy-en-Bouzemont et Sompuis - ont reçu le dossier de candidature de l'Andra.
L'objectif de l'agence est de trouver d'ici 2010 un site de 100 hectares pour enfouir entre 15 et 200 mètres de profondeur les déchets radioactifs de faible activité et à vie longue (FAVL) actuellement dispersés en France.
Ces déchets sont de deux types : issus d'activités nucléaires (mines d'uranium) ou de l'extraction de terres rares, les radiphères représentent quelque 700.000 m3 de colis à stocker ; les graphites proviennent des neuf réacteurs nucléaires qui ont fonctionné entre les années 1960 et 1990. Ces déchets contiennent notamment du carbone 14 et du chlore 36, qui perdent la moitié de leur radioactivité en, respectivement, 5.730 et 302.000 ans.
Les graphites représentent un volume de 100.000 m3. Le site accueillerait également 50.000 m3 de déchets divers.
Les collectivités ont jusqu'au 31 octobre pour se porter candidates. Les premières campagnes d'investigation sont programmées en 2009-2010. La construction du futur stockage (200 à 350 M€) pourrait débuter en 2015 et durer jusqu'en 2019. En phase de construction, il pourrait employer jusqu'à 100 personnes ; en phase d'exploitation, une cinquantaine pendant vingt ans, puis 5 en phase de surveillance.

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L'Andra / « Une chance à saisir »

Thibaud Labalette est directeur de projet à l'Andra.
Pour le moment, combien de communes se sont-elles portées candidates ?
THIBAUD LABALETTE : « L'appel est large et nous recevons des réponses contrastées. Beaucoup de maires demandent des informations complémentaires et beaucoup réfléchissent ».
Mais combien de candidatures ?
T.L. : « Nous ne pouvons pas le dire avant la clôture de la réception des dossiers, le 31 octobre ».
Certains élus dénoncent la méthode utilisée par l'Andra pour approcher les communes. Trop détournée, selon eux.
T.L. : « Elle est, au contraire, transparente et progressive. Transparente parce qu'avant de recevoir nos dossiers, les maires ont d'abord été prévenus par les préfets. Progressive parce que les communes candidates pourront en 2010 à nouveau délibérer pour confirmer ou non leur décision. De plus, l'Andra a spécialement dédié une équipe de techniciens qui font le tour de France pour informer les élus à leur demande ».
Pourquoi rassembler ces déchets sur un site unique ?
T.L. : « Parce que le gouvernement souhaite mettre en place une filière adaptée à chaque catégorie de déchets radioactifs afin de les maintenir sous surveillance. Les FAVL représentent 0,01 % de la radioactivité totale en France. Mais il est vrai que leur durée de vie court sur plusieurs milliers d'années ».
Des voix dénoncent l'hypocrisie de la démarche. Selon eux, l'Andra aurait déjà choisi la région d'accueil du site…
T.L. : « La démarche est sans ambiguïté. L'agence n'a aucune idée préconçue. Elle ne s'interdit aucune zone a priori compatible avec l'accueil d'un tel stockage et se donne le temps d'examiner toutes les hypothèses ».
L'Est de la France est-il condamné à devenir une poubelle radioactive ?
T.L. : « Et si on considérait, au contraire, que l'Est peut devenir filière d'excellence en matière de gestion des déchets. Et si ces déchets participaient eux aussi à l'aménagement du territoire ! »
Michel Marie est le responsable régional du Cedra, un collectif antinucléaire.
Avez-vous des informations sur le nombre de communes candidates ?
MICHEL MARIE : « Aucune. Malgré nos efforts, l'Andra refuse de communiquer la liste. Mais d'après nos informations, il n'y en aurait qu'une dizaine ».
Pourquoi êtes-vous opposé à l'enfouissement ?
M.M. : « Parce que nous manquons totalement de visibilité sur ce qui se passera dans des milliers d'années. On ignore par exemple comment migrent les radio- éléments dans le sous-sol. C'est à la fois dangereux pour l'environnement et pour les générations futures ».
Le dossier envoyé par l'Andra aux maires est une « carotte », dites-vous. Pourquoi ?
M.M. : « L'agence y agite la manne versée à la commune de Soulaines (Aube) qui accueille un stockage de déchets faiblement à moyennement radioactifs : 2 M€ de taxe foncière, 1,6 M€ de taxe professionnelle, etc... De quoi faire rêver les maires. Mais l'Andra se garde bien de préciser si les retombées sur la commune d'accueil du futur site seront équivalentes à ces sommes faramineuses ».
Le Cedra se réfère à un récent rapport de la commission nationale d'évaluation. Que dit-il ?
M.M. : « Selon lui, le volume des déchets FAVL communiqués par l'Andra est imprécis. En gros, on ne sait pas ce qu'on va enfouir. L'agence entretient également le flou sur la nocivité des radionucléides contenus dans les graphites par exemple. Certes, leur demi-vie est de 300.000 ans, mais leur toxicité est dix fois supérieure. Bref, on ne sait pas tout de ce qu'on veut enfouir, on ne sait pas trop comment l'enfouir ni comment et à quelle vitesse ces déchets traverseront l'acier, le béton, l'argile, mais on demande aux maires de se porter candidats avant le 31 octobre ! »
Que faire des FAVL alors ?
M.M. : « Pour le moment, les garder en surface et sous surveillance. En attendant mieux. Mais l'idéal, évidemment, serait de ne plus en produire ».

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Le Cedra / A Soulaines

Dans l'Aube, le village de Soulaines-Dhuys a pris en 1992 le relais de La Hague, qui accueillait jusque-là les déchets faiblement à moyennement radioactifs et à vie courte (FMA). Plein comme un œuf, le centre de la Manche est depuis en phase de surveillance. Mais Soulaines tourne à plein régime.
Dimensionné pour recevoir 1 million de mètres cubes de FMA (300 ans), le centre aubois en accueille environ 15.000 m3 par an. L'Andra reconnaît que ces déchets « peuvent contenir en faible proportion des éléments à vie longue, en provenance des centrales nucléaires, du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et des filières de retraitement ».
Mais Soulaines est surtout devenue l'une des vitrines de l'agence, qui y organise chaque année des journées portes ouvertes où les visiteurs affluent : près de 80.000 entre 1992 et 2007.
Au grand dam des écolos, l'Andra fait enfin du centre de l'Aube l'un des fers de lance de son impact économique sur les territoires. Outre 3,6 M€ de taxe foncière et professionnelle, Soulaines a perçu 5,8 M€ de dotation d'accompagnement.
Le site revendique également l'embauche locale de 140 personnes et évalue les retombées commerciales à 2,5 millions d'euros par an !


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A Bure

À cheval sur la Meuse et la Haute-Marne, la construction du laboratoire de recherche de Bure, destiné à étudier le comportement en profondeur des déchets radioactifs de haute activité et à vie longue (HAVL), a été autorisée en 1999. Ironie de l'histoire, le décret avait été signé à l'époque par la ministre de l'Environnement, la Verte Dominique Voynet !
La voie du stockage de ces déchets en couches argileuses profondes (500 mètres) tient la corde après le vote des députés en 2006 sur l'avenir des déchets. Mais les deux autres voies (stockage en surface et transmutation) seront encore explorées jusqu'en 2015.
Les députés seront alors de nouveau consultés pour dire s'ils autorisent ou non l'enfouissement de ces rebus à Bure, comme le redoutent, depuis l'origine du laboratoire, les militants antinucléaires.
Selon eux, les recherches de l'Andra sont un « paravent » pour masquer la véritable finalité du projet, l'enfouissement à Bure de 86.000 m3 de ces déchets à vie longue (1 million d'années).
L'Andra assure que la réversibilité du stockage (c'est-à-dire la possibilité d'aller rechercher les colis) sera possible pendant 300 ans. Si l'hypothèse des antinucléaires se confirme, Bure pourrait accueillir ses premiers déchets en 2025.

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A Morvilliers

Non loin de Soulaines-Dhuys, un nouveau centre de stockage pour les déchets très faiblement radioactifs (TFA) a été mis en service en 2004 sur les communes de Morvilliers et de La Chaise (Aube), près de Troyes.
Sur 45 hectares, l'installation est dimensionnée pour recevoir 750.000 tonnes de déchets pour les trente prochaines années : essentiellement des bétons et des ferrailles provenant du démantèlement des installations nucléaires arrêtées, mais aussi des rebus de l'industrie chimique et métallurgique.
Morvilliers peut accueillir environ 20.000 m3 de déchets TFA par an. Et il s'en produit près de 15.000 tonnes durant la même période en France.
Les colis sont stockés dans des alvéoles creusées dans l'argile, elles-mêmes protégées par des toits démontables en forme de tunnels.
Le stockage de Morvilliers est le premier du genre au monde. Seule la France a fait le choix de créer une filière spécifique pour ces déchets dont la radioactivité (comprise entre 1 et 100 becquerels) décroît, selon l'Andra, « en quelques dizaines d'années ».
La construction du stockage a coûté 40 M€. Mais sur 30 ans, son coût d'exploitation est évalué à 220 M€.

20.000 m3 de déchets par an.

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A Soulaines

3,6 millions d’euros de retombées fiscales.
Dans l’Aube, le village de Soulaines-Dhuys a pris en 1992 le relais de La Hague, qui accueillait jusque-là les déchets faiblement à moyennement radioactifs et à vie courte (FMA). Plein comme un œuf, le centre de la Manche est depuis en phase de surveillance. Mais Soulaines tourne à plein régime.
Dimensionné pour recevoir 1 million
de mètres cubes de FMA (300 ans), le centre aubois en accueille environ 15.000 m3 par an. L’Andra reconnaît que ces déchets « peuvent contenir en faible proportion
des éléments à vie longue, en provenance des centrales nucléaires, du Commissariat
à l’énergie atomique (CEA) et des filières
de retraitement ».
Mais Soulaines est surtout devenue l’une des vitrines de l’agence, qui y organise
chaque année des journées portes ouvertes où les visiteurs affluent : près de 80.000 entre 1992 et 2007.
Au grand dam des écolos, l’Andra fait enfin du centre de l’Aube l’un des fers
de lance de son impact économique sur les territoires. Outre 3,6 M€ de taxe foncière et professionnelle, Soulaines a perçu 5,8 M€ de dotation d’accompagnement.
Le site revendique également l’embauche locale de 140 personnes et évalue
les retombées commerciales à 2,5 millions d’euros par an !

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calife51

23/09/2008 à 13h34

Si cela rapporte, je connais des maires qui vont accepter et pas forcément dans le sud du département mais plutôt dans le sud de REIMS : PARGNY les REIMS, ORMES... par exemple, ils ne ratent aucun euro même si leurs électeurs sont opposés.

zantas51

22/09/2008 à 15h45

En Allemagne des sites donnés pour être sûrs pendant des milliers d'années ont déjà , après quelques années, d'énormes infiltrations d'eau et des fûts qui rouillent. Comment croire les mensonges des politiques, ne sacrifions pas nos enfants !!!

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